Vous qui entrez, laissez tout désespérance.
"The place to chill", ce sont des recommandations d'œuvres à lire/écouter/regarder, d'activités à réaliser, de lieux à visiter, mais aussi de plats et breuvages à déguster, pour chiller, en solo ou à plusieurs.
À la veille de la diffusion de la quatrième et dernière saison de Banshee, cet article a pour but de convertir les derniers réfractaires et de donner des clés de lectures aux fans de la première heure. Il contient ainsi quelques spoilers, mais rassurez-vous, ceux sur la première saison sont visibles mais légers tandis que ceux sur la saison 2 sont cachés derrière des balises cliquables. Pour ce qui est de la saison 3, elle fait l'objet d'une partie indépendante entièrement dissimulée derrière une balise spoiler cliquable. Bonne lecture à tous !
Première partie : saisons 2 et 3, le purgatoire à ciel ouvert
Mauvais genre
Banshee, c’est une peu comme cette fille un peu fruste que vous fréquentez en cachette, vous savez bien, celle qui vous procure des sensations si fortes que vous devez laver plusieurs fois vos tshirts après chaque rendez-vous. Celle que vous rechignez à présenter à vos amis de la « haute », de peur qu’ils ne remettent en question vos goûts en matière de finesse et votre perception du « beau ».
Non, Banshee n’est pas aussi fine qu’un House of Cards, elle n’a pas l’esthétique racée d’un Mad Men, elle ne saura pas faire montre de l’éloquence subtile d’un Breaking Bad en public. Avec elle, il faudra aller au delà de ses atours un peu vulgaires emmenant les gens qui ne lui jettent qu’une œillade furtive à la cataloguer de série B pour bourrins. Il faut dire que dans le genre pitch raté, Banshee se place là :
« Banshee, une petite ville des Etats-Unis en territoire Amish, en Pennsylvannie, est quelque peu perturbée par un nouvel arrivant énigmatique, expert en arts martiaux, qui se fait passer pour le remplaçant du shérif récemment assassiné. Il a bien l'intention de faire régner la loi, mais à sa manière, concoctant des plans qui ne servent que son intérêt... »
Non, non, il ne s’agit pas du synopsis d’un spin-off de la série Le Rebelle avec Lorenzo Lama échappé des années 90. Ok, sa mise en scène outrancière un tantinet répétitive au niveau de sa construction ne plaide pas en sa faveur, je l’avoue. Mais pour peu que vous examiniez sa plastique, éclairés par les bons codes, vous découvririez que derrière ces traits bruts, se cache une beauté qui relève de l’antique, voire même du mythologique.
Comme un parfum de souffre
Dès la première saison, le passionné de symbolique et de théologie que je suis trouvait qu’il flottait comme un parfum de soufre au dessus de la série. Au début, je n’arrivais pas à me l’expliquer. Enfin, comme tout le monde, j’avais remarqué que le nouveau poulain du producteur de True Blood, réalisé par David Schickler et Jonathan Tropper ne faisait pas dans la dentelle. Mais gore et sexualisation outrancière faisant partie de nos quotidiens, ça n’allait pas être la mise en scène de saillies furieuses ou de sévices corporelles que ne renieraient pas les geôliers des pires prisons tchétchènes qui risquaient de m’ébranler.
Pourtant les épisodes de Banshee s’enchaînant, un sentiment de fascination étrange s’installait en moi, sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus. Ce n’est qu’à la moitié de la seconde saison que le puzzle s’est assemblé d’un coup dans ma tête : la ville de Banshee dans laquelle se déroule l’intrigue de la série n’est rien d’autre qu’un « purgatoire à ciel ouvert ».
Entendons-nous bien, quand je parle de purgatoire, cela n’a rien à voir avec les théories avancées par les fans de Lost pour tenter d’expliquer la fin fumeuse de la série de J.J Abrams. Les faits se déroulant dans Banshee sont bien réels, sans fioritures ni mysticismes capilotractés. La notion de purgatoire que j’évoque est entièrement symbolique et est construite autour de « biscuits » que les scénaristes de la série semblent avoir disséminés pour les initiés.
En effet, David Schickler, co-scénariste de la série indiquait dans une interview accordée à Barnes and Nobles(un des plus gros libraires américain) en 2004 que le livre qui l’avait le plus influencé demeurait la Bible, et qu’il la lisait encore souvent. Il ajoutait qu’il avait également beaucoup lu Mythology d’Edith Hamilton (lecture obligatoire pour tout bon passionné de mythologies) lorsqu’il était au lycée. Dans un article de Forward (célèbre magazine américain autour de la culture juive) Jonathan Tropper, l’autre scénariste de la série, est décrit lors d’une interview comme étant un « passionné de films d’action avec un fort passé religieux ».
Notre hydre bicéphale avançait donc avec de solides références pour construire un récit bien viril mais riche en sous-texte.
Vous qui pénétrez ici, abandonnez toute espérance
Assez parlé du contexte de création de la série, passons aux petites conclusions auxquelles je suis arrivé en analysant les éléments de symbolique disséminés dans la série.
Purgatoire à ciel ouvert et cruelles mises à l'épreuve
La ville de Banshee constitue, comme je l’indiquais plus haut, une sorte de purgatoire, ou si je veux être précis, un Tartare homérique auquel les influences religieuses de David Schikler auraient mêlés des éléments de purgatoire chrétien.
Des personnages tels qu’Anastasia/Carrie Hopewell (Ivana Milicevic), l’usurpateur de l’identité du shérif Lucas Hood (Anthony Starr) ou Jason Hood (Harrison Thomas) le fils du vrai Shérif Hood dans la saison 2, y transiteraient pour expier leurs pêchés avec l’espoir d’accéder à une nouvelle vie.
Dans le cas de Jason Hood ou encore Léonard Wicks (Michael Kostroff), l’ex codétenu du prétendu Lucas Hood (appelons-le Lucas Hood tant qu'on n'a pas son vrai nom) dans la saison 1, Banshee constitue réellement un point de passage où ils espèrent acquérir l’argent nécessaire pour se construire une nouvelle identité. Pour ce faire, ils essaieront de faire chanter l’usurpateur. L’occasion de souligner l’importance de l’argent dans cette série, celui-ci constituant en quelques sortes l’obole à fournir à Charon pour traverser l’Achéron vers le monde des vivants.
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Ils seront tous deux sur le point d’y arriver, mais leurs pêchés capitaux respectifs, à savoir l’avarice et la luxure, les précipiteront vers leur perte. Wicks sera d’ailleurs noyé par Hood et Sugar dans le lac derrière la forge, comme s’il avait été englouti par l’Achéron pour sa duplicité.
Les « Hommes de bien » comme le Juge Gordon Hopewell (Rus Blackwell) et l'adjoint au Shérif Emmett Yawners (Demetrius Grosse) y connaitront également leur perdition mais à des moments où le choix leur sera donné face à l’adversité entre se laisser aller à leur nature animale ou à opter pour une conduite plus mesurée, plus chrétienne.
Ce qui y « pousse » est corrompu ou meurt avant maturité
Max (Gabriel Suttle), le fils qu’Anastasia donne au Juge Hopewell souffre de graves complications respiratoires alors que Deva (Ryann Shane), conçue avec Lucas Hood, à l’extérieur de la ville, est bien portante physiquement.
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L'enfant de l’adjoint Emmett Yawners meurt dans le ventre de sa mère à cause de la violence et de la haine inhérentes à la ville
Les communautés vivant en périphérie de la ville sont elles aussi atteintes par l’aura viciée de Banshee. Les Amérindiens et les Amish voient les membres de leurs communautés petit à petit dégénérer, donnant naissance à des individus comme Chayton Littlestone (Geno Segers), Alex Longshadow (Anthony Ruivivar),Kai Proctor (Ulrich Tomsen) et Rebecca Bowman (la nièce de Proctor, interprétée par la très nubile lili Simmons), rongés chacun par un ou plusieurs pêchés capitaux comme la colère, la cupidité, l’envie ou encore la luxure (Proctor semble même tous les cumuler, le bougre). Dans de telles conditions, ces vénérables communautés se voient entachées par le meurtre ou l’inceste, leur foi et leur fierté tribale sombrant dans des extrémismes inconsidérés. On notera d’ailleurs que la ville ne semble disposer d’aucun lieu spirituel tandis que les lieux de perdition y sont légion : motel crasseux, casino, club de strip-tease, bar de Sugar (Frankie Faison).
Un lieu à ses propres règles dont on ne peut s'échapper
Les agents extérieurs « du bien et du mal » venant essayer d’influencer prématurément le destin des réfugiés de Banshee y décèdent violemment, comme si tout symbole d’autorité était rejeté par l’organisme de la ville. La preuve, le vrai shérif Lucas Hood trouve la mort alors qu’il essaie de faire prévaloir sa fonction dès le premier épisode de la saison 1, annonçant ainsi la couleur.
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Dans l’épisode 5 de la saison 2, le tueur à gage Quentin, représentant d’un mafieux de l’Oregon arrive à Banshee bien décidé à ramener Jason à son employeur à qui il a dérobé 62000 $. Quentin trouvera la mort lors d’une rixe avec Hood, décapité par un camion (oui, la série donne aussi dans l’ « overkill ») aux limites de la ville.
Rabbit (Ben Cross), le père d’Anastasia perdra tous ses hommes et frôlera la mort en tentant de ramener sa fille hors de Banshee dans la première saison.
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On peut d’ailleurs considérer qu’il est en quelques sortes mort à ce moment là et appartenait à Banshee comme nos autres protagonistes de par sa renaissance dans les bois dans le premier épisode de la saison 2. Il essaiera alors de se réfugier dans un lieu saint (l'église de son frère à New York), mais nul ne semble pouvoir tenter d'échapper à Banshee sans le payer de sa vie. Emmett, en cédant à la colère face aux néonazis, avait refusé la porte de sortie qui lui avait été offerte. Sa femme et lui seront abattus quelques miles après avoir franchit les limites de la ville dans le dernier épisode de la saison 2.
Emmett tournant le dos à sa chance d'échapper à la damnation...
...elle ne se représentera pas.
À noter que la forêt profonde constitue un lieu symbolique de la mort et de la descente aux enfers (point de départ pour Dante ou le Comte Von Bek de Moorcock par exemple).
Banshee ne relâche jamais ceux qui y prennent résidence et qui, comme Perséphone dans la mythologie Grecque, goûtent ses fruits.
Dans l'épisode 5 de la saison 2, Hood essaiera d'atteindre les "Champs Élysées" par lui-même en achetant une maison dans un cadre bucolique...celle-ci terminera en cendre avant la réalisation du plan, l'âme de notre (anti-)héros n'étant visiblement pas encore "purgée" de ses pêchés (c'est un agent de Rabbit, spectre de son passé criminel, qui provoque l'incendie).
Hood comptait fuir Banshee pour s'installer dans une
"petite maison dans la prairie"...
..."Coup du sort", elle brulera comme du petit bois
avant l'exécution de son plan.
Le seul personnage habilité à faire l’aller-retour entre ce lieu d’expiation et le monde des vivants est Job (Hoon Lee), de par sa nature d’ « Hermaphrodite », comme s’il avait hérité des pouvoirs de son géniteur Hermès, le dieu des voleurs et des menteurs (c’est d’ailleurs un peu lui qui conduit l’âme du faux Hood à Banshee avec ses capacités informatiques quasi divines lui permettant d’effacer le passé des humains).
Hermès, ou plutôt son fils Hermaphrodite, reprenant
le rôle de son paternel pour les âmes de Banshee
Hermès dans "Die Seelen des Acheron" (1898) ; Adolf Hiremy-Hirsch
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Durant les deux derniers épisodes de la saison 2, "Lucas Hood" et Anastasia pourront quitter Banshee et revenir à New York car Job les aura mandés par téléphone. Une fois leur mission achevée, ils retourneront bien docilement à leur purgatoire lors d'une scène lourde de significations.
Partie 2 : La saison 3 et sa divine comédie à la grecque
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La saison 3 de Banshee s'étant achevée l'année dernière de la plus explosive des manières, propulsant la série à un tout autre niveau et donnant des leçons de narration, de réalisation mais - plus encore - d'audace à la plupart des show d'action de sa génération.
La recette de base n'avait pourtant pas changé, les ingrédients restant les mêmes. ce sont plutôt les mains des cuisiniers qui se sont enhardies, leur permettant un dosage proche de la virtuosité. Les "fautes de goûts" que l'on pouvait reprocher aux deux premières saisons se sont discrètement éclipsées pour laisser place à ce quelles s'évertuaient à dissimuler avec leurs gros sabots : une toile sur la détresse humaine à la beauté apocalyptique et mythologique.
Dans la précédente partie, je posais les bases de ma théorie sur le symbolisme caché derrière la série, il est maintenant temps de plonger un peu plus en profondeur dans l'univers torturé imaginé par Tropper et Haytanes.
Le Styx et ses embranchements, l'infra-Amérique et ses damnés
Suite à un événement dramatique et décisif pour le reste de la série, le héros anonyme de Banshee et Brock, son shérif adjoint, se lancent à la poursuite de Chayton LittleStone, celui-ci s'étant réfugié en Louisiane. Nous suivons donc, le temps d'un épisode, une traque mortelle dans les entrailles purulentes de l'État du vaudou et des fleuves infestés de crocodiles.
C'est là que ceux qui ont suivi mes précédentes élucubrations interviennent avec un "Mais dans ta théorie, Banshee est un purgatoire que les âmes qui y ont été exilées ne peuvent pas quitter ! T'avais tout faux nég…".
On pourrait effectivement conclure que je me suis fait feinter par les showrunners mais, selon moi, cette excursion renforce encore plus mes soupçons quant au symbolisme de la série avec un nouvel élément mythologique : Le Styx.
En effet, le périple en Louisiane est introduit par une scène de transport fluvial, conduisant notre héros anonyme vers un autre cercle des enfers. La Louisiane abrite ainsi des individus tombés plus bas que terre dans leur communauté, les parias Kinoha précipités du purgatoire que constituait Banshee vers un cercle infernal régit par la violence.
La série nous précipite dans le septième cercle des enfers, celui des violents, tel qu'il est décrit dans La Divine Comédie de Dante Alighieri, avec des fosses de free-fight où les âmes damnées sont plongées dans du sang bouillonnant, le leur et celui de leurs adversaires.
Chayton s'en était échappé pour répandre sa violence à Banshee, mais est revenu pour y mourir de la main de Hood, tout comme Rabbit dans la saison 2 (et il y a fort à parier que les militaires du Camp Genoa dans la saison 4 subiront le même schéma).
Dans la série, Tropper semble avoir voulu placer une espèce de cosmogonie grecque décadente symbolisant chacune un pêché capital à la tête de cercles infernaux. Nous sommes en quelques sortes face à une infra-Amérique articulée autour de notre cher purgatoire de Banshee : Rabbit dans la première saison représenterait une sorte de Zeus régnant sur une New York "olympique" tandis que le Colonel Douglas Stow incarnerait un Arès commandant ses légions Thraces dans son camp Genoa au cours de la troisième saison (Lucas Hood serait-il une sorte de Kratos ?).
Bien entendu, Proctor ferait office d'Hadès dans notre chère Banshee, entouré de Burton, son Cerbère et de Rebecca, sa Perséphone...
Laissez-vous tenter
Bien d’autres éléments symboliques jalonnent la série et font cogiter le grand malade que je suis, à commencer par l’opening et ses photos légèrement malsaines évoluant au fil des épisodes, mais plus l’article s'étire, moins il est susceptible d'être lu. Je m’arrêterai donc là pour l’instant.
Je soulignerai juste que la bande son à base de Folk aux accents souvent crépusculaires s’accorde parfaitement avec l’ambiance de la série et la sublime même parfois (Toute création artistique utilisant du Meg Myers dans sa bande son gagne d’office mon respect).
Au final, montrez Banshee à vos amis, paradez fièrement à son bras, car lorsque les sceptiques plongeront leurs yeux dans les siens, ils sauront qu’elle cache quelque chose de profond derrière sa façade rugueuse et ses atours un peu vulgaires.
En France, la quatrième saison de Banshee sera diffusée sur la très réactive Canal+ Series. À noter que vous pouvez vous procurer légalement l'intégrale deux premières saisons en Blu-Ray dès maintenant et attendre qu'un coffret compilant les deux dernières soit commercialisé ou faire preuve de retenue en attendant qu'un écrin contenu les quatre saisons fasse inévitablement son apparition.
Alors, ça a quel goût Banshee ?
Caractéristiques principales
Genre : action, drame
Format : 10 x 50 min (8 pour la 4e)
œuvres similaires
BD et romans : Scalped, Southern Bastards, Sales blancs
Ciné & TV : Ray Donoan, Justified
Jeux Vidéo : Max Payne 1, 2 & 3
Banshee est une série sale et poisseuse avec une aura sulfureuse qui vous rendra accro dès ses premiers épisodes. Les scènes de sexe et d'ultra-violence y étant légion, le show est définitivement à réserver à un public averti.
Votre foi en l'humanité se réduit de jours en jours, au fil des bulletins d'informations, des décisions politiques ou même des découvertes de certaines facettes de votre entourage ? Sachez que, malgré cela, vous serez sûrement toujours en-dessous du pessimisme qu'a dû ressentir Rick Remender à une époque.
Ce pessimisme quant à l'avenir de l'espèce humaine, il a tâché de le faire transparaître dans la plupart de ses œuvres : - Fear Agent est un space opera crépusculaire plein d'amertume (malgré des bribes d'humour) - Black Science, une descente aux enfers inter-dimensionnelle sur fond d'irresponsabilité - Last Days of American Crime est un thriller d'anticipation où, pour éradiquer la criminalité, les États-Unis décident de diffuser un signal radio supprimant toutes pensées criminelles et donc le concept même de libertés individuelles...
Bref, on aurait pu commencer à se demander si l'espoir n'était pas une notion inconnue pour sir Remender...et puis Low est arrivé, au terme d'une longue gestation, telle une lumière surgissant des profondeurs.
Dans l'encart éditorial proposé par Urban Comicsdans le premier tome, nous apprenons en effet que Low a servi de réelle thérapie à Rick Remender pour guérir de son pessimisme. Pourtant, ce nouveau récit ne semble pas non plus commencer pas dans les meilleures conditions : À cause des radiations solaires, l'humanité est contrainte dans un futur lointain à se réfugier dans les profondeurs sous-marines et comme si cela ne suffisait pas, ses ressources sont sur le point d'être totalement épuisées...
Alors que la perspective d'une extinction totale commence à être intégrée par ses semblables qui se livrent à la manière de romains décadents à tous les excès imaginables (parfois en se prenant pour des romains, au moyen de diverses drogues), Stel Caine, l'héroïne de Low, continue d'espérer et croit en un salut spatial. Le lecteur la suivra donc dans cette quête pour la survie de son espèce, ponctuée d'épreuves qui feraient craquer les plus positifs d'entre nous. Car oui, c'est cela la force de Low et de la narration de Rick Remender : nous précipiter dans des ténèbres abyssales et laisser la lueur d'espoir de Stel nous guider vers une issue qu'on ne peut s'empêcher d'espérer positive malgré la froide cruauté de l'univers dans lequel elle évolue.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Rick Remender s'est encore alloué les pinceaux de Greg Tocchini qui avait déjà œuvré sur Last Days of American Crime et l'artiste brésilien a fait des merveilles au niveau de la représentation des créatures ainsi que de l'architecture et de la technologie organiques qui se sont développées dans les fonds marins. Le seul bémol pourrait peut-être venir des figures humaines, aux traits parfois un peu trop évanescents, mais rien qui ne saurait vraiment nous faire bouder notre plaisir au cours de cette plongée (ou plutôt remontée) poétique mais impitoyable.
Avec Low, Rick Remender nous montre une fois de plus son affection pour la science-fiction, tout en nous dévoilant une facette plus optimiste de sa personnalité, un peu comme s'il était enfin totalement à l'aise avec ce lectorat qu'il ne cesse d'abreuver de pépites créatives (on se donne rendez-vous pour Tokyo Ghost !).
Avec ses précédentes séries, notamment Fear Agent et Black Science, Rick Remender nous avait prouvé qu'il était un génie mais également un indécrottable pessimiste quant à la nature humaine. Avec Low, il signe un récit cruel et poétique sous forme de thérapie optimiste (si, si, c'est possible).
Low, tome 1 Auteurs : Rick Remender (scénario), Greg Tocchini (dessin) Éditeur : Image Gomics (USA) / Urban Comics (France) Nombre de pages : 176 pages Prix : 10 € (jusqu'au 30/06/16, puis 14 €)
La saison des bagarres entre copains de collants va bientôt commencer avec Batman V Superman dans moins de deux semaines et Captain America : Civil War, le mois prochain. Ce second film, en plus de proposer des séquences épiques de baston entre les incarnations héroïques de deux visions de l'Amérique (Tony Stark, le playboy capitaliste cool VS Steve Rogers, le gars du peuple patriote et terre-à-terre) verra apparaître pour la première fois à l'écran Black Panther, le premier super-héros noir, créé en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby à avoir eu droit à son propre comic book.
Le personnage de Black Panther / T'challa sera interprété à l'écran par Chadwick Boseman (James Brown dans le biopic Get on Up), sera du côté d'Iron Man dans Captain America : Civil War et aura droit à son film solo en 2018. Si on ignore encore l'importance que Black Panther occupera dan l'affrontement entre Cap' et Iron Man, on sait déjà qu'il déchaîne déjà les passions chez nombre de fans de comics et pas que (je vous laisse jeter un œil au fil Twitter du compte We Are Wakanda pour attester du phénomène)...
Penchons-nous sur les raisons de la popularité du personnage au travers de trois bonnes raisons d'attendre le film et d'adhérer à la hype autour du personnage !
Un personnage badass qui n'est pas un énième sidekick noir
Le sidekick noir rigolo, #OnVautMieuxQueÇa
Parce que, si des personnages noirs sont bel et bien présents dans les différents films Marvel, ils font principalement office d'acolytes comme Falcon / Le Faucon (dans The Winter Soldier, on a même droit à la scène où un blanc met deux tours de piste à un noir à la course, où est le respect haha ?) ou War Machine (tellement "random" qu'on a pu changer l'acteur entre deux films Iron man) ou de personnages secondaires comme Heimdall (certes, il a la classe, mais bon, c'est parce que c'est Idris Elba...) dans les films Thor. C'est là que le personnage de Black Panther intervient pour casser cette malédiction de l'acolyte noir faire-valoir et comique de service (involontairement parfois, comme War Machine dans Avengers : Age of Ultron...) et ce de par sa nature même.
Faut pas trop rigoler avec Black Panther, ça peut se terminer avec des membres pétés
Dans les comics, T'challa est en effet le souverain du Wakanda, une puissante nation africaine très avancée technologiquement, il dispose donc d'un statut royal auquel s'ajoutent un diplôme en physique à Oxford, la maîtrise de tous les styles de combatset des capacités surhumaines acquises suite à l'ingestion d'une plante mystique le liant au dieu Bastet. Il s'est illustré maintes fois dans les comics en battant des adversaires puissants qu'ils soient des super vilains comme Red Skull / Crâne Rouge,le Dr Doom / Fatalis ou même Galactus (par la ruse). Comme tout bon héros de comics qui se respecte, Black Panther a eu à affronter ses super potes et à remettre à leur place Captain America et Iron Man entre autres. Il fait également partie des Illuminatis, le groupe d'individus les plus intelligents au monde, parmi lesquels il est considéré comme l'égal de Reed Richards (L'Homme Élastique des Fantastic Four). Pour résumer : Black Panther est donc noble, riche, cultivé et super balèze. C'est une sorte de Batman noir avec des capacités surhumaines, en gros.
Le Wakanda est une nation africaine fictionnelle située entre l'Éthiopie et le Kenya
La possibilité d'avoir un ton différent des autres films Marvel Comme indiqué dans le point précédent, Black Panther est un monarque et en tant que tel, ses préoccupations sont souvent politiques et il doit bien souvent déjouer des intrigues de Cour et tentatives d'invasions par des nations étrangères (le Wakanda est riche en Vibranium, le métal dans lequel est forgé le bouclier de Captain America, ça fait des envieux). On pourrait donc avoir droit à un film un peu moins porté sur l'action avec un véritable scénario fouillé et un sous-texte politique intéressant. De plus, le Wakanda se situant en Afrique de l'Est, les lieux de tournages et décors pourraient changer amenant une touche plus exotique à l'univers cinématographique de Marvel.
Si les fonds verts ne sont pas surexploités, on pourrait bien avoir droit à de magnifiques décors naturels couplés à une architecture futuriste, de quoi trancher radicalement avec la froide Asgard et la jungle de béton New Yorkaise. Imaginez un instant : des machinations politiques et jeux de pouvoirs ponctués d'affrontements au corps-à-corps bien badass, parce qu'il en faut, c'est du Marvel, pas du Sundance...
Ryan Coogler aux manettes
Enfin, je dis que ce n'est pas du Sundance, mais le film a été confié à Ryan Coogler, un réalisateur qui a fait ses armes dans le cinéma indépendant avec Fruitvale Station puis par une reprise très personnelle de la franchise Rocky avec un Creed impressionnant de justesse. Un excellent choix stratégique de Disney et Marvel Studios selon moi et pas (seulement) parce que Ryan Coogler est noir. En effet, en tant qu'Afro-américain, lui confier un personnage Africain en se basant uniquement sur un choix ethnique correspondrait à donner un personnage français à écrire à un Cajun de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait la différence, c'est la capacité du réalisateur à écrire des personnages noirs touchants et vibrants de réalisme du fait, notamment, de son engagement social dans la cause noire au États-Unis.
Planche extraite du nouveau comic book écrit par Ta-Neshi Coates, un écrivain Afro-américain engagé
En plus de cela, le personnage de Black Panther ayant un background et un caractère plus sérieux que la plupart des autres héros de comics et il a d'ailleurs de plus grandes responsabilités à endosser que ce que ses pouvoirs lui permettent. Il est donc souvent amené à douter de lui, à tituber et même à chuter de manière très humaine, caractéristique qui semble être reprise dans les nouveaux comics écrits par Ta-Neshi Coates, l'auteur de l'excellent roman engagé Colère Noire. Du pain béni pour Ryan Coogler qui excelle dans l'exercice de dépeindre des personnages cachant une grande fragilité derrière leur force apparente, que ce soit dans ses films : dans Fruitvale Station, un dealer qui cherche la rédemption pour s'occuper de sa famille, dans Creed, un héritier illégitime qui tente de se faire son propre nom, dans Locks (son court-métrage de fin d'études), un gars des quartiers qui hésite à se raser ses dreadlocks pour une raison touchante...
Si on ajoute à cela sa capacité montrée dans Creed à mettre en scène des affrontement épiques prenant aux tripes et s'il s'alloue encore les services de Maryse Alberti en tant que Directrice de la photographie pour ce film, on pourrait tutoyer le sublime au cours des combats.
S'il est encore trop tôt pour présumer de la qualité de ce futur film Black Panther, il est intéressant de noter que Disney et Marvel mettent toutes les chances de leur côté pour nous livrer un film de super héros intéressant et novateur qui, en plus de flatter une audience noire, pourrait bien signer avec le futur film Docteur Strange un tournant mature au cinéma. Bref. J'ai hâte et j'espère que vous aussi, après avoir lu ces nombreuses lignes.
Quand on est fan de mangas, on se retrouve forcément face à la confrontation entre la version papier et son adaptation animée avec bien souvent une œuvre originale au-dessus au niveau de la profondeur, voire même du dynamisme (ce qui est un comble pour un média statique). Dans le cas de One-Punch Man, l'affaire est bien plus compliquée, tant les deux versions rivalisent de qualité en exploitant les spécificités de leurs supports. Retour sur le premier tome de la série !
Patate de forain nippon
Comme je l'ai indiqué dans mon "Calendrier de l'Avent Culturel", la série animée One-Punch Man est un de mes coups de cœur de 2015 mais si vous avez visionné ses 12 épisodes, vous savez que je ne me mouille pas trop.
J'attendais donc avec une grosse impatience la publication du mangachez Kurokawa, son dessinateur, Yusuke Murata, étant un de mes artistes préférés de la nouvelle génération de mangakas. Spoilers : le résultat est largement à la hauteur de mes attentes, le découpage et le trait de l'auteur amenant un dynamisme rarement atteints dans un manga, le gif ci-dessous reprenant une scène du tome 2 en est la preuve :
Quand le manga pratique l'autodérision à la perfection
Mais plus qu'une bande dessinée d'action sublimement dessinée, One-Punch Man, c'est aussi un principe scénaristique prenant à contre-pied les clichés habituels des shonens, ces mangas pour adolescents où de gentils héros au cœur pur s'entraînent dur pour combattre des méchants menaçant la Terre : Saitama, le personnage principal de la série est un antihéros glandeur qui joue au super héros parce que ça lui plaît et parce que bosser, le cul vissé derrière un bureau, c'est pas trop son truc. Seul problème, il est devenu tellement puissant (suite à un entraînement déconcertant de simplicité et l'ayant rendu totalement chauve...) qu'il éclate ses ennemis en un seul coup, ce qui l'emmerde royalement.
Avec un personnage principal aussi puissant, on aurait pu craindre de tourner en rond avec un schéma rigolo seulement un temps : "un méchant trop fort arrive/personne n'arrive à le battre/Saitama arrive et le déglingue en un coup/insérer un gag". Rien de tout cela, rassurez-vous One, le scénariste un peu punk de la série, a réussi à bâtir un univers héroïque aussi foutraque que son héros (la galerie de personnages secondaires est d'une richesse et d'un WTF délicieux) et une narration bien plus maîtrisée et hilarante que dans l'adaptation animée qui allait droit à l'action. Dans le manga, l'humour "méta" (NDLR : blagues référencées) touché du doigt dans le dessin animé est omniprésent et exploité à merveille, donnant un aspect encore plus mature à la série qui est d'ailleurs classée dans la catégorie Seinen (mangas plus sérieux et adultes).
Bref, One-Punch Man, c'est drôle et quand ça tape, ça fait pas semblant du tout ! Jetez-vous sur les deux premiers tomes publiés par Kurokawa, ça vous donnera une super patate à défaut d'une super force !
Alors, ça a quel goût One-Punch Man ?
Caractéristiques principales
Genre : Seinen, humour, super-héroïque
Style graphique : Manga, sublime et dynamique
œuvres similaires
BD et romans : Invincible, Deadpool, Super Dupont
Ciné & TV : Megamind, South Park et Dragon Ball Z (oui, oui)
Jeux Vidéo : No More Heroes
Irrévérencieux, drôle et super jouissif dans ses scènes d'action, One-Punch Man est un incontournable pour tous ceux, fans de mangas ou non, qui recherchent quelque chose de différent et de frais, loin des schémas habituels vus et revus.
One-Punch Man, tomes 1 et 2 Auteurs : One (scénario), Yusuke Murata (dessin) Éditeur : Shueisha(Japon) / Kurokawa (France) Nombre de pages : 190-200 pages Prix : 6,80 €
Tony Emeriau est un sacré coquin mais ça, vous le savez déjà puisque vous avez lu mon interview du papa de Sticky Pants. L'enfant terrible de l'Ouest nous revient, non pas avec une BD (enfin si, mais on en parle plus tard, ça va tuer !) mais avec un jeu de société complètement barré prenant place dans l'univers super-héroïque et grivois de Sticky Pants. Son nom : Fist Them All !
Vous l'aurez sûrement compris, avec un nom pareil, Fist Them All ! est à réserver à un public averti et non-hermétique à un humour potache graveleux. En gros, durant les parties endiablées que vous disputerez avec vos amis ou votre famille (je n'espère pas...) vous devrez, à coups de pichenettes, balancer des pions en forme de poings sur des cartes "postérieurs" pour les... hum... Je laisse Wonder Woman et Xav, le dessinateur de Sticky Pants et co-créateur du jeu, vous en parler mieux que moi :
Voilà, voilà, c'est simple à jouer, ça se prête à un détournement en jeu à boire et ça a besoin de vos sous pour pouvoir un jour exister. Si vous êtes intéressés, vous avez jusqu'au 05 avril 2016 pour financer Fist Them All sur Ulule : il y a pas mal de contreparties et il y en a même des spéciales pour les revendeurs qui désireraient les proposer dans leurs boutiques.
Bonus : les têtes des papas et le contenu de la boîte de jeu
En tant que "Goûteur", je surveille régulièrement de nouveaux talents qui pourraient me "régaler" à court ou long terme avec des œuvres fraîches et surprenantes, parmi eux se trouve Sweeney Boo, une jeune dessinatrice française au trait et à la personnalité déjà bien affirmés.
À l'occasion de la Journée de la Femme (et pour les autres jours aussi, parce qu'elle le vaut bien), je vous propose de la découvrir via l'interview qu'elle m'a accordé il y a quelques semaines.
Sweeney Boo rendant hommage à Bryan Lee O'Malley avec un fanart de Liz (Seconds)
" J'ai perfectionné mon dessin ces 4 dernières années en tant qu’autodidacte. J'ai persévéré, je dessine chaque jour, j'ai appris à dessiner à l'ordinateur, la couleur tout ça... en regardant des travaux, et essayant des choses... "Sweeney Boo
Le Goûteur Culturel : Pouvez-vous vous présenter s'il vous plait ? Pourquoi "Sweeney Boo" ? Une fusion entre Sweeney Todd et la chanson My Boo d'Alicia Keys et Usher (désolé pour la référence...) ?
Sweeney Boo : Mon vrai nom c'est Cécilia, j'ai 23 ans et j'suis illustratrice mais pas que, je suis aussi coloriste et lettreuse BD. Et je fais tout ça sous le pseudonyme de Sweeney Boo... Mais pourquoi ce pseudonyme... ? À vrai dire, il n'y a rien de très recherché derrière, cela date de mes années au collège, et je me rappelle avoir adoré la consonance du nom "Sweeney" puis au fil des années, c'est devenu Sweeney Boo, ahah. C'est pas génial comme histoire ! J'essaierai d'en inventer une plus jolie la prochaine fois !
LGC : Quand avez-vous décidé que vous feriez du dessin votre métier ?
Sweeney Boo : Je savais que je voulais faire du dessin depuis mes 13/14 ans... J'ai donc obtenu mon bac en communication graphique, puis passé un concours pour une école de dessin (j'avais 19 ans), et celle-ci m'a acceptée. Cela signifiait à nouveau 4 ans d'études, et une sacrée somme d'argent... Et j'ai dit non, j'ai donc commencé mon activité de freelance à ce moment là, je me suis dit "autant y aller maintenant !" et j'ai donc perfectionné mon dessin toute seule depuis.
LGC : J'ai effectivement cru déceler une part d'apprentissage en autodidacte dans votre trait, quelque chose d'indompté et de savoureux. Qu'en est-il ?
Sweeney Boo : Comme je l'ai dit un peu plus haut, j'ai perfectionné mon dessin ces 4 dernières années en tant qu’autodidacte. J'ai persévéré, je dessine chaque jour, j'ai appris à dessiner à l'ordinateur, la couleur tout ça... en regardant des travaux, et essayant des choses... tout s'est fait très naturellement.
LGC : Je vois également sur votre CV Tumblr que vous avez déjà officié dans le monde de la BD, même si ce n'était pas en tant que scénariste ou dessinatrice. Pour moi, le lettrage et la colorisation sont primordiales dans la création d'une bande dessinée. Pouvez-vous m'en dire plus sur votre expérience ?
Sweeney Boo : Durant ma dernière année de lycée, j'ai eu la chance de pouvoir faire un stage au sein du Studio Makma, et c'est grâce à eux que j'ai découvert tout cela. Ils m'on aidés, et m'on soutenus. J'ai beaucoup appris avec eux, et pour ainsi dire j'apprends toujours le lettrage de Bande-dessinée au fil des années.
LGC : Et sinon, BD franco-belge, comics ou mangas ? Marvel ou DC ? Moore ou Miller ?
Sweeney Boo : Mmm... Comics mais pas mainstream (NDLR : commercial, grand public), ou très peu, je suis plus indé. Marvel ou DC... je crois que sans le vouloir, j'ai plus de livres de DC, mais surtout pour leurs séries plus kids ou ado (comme Gotham Academy, Batgirl, Teen Titans....). Et pour finir... Moore ou Miller... même si ce sont tous deux de très grands auteurs, mon cœur penche vers Alan Moore, pour la bonne et simple raison que j'ai découvert le monde du comics avec Watchmen.
LGC : Vous avez l'air d'être prête à vous lancer dans le grand bain avec un projet BD que vous teasez en ce moment sur les réseaux sociaux. Comment avez-vous su que c'était le moment ? Ou bien avez-vous déjà effectué des tentatives ?
Sweeney Boo : Il y a encore deux ans, je ne voulais pas faire de BD, j'avais le sentiment que n'était pas "mon truc". Je ne me sentais surtout pas encore capable... Puis début 2015, une histoire me trottait en tête, tellement que j'ai dû commencé à l'écrire. Et c'est à ce moment que j'ai su que c'était peut-être le bon moment. Puis j'ai fait de belles rencontres, et démarré de très belles collaborations, ce qui me pousse à croire que j'ai fait le bon choix.
LGC : À côté de la BD, vous avez auto-publié un livre de cuisine illustré, une autre de vos passions ? Quelle est votre recette préférée ?
Sweeney Boo : Je ne pourrais pas dire que c'est une passion, mais il est vrai que j'aime cuisiner même si... il faut se l'avouer, je ne suis pas très douée. Ma recette préférée... (du coup je vais dire un dessert, puisque c'était le thème des Glamourdises) je dirais... le clafoutis aux cerises. Mais je le dessine mieux que je ne le cuisine ahah !
LGC : Je crois déceler une inspiration "Red-Sonjesque" dans votre projet de comics, êtes-vous une fan de Robert E. Howard et/ou des comics basé sur The She-Devil with a Sword ?
Sweeney Boo : En effet, le projet sur lequel je travaille actuellement met en scène une héroine barbare à la longue chevelure rousse. Mais elle n'est pas comparable à Red-Sonja, si ce n'est pour leurs ethnies. Notre personnage est une mercenaire torturée et mystique qui évolue dans un univers "Sword and sorcery".
LGC : Pour continuer avec les inspirations, quel(le)s sont les auteur(e)s qui vous ont le plus influencée dans votre approche de la bande dessinée ?
Sweeney Boo : Beaucoup d'artistes talentueux m'ont inspirée et m'inspirent encore... Il y a Alessandro Barbucci (W.I.T.C.H, Skydoll...), Bryan Lee O'Malley (Lost at Sea, Scott Pilgrim, Seconds...), Anna Cattish (Big Bang cats), Becky Cloonan (Wolves, The Mire...) Nephyla (Geek & Girly, La déesse...) Matteo Scalera (Black Science...) et un tas d'autres !
LGC : Les influences ne venant en général pas que de l'art dans lequel on évolue, pouvez-vous me donner vos 3 BD / romans / films / albums de musique préférés ?
Sweeney Boo : En bande dessinées... : Seconds de Bryan O Malley, pour les romans : Harry Potter et la coupe de feu.
Pas sexiste pour un sou, Sweeney Boo ne dessine pas que des femmes
"Je pense que les femmes qui font de la BD, ont, et doivent, être considérées comme "auteures" avant d’être considérées comme "femmes qui font". Etre regardées et récompensées pour leurs travail, et non regardées différemment parce-qu'elles sont des femmes."Sweeney Boo
LGC : Questions bonus engagée : que pensez-vous du rôle des femmes dans la BD, avez-vous été déjà victime de sexisme ? Avez-vous été choquée par la polémique du FIBD d'Angoulême ? Un message aux filles qui souhaiteraient se lancer ?
Sweeney Boo : Je n'ai à ce jour, encore jamais été victime de sexisme. Mais j'ai déjà entendu certains fait de la part d'amies auteures. Je pense que les femmes qui font de la BD, ont, et doivent, être considérées comme "auteures" avant d’être considérées comme "femmes qui font". Etre regardées et récompensées pour leurs travail, et non regardées différemment parce-qu'elles sont des femmes. Se lancer dans la BD est risqué, surtout aujourd'hui, et je parle pour les filles comme pour les garçons. C'est un milieu ou il faut s'accrocher, ne pas avoir peur de l'échec et surtout avoir du mordant pour persévérer. Toute personne qui a de l'ambition et qui est prête à ne rien lâcher, a une chance de réussir. C'est une passion, et on ne peut que la vivre entièrement.
LGC : Voilà, je pense que je vous ai assez embêtée. Merci encore d'avoir accepté ma demande d'interview et j'espère avoir l'occasion de vous rencontrer en personne prochainement. Serez-vous d'ailleurs à Angoulême ou à la PCE (Paris Comics Expo) cette année ?
Sweeney Boo : Merci à vous, c'était un plaisir ! J'espère aussi avoir cette occasion ! Je ne serai pas présente ni au Festival d'Angoulême ni d'ailleurs à la PCE (festival que j'aime particulièrement!) pour la bonne raison que j'ai déménagé à Montréal en Octobre 2015... les festivals que je ferais cette année seront plutôt en Amérique et Amérique du nord !
Une planche de Spider Gwen, réalisée pour le fun, par Sweeney Boo
À seulement 23 ans, Sweeney Boo semble déjà savoir où elle veut aller dans le domaine de la BD tout en ne perdant pas de vue les difficultés du secteur. Avec des influences allant d'Alessandro Barbucci à Becky Cloonan, elle nous propose un trait tout en rondeur mais avec un caractère indéniable. Une artiste à surveiller de près !