Enfin, ça c'est ce qu'on a réussi à nous enfoncer dans le crâne à grands coups d'œuvres culturelles où l'accomplissement ultime réside en la capacité à trouver l'amour plus ou moins rapidement.
En est-il toujours de même en 2015 ou bien les créatifs désirant aborder des thématiques contemporaines se sont affranchis de ces chaînes ? On va voir ça tout de suite avec une sélection d'œuvres sorties en 2015 que j'ai eu la possibilité de goûter.
Musique : Feu de Nekfeu ou les amours hédonistes
Après avoir traîné son mic' avec le S-Crew et 1995 et contribué à donner une touche hipster au rap français, Nekfeu a pris son envol solo cette année avec un album intitulé sobrement Feu. Il ne sera nullement question ici de sa qualité (je vous invite plutôt à jeter un œil du côté de Fudge Blaster), mais plutôt de sa propension à balancer des références à sa vie amoureuse erratique. Qu'il s'agisse d'Égérie, Risibles amours, Elle en avait envie ou Mon âme, Nekfeu raconte comment sa quête d'amour tourne en rond, tantôt guidé par sa virilité débordante (comme la plupart des rappeurs), tantôt happé par la fragilité d'une demoiselle. "Classic shit" pourrait-on se dire mais justement, en 2015 et à 25 ans, nous aurions peut-être pu espérer éviter de tels poncifs dans l'écriture d'un artiste consumé par les flammes de la rage... à moins que le titre de son album soit en fait un hommage aux Feux de l'amour ? Plus sérieusement, sans sombrer dans la caricature, ce classicisme est plutôt imputable à la vision passionnée de l'amour héritée de ses écrivains préférés Jack London et Guy de Maupassant.
Avec Feu, la vie amoureuse semble ne rentrer dans aucun cadre vu sa nature chaotique, mais en cela elle s'enferme dans une logique de course au plaisir et aux sensations fortes : "l'amour existe mais impossible de le garder entre ses doigts".
Conseil du Goûteur : écouter Elle en avait envie ou Égérie en se rendant à un rendez-vous Tinder.
Conseil du Goûteur : écouter Elle en avait envie ou Égérie en se rendant à un rendez-vous Tinder.
BD : Love Addict de Korren Shadmi ou la perte des repères amoureux
Conseil du Goûteur : l'automne et l'hiver sont des saisons parfaites pour lire Love addict en écoutant de la Folk ou de la Pop un peu tristounes comme du Sharon Van Etten, du Broken Social Scene en alternant avec des remixes de RAC pour le côté branché new-yorkais (et parce que c'est cool, RAC).
Le premier épisode sert d'ailleurs à crever directement l'abcès en dépeignant un personnage principal trentenaire et célibataire, pas réfractaire pour un sou aux coups d'un soir (je le soupçonne d'avoir Tinder sur son smartphone) mais s'interrogeant sur la perspective d'avoir une vie posée. Les pour et les contre des deux modes de vie sont également rapidement mis sur le tapis, sans prendre parti.
Conseil du Goûteur : regarder Master of None de préférence à plusieurs (entre potes de préférence), on s'y reconnaît forcément un peu et on a vite la sensation de faire partie de la bande de Dev.
Imaginez un monde où, passé un certain âge, se retrouver célibataire donne droit à un aller simple dans un centre visant à retrouver une moitié sous peine de se voir transformé en un animal qu'on aura choisi au préalable. Le film commence avec un Collin Pharell dans la veine de ses personnages losers à la Seven Psychopaths mais poussé à l'extrême (il a pris 21 kilos de gras pour le rôle), que sa femme vient d'abandonner pour un autre homme. Commence alors une course effrénée au sein du centre pour trouver la femme qui lui correspondra le mieux avec au moins un point en commun auquel se rattacher afin de ne pas finir en homard (le crustacé pouvant vivre centenaire c'était un argument de choix pour notre héros). L'hypocrisie, la pression sociale, la stigmatisation du célibat mais également la glorification parfois malsaine de celui-ci sont abordés avec un humour noir et grinçant dans cette critique sociale fantasmagorique du réalisateur grec Yorgos Lanthimos.
The Lobster frappe juste avec un humour pince-sans-rire derrière son allure de film estampillé Festival de Cannes (Prix du jury de l'édition 2015) et ses particularités rebutantes pour le grand public (ambiance sonore, montage, rythme...).
Conseils du Goûteur : ne pas regarder ce film lorsqu'on a la migraine, les choix d'ambiances sonores pouvant accentuer dramatiquement celle-ci et surtout prévoir une activité joyeuse dans la foulée. Un film parfait pour l'automne et l'hiver, dans les moments où le célibat commence à peser lourd sur le quotidien.
Ndlr : Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive. J'aurais ainsi pu parler de Crazy Amy, mais ne l'ayant pas vu et trouvant son propos faussement novateur (une fille d'aujourd'hui qui s'envoie en l'air et picole sans retenue qui finit par montrer des failles sentimentales...), j'ai préféré passer mon tour. Si vous trouvez à redire sur ces choix, je vous invite à me dire pourquoi et à partager les vôtres en commentaires (notamment si vous avez joué à un jeu vidéo traitant de cette thématique cette année).





