Vous qui entrez, laissez tout désespérance.
"The place to chill", ce sont des recommandations d'œuvres à lire/écouter/regarder, d'activités à réaliser, de lieux à visiter, mais aussi de plats et breuvages à déguster, pour chiller, en solo ou à plusieurs.
De retour dans l'hexagone pour la sortie de son dernier roman, l'onirique Moi, Peter Pan,Michael Roch est sur le point de terminer son tour de France de dédicaces. À l'heure où j'écris ces lignes, il vous reste une dernière chance pour le rencontrer à 17h, le 25 mars, au Decitre de Levallois-Perret. Avant de vous présenter son dernier bijou, permettez-moi de vous glisser quelques mots sur un des auteurs les plus talentueux de sa génération.
Attention, mesdames et messieurs, derrière le beau gosse se cache un auteur encore plus irrésistible
Mon premier contact avec Michael Roch remonte à l'époque où je commençais à m'intéresser au phénomène des prescripteurs littéraires sur YouTube. Vous savez, ces amoureux des mots ayant décidé de prêcher sur des terres supposées incompatibles avec leur passion. Michael venait juste de lancer sa chaîne La Brigade du Livre, articulée autour d'un collectif haut en couleur s'efforçant de vulgariser la littérature (avec un fort penchant pour celle dite “de genres”). De la hauteur et de la couleur, il en avait justement à revendre et captait l'attention de son public grâce à un véritable don pour la narration, sous le pseudo de Kilke.
En me renseignant davantage sur le personnage, je me suis rendu compte qu'en plus d'inciter les gens à lire les livres des autres, il écrivait les siens, de livres. Adepte des formats courts et numériques, il avait déjà une demi dizaine d’œuvres à son actif, en auto-publication ou éditées chez Walrus, la maison résolument pulp fondée par Julien Simon AKA Neil Jomunsi (vous savez, l'auteur de Kappa16, un de mes coups de cœur de 2016). Deux ans plus tard, la flamme semble plus vive que jamais chez Monsieur Roch qui aura été publié coup sur coup trois fois aux éditions Le Peuple de Mü.Moi, Peter Pan, son dernier roman en date, lui a ainsi fait démarrer l'année 2017 sur les chapeaux de roues.
Plus d'un siècle après la naissance du personnage de J. M. Barrie, force est de constater que ce cher Peter Pan continue à inspirer les créatifs et ce, quel que soit leur média. Après la torturée et tortueuse BD Oliver et Peter de Philippe Pelaez, publiée chez Sandawé et qui s'ouvrait sur le désenchantement d'un Peter Pan devenu adulte en la personne de J. M. Barrie, voici le roman qui pourrait servir de chaînon manquant entre l'oeuvre originale et le film Hook de Steven Spielberg.
Dans Moi, Peter Pan, Wendy a déjà quitté le Pays imaginaire et Peter, offrant par la même une nouvelle palette d'émotions et de sensations au roi des enfants perdus. Entre deux espiègleries, notre héros se verra ainsi assailli par des flots de nostalgie et par le doute. Le doute quant à sa personne mais aussi quant à son rapport aux autres et au monde. Voici donc que l'enfant qui avait juré de ne jamais grandir et qui vivait au jour le jour, égal à lui-même, se retrouve à regretter hier et redouter demain.
"Il y a quelque chose qui mûrit au royaume de Pan"... et ses habitants l'ont bien senti ! Lili la tigresse, la Fée Clochette, les sirènes… au fil des 15 chapitres que compte l'ouvrage, Peter va croiser plusieurs figures cultes du Pays imaginaire, les psychanalysant en même temps que sa propre personne. Sous couvert de préoccupations "imaginaires", Michael Roch aborde des questions aussi sensibles que la parole raciste ou la dépression ainsi que des concepts proches du shintoïsme et ses fragments d'âme insufflés aux objets avec lesquels on interagit. D'ailleurs, il est dit dans l'ouvrage – au travers des mots du crabe Croque – que les livres sont les "objets qu'on marque le plus" et ce Moi, Peter Pan en est la preuve "vivante" : il vibre de l'amour de Michael Roch pour les mots de la langue française. Jongleur adroit, enfant de la syllabe, l'auteur nous promène au gré de ses inspirations poétiques, nous déstabilisant parfois, de par une virtuosité anticonformiste. Pour les deux ans de sa chaîne, l'auteur continue donc d'éduquer les palais en offrant un mariage d'ingrédients, cultivés et récoltés en des terres encore épargnées de toute médiocrité créative. C'est du tout bon, faites-vous péter le bide !
BD et romans : Oliver & Peter, le Peter Pan de Loisel, L'homme Volcan
Musique : Wasaru, Agnès Obel,Helios
Si Peter Pan guérissait du syndrome auquel on a donné son nom, celui-ci serait-il rebaptisé ? À défaut de nous donner une réponse, le prolifique Michael Roch nous dépeint un Pays imaginaire chamboulé par les états-d'âme d'un Peter Pan spleenétique et en proie au doute. Dans "Moi, Peter Pan", le conte fantastique prend les chemins de la philosophie existentielle et nous place face au miroir déformant d'un Peter qui nous ressemble terriblement.
Moi, Peter Pan
Auteurs : Michael Roch
Éditeur : Le Peuple de Mü Nombre de pages : 136 pages
Date de sortie : 20/02/17 Prix : 13,50 € (papier) / 4,49 € (numérique)
S'il y a bien une catégorie de films français à laquelle je suis allergique, ce sont bien les comédies. Loin de moi l'idée de critiquer l'humour français, plusieurs de mes humoristes préférés étant français (ou assimilés). C'est plutôt la combinaison entre humour et cinéma français "moderne" qui me pose problème, un peu comme si les caméras agissaient comme une sorte Kryptonite sur la gaudriole.
Je ne vais pas m'étendre sur le sujet mais placer le contexte me paraissait essentiel pour vous aider à comprendre mon choix pour cette case au détriment de celle qui avait été définie à la base (Kingsman, oui, oui).
Bien avant d'être des mecs bloqués sur un canapé de programmes courts de Canal+, Orelsan et Gringe étaient des mecs bloqués dans leur processus de création artistique. Des rappeurs aussi glandeurs que rêveurs incapables d'aller où ils voulaient parce qu'eux-même ne le savaient pas vraiment. Enfin, ça c'est la légende que le duo a tâché de nous narrer au fil des années, que ce soit dans leurs morceaux, la frontière entre la fiction et la réalité restant encore à démêler (ou pas, ça permet de garder une part de mythe), l'album Orelsan & Gringe sont Les casseurs Flowters constituant la quintessence de cette narration en 2012.
Construit comme un buddy movie (film de potes) découpé en plusieurs tranches "morceaux "d'une journée, les envies cinématographiques transpiraient déjà à l'époque de chaque pores de l'album puis de ses clips léchés. En tant que fan, je me prenais à espérer un vrai film tout en redoutant le piège des biopics musicaux, des comédies françaises et surtout du fait qu'un bon rappeur ne fait pas forcément un bon comédien. Ces craintes m'accompagnaient encore au moment de passer au guichet du cinéma mais elles furent tout simplement balayées dès le premier quart d'heure du film.
J'ai tout simplement été séduit par l'honnêteté sans fioritures du film réussissant à transposer au cinéma tous les ingrédients qui nous avaient séduits dans les morceaux des Casseurs Flowters en les recomposant afin qu'ils soient adaptés au format appliquant des temps de pause salvateurs à la narration entre deux phases décalées.Comment c'est loin n'est certes pas le film de l'année mais il brille par son honnêteté et ses moments tragi-comiques réussis à base de punchlines débiles et de comportements autodestructeurs : une vraie bonne surprise.
Pour finir, Orelsan et son co-scénariste Christophe Offenstein (réalisateur et scénariste de En Solitaire) réussissent à éviter les écueils de la comédie décomplexée sans jamais tomber dans le pathos de certaines comédies dramatiques, proposant au final un film plus touchant qu'on aurait pu l'imaginer. Une sensibilité qui transparaît d'ailleurs dans la bande son du film disponible à l'écoute sur Spotify et à l'achat sur Amazon, un peu sage mais plutôt maîtrisée à l'image de J'essaye, j'essaye,ritournelle rap en featuring avec la grand-mère d'Orelsan.
Alors, c'est pour quel sapin Comment c'est loin ?
Caractéristiques principales
Genre : buddy movie, vrai-faux biopic, comédie
Si étiez déjà séduits par les aventures des Casseurs Flowters à l'audio, il y a fort à parier que ce portage à l'écran des débuts chaotiques du duo de rappeurs rêveurs vous plaira. Vrai-faux biopic musical aux airs de buddy movie, Comment c'est loin pourrait bien réussir à nous réconcilier avec le genre et à nous proposer une des comédies françaises les plus réussies de l'année. Le film positif de fin d'année à aller voir entre potes pour rigoler mais pas que.
Production : Nolita Cinema, La Belle Compagnie Distribution : Les Canards Sauvages