Lorsque j'étais petit, je dévorais des tonnes de documentaires sur des terres lointaines, rêvant de les arpenter un jour en tant qu'adulte accompli. Des années plus tard, le rêve en est toujours un et question accomplissement personnel... Je réussis toutefois à caler ma dent creuse en voyageant par procuration grâce à des récits de globe-trotters comme ceux de l'écrivain voyageur danois Jørn Riel. C'est pourquoi, lorsque j'ai appris que l'illustrateur nantais Tanquerelle adaptait ses aventures en bandes dessinées, je me suis jeté sur la série des ... et autres Racontars, afin d'avoir une image plus nette des paysages nordiques.
En janvier dernier, l'auteur des Voleurs de Carthage passait une nouvelle étape et mettait en image son expédition de 2010 au Groenland en compagnie d'un équipage hétéroclite composé de Jørn Riel, de scientifiques et d'un artiste contemporain un peu givré (pléonasme ?). Voyageur de pacotilles, notre auteur n'accepta d'y participer que pour la perspective de devenir le "Paul-Émile Victor de la BD"... et aussi parce qu'il n'avait rien de mieux ou de plus rentable à faire. Tenant plus du récit auto-fictionnel que du documentaire, Groenland Vertigo brouille les pistes entre le véridique et le fantasmé. En effet, si Georges Benoît-Jean, le héros est clairement inspiré par Hervé Tanquerelle, on a du mal à croire qu'il lui est arrivé tout ce qu'il raconte (même si on en a fortement envie).

Délaissant son style crayonné habituel pour une ligne claire rendant hommage à la perfection au maître Hergé, Tanquerelle nous livre un récit d'aventure frais et dépaysant. Humour, situations loufoques, mystère et même danger : cette expédition dans le Grand Nord a tous les ingrédients d'une aventure moderne de Tintin qui ravira autant les amateurs du héros à la houppette que les amoureux de voyage (il récolte également des points bonus si vous êtes fans de whisky).
À ce propos, le trait de Tanquerelle associé à une mise en couleurs somptueuse de la coloriste hors-pair Isabelle Merlet est une véritable invitation à éprouver par nous même le fameux vertige du Groenland.