Vous qui entrez, laissez tout désespérance.
"The place to chill", ce sont des recommandations d'œuvres à lire/écouter/regarder, d'activités à réaliser, de lieux à visiter, mais aussi de plats et breuvages à déguster, pour chiller, en solo ou à plusieurs.
Dans un précédent article, j'évoquais mon amour pour la saga Gundamet son génie dans le traitement de l'absurdité de la guerre. Il est temps maintenant de parler d'un digne successeur de sa philosophie : Alderamin on the sky. Adaptée d'un light novel (NDLR : roman illustré japonais) de l'écrivain Bokuto Uno, cette série aux couleurs vives est bien plus sombre qu'il n'y paraît au premier abords.
L'intrigue d'Alderamin se déroule dans un univers semblable sur bien des points de celui de Full Metal Alchemist avec notamment la cohabitation entre technologie et éléments métaphysiques. Toujours comme dans le manga d'Hiromu Arakawa, l'Homme aura réussi à coupler les deux pour donner plus de piquant à ses guerres mais ici pas question de cercles d'alchimie ou de pierres philosophales. Dans le monde d'Alderamin, on utilise des esprits élémentaires prenant la forme de petits êtres multicolores pour se faciliter la vie comme pour estourbir son prochain.
Les esprits du vent associés permettent d'utiliser des fusils à air comprimé.
La série nous fait suivre l'ascension de Ikta Solork, un jeune homme pacifiste et rationaliste (et un tantinet obsédé sexuel) au milieu du conflit qui oppose Katjvarna, sa nation, une monarchie théocratique, à la république de Kioka désirant la renverser. Pensant pouvoir devenir bibliothécaire après avoir fait son service militaire loin des lignes de front, Ikta va s'enrôler dans l'armée avec une de ses amies d'enfance et d'autres jeunes du royaume. Tout ce petit monde va pourtant se retrouver inextricablement impliqué dans la guerre suite au naufrage du bateau qui les transportait vers le camp d'entrainement. C'est que sauver la princesse héritière de la noyade puis l'escorter au travers des lignes ennemies jusqu'à bon port, ça vaut de se faire directement adouber chevalier. Désormais jeune officier, Ikta va être précipité sur les champs de bataille qu'il répugne tant.
Nos héros apprendront vite qu'il y a rarement de bonnes décisions à la guerre
C'est là qu'Alderamin prend tout son sens et se rapproche de l'esprit de la série Gundam. Dans d'autres séries, notre pacifiste réussirait en quelques pirouettes à imposer sa vision antimilitariste, empêcherait les batailles et tout le monde deviendrait pote suite à ses discours pleins de sagesse. Ici, il n'en est rien : Ikta est certes un petit génie mais, au début de la série, il n'est qu'un troufion un peu plus gradé que la moyenne. Il va donc devoir gravir les échelons hiérarchiques grâce à ses coups de maître sur les champs de bataille pour pouvoir espérer changer un minimum les choses. En appliquant une logique rationnelle et scientifique à ses stratégies militaires il sauvera bien des vies mais sera souvent dépassé par l'absurdité de la guerre. Une absurdité provoquée par les décisions de ses supérieurs ou tout simplement par le fait que la guerre est une saloperie où même la décision la plus logique peut avoir des conséquences sanglantes.
Force rouge, force verte, force jaune, force noire et force bleue au rapport !
Mais Ikta n'est pas le seul personnage intéressant de la série, ses compagnons d'armes et même ses ennemis disposent tous d'un caractère et de motivations propres. Yatorishino Igsem, sa meilleure amie est l'héritière d'une famille militaire et est donc dévouée à sa patrie. Combattante à l'arme blanche parmi les plus redoutables de l'armée de Katjvarna, elle n'hésite pas à massacrer ses opposants avec une bestialité contrastant avec son tempérament calme et réfléchi. Torway Remion est un séduisant jeune homme, timide et peu sûr de lui. Excellent au tir, il devra combattre sa sensibilité lorsqu'il faudra utiliser son don pour ôter des vies sur le champ de bataille. Matthew Tetdrich est l'archétype du garçon volontaire et méritant. Peu gâté par la nature aussi bien au niveau des dons que du physique, il fournit plus d'efforts que quiconque et n'est jamais le dernier à se proposer pour des missions périlleuses malgré la peur de mourir qui le tenaille. Haroma Becker est le personnage le plus effacé du groupe par son tempérament et ses apparitions à l'écran mais est loin d'être juste là pour le quota "oppai" (NDLR : gros seins). Douce et timide elle est à la tête d'une unité médicale et soigne les blessés après les batailles. Elle se retrouve donc vite confrontée au sang et à la mort sans pour autant défaillir ou se plaindre. D'abord insupportable, la princesse Chamille montrera très vite une capacité exceptionnelle à se remettre en question et à saisir les enjeux et conséquences du conflit malgré son jeune âge. Au final, Alderamin est un animé bourré de qualités narratives, servi par une animation plus qu'honnête –studios Madhouse oblige– capable de se déchaîner lors des démonstrations martiales de Yatorishino par exemple. Le principal point noir pour moi provient de la raideur des personnages lorsqu'ils ne sont pas en action mais surtout du chara design. Qu'il s'agisse des visages ou des coupes de cheveux, la série n'a pas réussi à me séduire mais c'est peut-être parce que je suis en général hermétique aux standard esthétiques de la production animées actuelle. Mis à part ce point, Alderamin est de loin une des séries animées les plus intelligentes et accrocheuses de l'année.
Ciné et TV : Full Metal Jacket, Les Héros de la galaxie
Jeux vidéo : Valkyria Chronicles, Final Fantasy 8 et Type-0
Musique : la B.O de Valkyria Chronicles ou celle de la série
Si les designs d'Alderamin sont colorés, son propos est bel et bien sombre et sérieux avec une représentation de la guerre réaliste et intelligente. On y suit de jeunes gens embarqués dans un conflit qui les dépasse et plus particulièrement un personnage principal excellent dans les tactiques militaires mais répugnant la guerre.
Alderamin on the Sky
Auteurs : Uno Bokuto(écrivain de la light novel), Ichimura Tetsuo (réalisateur) Studio : Madhouse Éditeur français : Crunchyroll (Simulcast)
Dates de diffusion : 08/07/16 - 30/09/16 Prix : gratuit (streaming légal)
Comment sait-on qu'on est dans le bon camp lors d'une guerre ? Cette question sensible peut s'appliquer –à de rares exceptions près– à la majeure partie des soldats depuis la nuit des temps. Elle peut même amener à se demander ce qui détermine qu'un camp est bien le bon, mis-à-part la victoire et donc la possibilité d'imposer sa version des faits en guise de vérité. Yoshiyuki Tomino, l'a bien compris et intégré dans sa saga Gundam dès 1979. Découvrez ses récentes déclinaisons,Iron Blooded Orphans et Unicorn RE : 0096disponibles en streaming légal sur Crunchyroll !
Dans Gundam, les enfants sont les principales victimes des atrocités de la guerre.
Ce qui m'a plu et surpris dans la série Gundam originelle, c'est que l'on suivait les jeunes héros d'une fédération terrienne bien déterminée à conserver son hégémonie sur une lointaine colonie désirant s'émanciper, le duché de Zeon. Une sorte de guerre d'indépendance américaine où les principaux protagonistes combattraient pour la couronne d'Angleterre. Un postulat de base qui excluait toute possibilité de manichéisme simpliste pour se concentrer sur l'absurdité de la guerre. Car, oui, malgré les affrontements de robots géants qui ont fait son succès (après des débuts difficiles dus justement à son avant-gardisme), Mobile Suit Gundam 0079 était clairement une oeuvre anti-militariste. À l'époque, les robots de combats, appelés Mobile Suits tenaient plus du char de combat anthropomorphe que de la super machine de guerre toute puissante. Leurs pilotes –jeunes soldats inexpérimentés ou vétérans usés– étaient profondément humains, quel que soit le camp. Il y avait certes de gros salopards et des dangereux va-t-en-guerre mais on avait majoritairement affaire à des victimes d'un conflit qui les dépassait. C'est cet aspect qui me manquait dans la plupart des dernières séries Gundam et que j'ai retrouvé dans Mobile Suit : Gundam Iron Blood Orphans et Mobile Suit Gundam Unicorn RE : 0096.
Mobile Suit Gundam : Iron Blooded Orphans - "beasts of no (galactic) nation" Totalement inédite, cette nouvelle série Gundam est en fait la toute première série que j'ai regardé sur Crunchyroll après avoir découvert l'application sur ma PS4. Ambassadrice de luxe, elle me fit directement adopter le service à l'époque. Synthèse de la violence physique et psychologique subie par les enfants en temps de guerre, Iron Blooded Orphans commence son récit sur mars au sein d'une société de sécurité privée exploitant de jeunes rebuts de la société souvent orphelins. Ces "rats de l'espace" auront la possibilité de reprendre leur destin en main en servant d'escorte armée à Kudelia Bernstein dans son périple jusqu'à la Terre pour plaider la cause des colonies spatiales. Un trajet qui sera loin d'être une promenade de santé avec du sang, des larmes et de la sueur versés par nos jeunes héros tout au long des 26 épisodes de cette première saison. Particularité aussi intéressante que tragique, dans Iron Blooded Orphans, les enfants sont aussi bien des victimes que des bourreaux, répondant coup pour coup à la violence d'un monde qui ne leur a laissé aucune autre alternative.
A la tête de ces jeunes soldats d'infortune, Orga et Mikazuki, amis depuis l'enfance, sont dans les faits un jeune chef de guerre calculateur suivi de son bras armé sociopathe. Un duo digne des factions d'enfants soldats en activité dans tant de pays africains en guerre. On se retrouve désarmés par leur brutalité froide mais aussi par leur impuissance face aux machinations du monde des adultes. Au fil des épisodes et des drames, une sorte de fatalisme finit par s'installer jusque dans les blagues des personnages. Les rares moments de joie vécus par nos jeunes héros se retrouvent ainsi nuancés et font se demander si une issue heureuse est même encore envisageable après tant de gâchis.
Visuellement, le show adopte une esthétique entre shonen classique et semi-réalisme avec un grand nombre de personnages dont les dents irrégulières -comme taillées en pointes- accentuent l'impression que l'Homme reste un loup pour l'Homme. Comme d'habitude chez la Sunrise, le studio historique de Gundam, les mechas ont fait l'objet d'un soin particulier malgré quelques designs hasardeux. Pour finir, une animation plus que correcte et une bande son toujours juste alternant morceaux épiques et complaintes tragiques font d'Iron Blooded Orphans un des animés immanquables de ces dernières années.
Mobile Suit Gundam Unicorn RE : 0096 - "Same players shoot again" Pour cette série, je me retrouvai en terrain connu avec une intrigue se déroulant dans la chronologie d'origine, l'Universal Century (U.C). Trois après la succession d'événements tragiques du film Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque, un semblant de paix entre Neo-Zeon et la Fédération Terrienne semble s'être installé. Hélas, Une fois encore, les nouvelles générations vont faire les frais de la folie d'aînés incapables d'apprendre des erreurs du passé. Sur fond de vieilles rancunes et de course à l'armement, on y suit le destin de Banagher Links, un adolescent surdoué précipité dans les flammes de la guerre.
Dommages collatéraux insensés et trahisons en tous genres accompagneront la perte d'innocence brutale du jeune homme durant la vingtaine d'épisodes (nombre précis encore inconnu à l'heure où ces lignes sont écrites) de cette adaptation télévisée des 7 OVA (Original Video Animation, production animée destinée au marché vidéo) Gundam Unicorn. Réalisés pour les trente ans de la série en 2010, ils étaient eux-même adaptés d'une série de 10 romans écrite par Harutoshi Fukui un auteur à succès japonais. La ligne directrice du projet : renouer avec l'esprit de Mobile Suit Gundam 0079 tout en respectant les standards de modernité et matériau de Harutoshi Fukui. Une volonté qui se ressent dans l'esthétique -notamment le design des personnages- servie par un des mariages les plus heureux entre animation traditionnelle et rendus 3D.
Disponible en simulcast sur Crunchyroll, Gundam Unicorn RE : 0096 est une belle opportunité pour ceux qui étaient passés à côté des OVA mais aussi pour ceux qui désirent (re)découvrir ce bijou de l'animation japonaise via un rythme différent, plus posé mais non dénué d'intérêt.
Yoshiyuki Tomino disait en 2002 à propos de son approche "real robot", tranchant radicalement avec les œuvres habituelles de robots géants invincibles :
« Au fond, je voulais créer une série de robot plus réaliste – au contraire des Super Robots – où tout serait plus ancré dans le réel, basé sur un robot humanoïde. Dès le départ, les mobile suits viendraient des robots de chantier (spatiaux) qui avaient servi jadis à construire les colonies de l’espace et qui se sophistiqueraient jusqu’à devenir de nouveaux types d’armes ; voilà quelle idée d’évolution industrielle j’avais en tête dès le début. De sorte que l’idée générale, mon idée, de faire une histoire de robots dans l’espace sans qu’elle devienne stupide se basait sur la volonté de bâtir une histoire et de l’implanter dans un réel possible – davantage d’options réalistes était le concept principal. »*
Presque 40 ans plus tard, son esprit reste fort et vibrant dans les deux dernières séries de son fabuleux univers, tout en réussissant à développer chacune une personnalité propre.
Bonus : pour ceux qui ont déjà terminé la première saison d'Iron Blooded Orphans, voici la dernière vidéo promotionnelle de la seconde à venir le 02 octobre prochain (récapitulatif de la saison 1 jusqu'à 1:43) !
*Source : Article de Toma Machiyama publié dans Animerica volume 10 numéro 12 d'après le site Le Dino Bleu
Style d'animation : japonaise traditionnelle, 2D et 3D
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Musique : Bach, Beethoven... Gundam se marie à merveille avec la musique classique ou du Two Steps From Hell et du X-Ray Dog pour plus de modernité
La franchise Gundam est une véritable institution au Japon qui séduit de plus en plus de fans dans le monde. Si certaines de ses déclinaisons s'éloignent de l'esprit "real robot" antimilitariste des débuts, les deux dernières déclinaisons, Iron Blooded Orphans et Unicorn RE : 0096 –disponibles en streaming légal en France sur Crunchyroll– font honneur à l'héritage du créateur de Yoshiyuki Tomino.