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10.11.16

Découvrez Kōta Hirano : partie 2 - Drifters, le all-star game militaire

Lors de la dernière Japan Expo, j'ai pu visionner les deux premiers épisodes de Drifters, l'adaptation animée du dernier manga en date de Kōta Hirano. Le studio Hoods Drifters avec à sa tête Kenichi Suzuki déjà responsable de la deuxième adaptation animée d'Hellsing –beaucoup plus fidèle à l'oeuvre originale – étant aux manettes, c'est le cœur plutôt tranquille que je m'installais pour 45 minutes de visionnage.
J'évoquai dans l'article précédent le délicieux foutoir qu'était Hellsing à l'époque, eh bien Kōta Hirano reproduit la recette avec Drifters mais en modifiant le dosage des ingrédients. Le récit commence lorsque Shimazu Toyohisa, un guerrier japonais de l'époque Sengoku (courant du XVe au XVIe siècle), grièvement blessé lors d'une bataille. Au lieu de perdre la vie comme dans les livres d'Histoire, il se retrouve face à une sorte de fonctionnaire occidental moderne, assis derrière un bureau, dans un hall plein de portes. Notre samouraï n'a même pas le temps de se demander ce qui se passe ou d'être frappé de phobie administrative qu'il est aspiré à l'intérieur d'une des portes. Shimazu atterrit alors dans un monde de dark fantasy où les plus grands génies militaires de tous les temps comme Nobunaga Oda, Nasu no YoichiScipion l'africain ou encore Jeanne d'Arc semblent être recrutés par deux camps opposés.

On quitte donc la réalité fantasmée pleine de vampires nazis, de zombies et de loup garous d'Hellsing pour atterrir dans une sorte de monde-purgatoire où se déroule un "all-star game guerrier". Le côté geek passionné d'Histoire d'Hirano entraperçu dans sa première série et ses bonus est poussé à fond dans Drifters. C'est simple, on a l'impression d'être dans un Age of Empire anachronique et ultra-violent où les généraux seraient incarnés par des figures historiques iconiques. Lorsque je lui ai demandé s'il avait fait eu recours à de la documentation historique, Kōta Hirano m'a répondu que sa passion pour l'Histoire lui est venue en jouant aux jeu vidéo et qu'il adorait les jeux de stratégie historiques !

Moralité : jouer à des jeux vidéo ne fera pas de vous un historien mais, à défaut, vous pourrez créer des œuvres badass sur fond historique.
 En sortant de la projection des deux premiers épisodes de Drifters j'avais donc le sentiment satisfait d'avoir eu affaire à une adaptation case par case du manga. L'anime reproduit ainsi les exubérances anatomiques de l'auteur, encore plus prononcées que dans Hellsing mais servant à merveille l'aura de folie du récit.

Je demandai donc à l'auteur s'il avait été impliqué dans la production et la réalisation de l'animé. Il me révéla que, comme j'ai vraiment adoré le travail du réalisateur Kenichi Suzuki sur Hellsing Ultimate, il avait une entière confiance en son équipe. Du coup il les a laissé faire et n'est absolument pas déçu du résultat et si vous êtes fans du manga original, vous ne le serez pas non plus.

Drifters est disponible en simulcast légal et gratuit sur Wakanim depuis le 06 octobre et c'est un pur bonheur de retrouver la folie de Kōta Hirano animée à l'écran. La seule problématique que je vois se présenter à l'horizon concerne le rythme de publication du manga qui risque d'impacter la production des animés, mais bon, comme il s'agit d'OAV, cela est moins préjudiciable que dans le cas d'un Berserk...

Alors, ça a quel goût Drifters ?

Caractéristiques principales
  • Genre : action, fantasy, ultra-violence
  • Style d'animation : japonaise 2D et 3D
œuvres similaires
  • BD et romans : Ei8ht, Arès
  • Ciné et TV : Les 12 salopards, The Expendables
  • Jeux vidéo : DOTA, Broforce, la série des Musou
  • Musique : 3 Inches of Blood, Powerman 5000
Sorte de all-star games martial, Drifters propulse des figures militaires et des meneurs idéologiques de toutes les époques dans un univers de dark fantasy. Un parfait prétexte pour Kōta Hirano de répondre avec fun et violence aux éternelles questions de "qui est le plus fort ?" entre plusieurs personnages historiques cultes.


Drifters
Auteurs : Kōta Hirano (auteur du manga), Kenichi Suzuki (réalisateur)
Studio : Hoods Drifters
Éditeur français : Wakanim (Simulcast)
Prix : streaming légal par abonnement

11.9.16

[Bingez sur Crunchyroll] Mobile Suit Gundam : Iron Blooded Orphans et Unicorn RE : 0096

Comment sait-on qu'on est dans le bon camp lors d'une guerre ? Cette question sensible peut s'appliquer –à de rares exceptions près– à la majeure partie des soldats depuis la nuit des temps. Elle peut même amener à se demander ce qui détermine qu'un camp est bien le bon, mis-à-part la victoire et donc la possibilité d'imposer sa version des faits en guise de vérité. Yoshiyuki Tomino, l'a bien compris et intégré dans sa saga Gundam dès 1979. Découvrez ses récentes déclinaisons, Iron Blooded Orphans et Unicorn RE : 0096 disponibles en streaming légal sur Crunchyroll !
Dans Gundam, les enfants sont les principales victimes des atrocités de la guerre.
Ce qui m'a plu et surpris dans la série Gundam originelle, c'est que l'on suivait les jeunes héros d'une fédération terrienne bien déterminée à conserver son hégémonie sur une lointaine colonie désirant s'émanciper, le duché de Zeon. Une sorte de guerre d'indépendance américaine où les principaux protagonistes combattraient pour la couronne d'Angleterre. Un postulat de base qui excluait toute possibilité de manichéisme simpliste pour se concentrer sur l'absurdité de la guerre. Car, oui, malgré les affrontements de robots géants qui ont fait son succès (après des débuts difficiles dus justement à son avant-gardisme), Mobile Suit Gundam 0079 était clairement une oeuvre anti-militariste. À l'époque, les robots de combats, appelés Mobile Suits tenaient plus du char de combat anthropomorphe que de la super machine de guerre toute puissante. Leurs pilotes –jeunes soldats inexpérimentés ou vétérans usés– étaient profondément humains, quel que soit le camp. Il y avait certes de gros salopards et des dangereux va-t-en-guerre mais on avait majoritairement affaire à des victimes d'un conflit qui les dépassait. C'est cet aspect qui me manquait dans la plupart des dernières séries Gundam et que j'ai retrouvé dans Mobile Suit : Gundam Iron Blood Orphans et Mobile Suit Gundam Unicorn RE : 0096.


Mobile Suit Gundam : Iron Blooded Orphans - "beasts of no (galactic) nation"
Totalement inédite, cette nouvelle série Gundam est en fait la toute première série que j'ai regardé sur Crunchyroll après avoir découvert l'application sur ma PS4. Ambassadrice de luxe, elle me fit directement adopter le service à l'époque. Synthèse de la violence physique et psychologique subie par les enfants en temps de guerre, Iron Blooded Orphans commence son récit sur mars au sein d'une société de sécurité privée exploitant de jeunes rebuts de la société souvent orphelins. Ces "rats de l'espace" auront la possibilité de reprendre leur destin en main en servant d'escorte armée à Kudelia Bernstein dans son périple jusqu'à la Terre pour plaider la cause des colonies spatiales. Un trajet qui sera loin d'être une promenade de santé avec du sang, des larmes et de la sueur versés par nos jeunes héros tout au long des 26 épisodes de cette première saison. Particularité aussi intéressante que tragique, dans Iron Blooded Orphans, les enfants sont aussi bien des victimes que des bourreaux, répondant coup pour coup à la violence d'un monde qui ne leur a laissé aucune autre alternative.

A la tête de ces jeunes soldats d'infortune, Orga et Mikazuki, amis depuis l'enfance, sont dans les faits un jeune chef de guerre calculateur suivi de son bras armé sociopathe. Un duo digne des factions d'enfants soldats en activité dans tant de pays africains en guerre. On se retrouve désarmés par leur brutalité froide mais aussi par leur impuissance face aux machinations du monde des adultes. Au fil des épisodes et des drames, une sorte de fatalisme finit par s'installer jusque dans les blagues des personnages. Les rares moments de joie vécus par nos jeunes héros se retrouvent ainsi nuancés et font se demander si une issue heureuse est même encore envisageable après tant de gâchis.
Visuellement, le show adopte une esthétique entre shonen classique et semi-réalisme avec un grand nombre de personnages dont les dents irrégulières -comme taillées en pointes- accentuent l'impression que l'Homme reste un loup pour l'Homme. Comme d'habitude chez la Sunrise, le studio historique de Gundam, les mechas ont fait l'objet d'un soin particulier malgré quelques designs hasardeux. Pour finir, une animation plus que correcte et une bande son toujours juste alternant morceaux épiques et complaintes tragiques font d'Iron Blooded Orphans un des animés immanquables de ces dernières années. 

Mobile Suit Gundam Unicorn RE : 0096 - "Same players shoot again"
Pour cette série, je me retrouvai en terrain connu avec une intrigue se déroulant dans la chronologie d'origine, l'Universal Century (U.C). Trois après la succession d'événements tragiques du film Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque, un semblant de paix entre Neo-Zeon et la Fédération Terrienne semble s'être installé. Hélas, Une fois encore, les nouvelles générations vont faire les frais de la folie d'aînés incapables d'apprendre des erreurs du passé. Sur fond de vieilles rancunes et de course à l'armement, on y suit le destin de Banagher Links, un adolescent surdoué précipité dans les flammes de la guerre. 

Dommages collatéraux insensés et trahisons en tous genres accompagneront la perte d'innocence brutale du jeune homme durant la vingtaine d'épisodes (nombre précis encore inconnu à l'heure où ces lignes sont écrites) de cette adaptation télévisée des 7 OVA (Original Video Animation, production animée destinée au marché vidéo) Gundam Unicorn. Réalisés pour les trente ans de la série en 2010, ils étaient eux-même adaptés d'une série de 10 romans écrite par Harutoshi Fukui un auteur à succès japonais. La ligne directrice du projet : renouer avec l'esprit de Mobile Suit Gundam 0079 tout en respectant les standards de modernité et matériau de Harutoshi Fukui. Une volonté qui se ressent dans l'esthétique -notamment le design des personnages- servie par un des mariages les plus heureux entre animation traditionnelle et rendus 3D. 
Disponible en simulcast sur Crunchyroll, Gundam Unicorn RE : 0096 est une belle opportunité pour ceux qui étaient passés à côté des OVA mais aussi pour ceux qui désirent (re)découvrir ce bijou de l'animation japonaise via un rythme différent, plus posé mais non dénué d'intérêt.
Yoshiyuki Tomino disait en 2002 à propos de son approche "real robot", tranchant radicalement avec les œuvres habituelles de robots géants invincibles :
« Au fond, je voulais créer une série de robot plus réaliste – au contraire des Super Robots – où tout serait plus ancré dans le réel, basé sur un robot humanoïde. Dès le départ, les mobile suits viendraient des robots de chantier (spatiaux) qui avaient servi jadis à construire les colonies de l’espace et qui se sophistiqueraient jusqu’à devenir de nouveaux types d’armes ; voilà quelle idée d’évolution industrielle j’avais en tête dès le début. De sorte que l’idée générale, mon idée, de faire une histoire de robots dans l’espace sans qu’elle devienne stupide se basait sur la volonté de bâtir une histoire et de l’implanter dans un réel possible – davantage d’options réalistes était le concept principal. »*

Presque 40 ans plus tard, son esprit reste fort et vibrant dans les deux dernières séries de son fabuleux univers, tout en réussissant à développer chacune une personnalité propre.

Bonus : pour ceux qui ont déjà terminé la première saison d'Iron Blooded Orphans, voici la dernière vidéo promotionnelle de la seconde à venir le 02 octobre prochain (récapitulatif de la saison 1 jusqu'à 1:43) !

*Source : Article de Toma Machiyama publié dans Animerica volume 10 numéro 12 d'après le site Le Dino Bleu
Crédits captures et vidéo : © Sunrise, Bandai Visual © Crunchyroll

Alors, elles ont quel goût ces séries Gundam ?

Iron Blooded Orphans Unicorn RE : 0096
Caractéristiques principales
  • Genre : "Real Robot", mecha, guerre, drame
  • Style d'animation : japonaise traditionnelle, 2D et 3D
œuvres similaires
  • BD et romans : Starship Troopers, Orphelins
  • Ciné et TV : Full Metal Jacket, Code Geass
  • Jeux vidéo : Gundam Federation VS Zeon, les Front Mission
  • Musique : Bach, Beethoven... Gundam se marie à merveille avec la musique classique ou du Two Steps From Hell et du X-Ray Dog pour plus de modernité
La franchise Gundam est une véritable institution au Japon qui séduit de plus en plus de fans dans le monde. Si certaines de ses déclinaisons s'éloignent de l'esprit "real robot" antimilitariste des débuts, les deux dernières déclinaisons, Iron Blooded Orphans et Unicorn RE : 0096 –disponibles en streaming légal en France sur Crunchyroll– font honneur à l'héritage du créateur de Yoshiyuki Tomino.

29.7.16

Interview d'Olivier Fallaix : Crunchyroll comme sur des roulettes ?

Dans ma prime jeunesse, alors qu'internet n'était pas encore arrivé dans la majorité des foyers (et encore moins dans ma Côte d'Ivoire natale), quand on voulait se tenir informé sur l'animation japonaise, on achetait des magazines spécialisés. Mon préféré à l'époque était sans conteste Animeland avec ses couvertures et papiers vendant automatiquement du rêve au jeune "Otaku" que j'étais. Du coup, quand j'ai appris qu'Olivier Fallaix, rédacteur historique puis rédacteur en chef du magazine allait être présent à la Japan Expo du 7 au 10 juillet pour représenter la branche française de Crunchyroll, un des leaders du streaming légal d'animation japonaise, j'étais un peu comme ça (en version black et imberbe, bien sûr) :


Mobilisant tout le professionnalisme dont j'étais capable, j'ai donc pu interviewer celui qui avait largement contribué à la construction de mes goûts en matière de "japanimation". Si vous avez encore des interrogations à propos du fonctionnement des plateformes de "simulcast" diffusant vos épisodes d'animés préférés quelques heures après le Japon, cette interview est pour vous !


Le Goûteur Culturel : Bonjour Monsieur Fallaix, pouvez-vous nous expliquer votre rôle chez Crunchyroll s'il vous plaît ? 
Olivier Fallaix : En gros, je travaille dans l'univers de la "japanimation" depuis 20 ans et j'ai rejoint Crunchyroll pour les aider à s'installer en France. Crunchyroll existe depuis 2006 aux Etats-Unis, d'abord en amateur puis s'est professionnalisé en 2009 pour ensuite s'étendre aux territoires d'Amérique latine à partir de 2012. L'expansion européenne a commencé en 2013, très discrètement : les canaux étaient là mais il n'y avait aucune communication à ce sujet. Ils ont ensuite commencé à chercher des référents sur place pour s'en occuper.
LGC : Et c'est comme ça qu'ils vous ont recruté. Comment ça c'est passé ? Vous les aviez déjà rencontrés en convention et ils vous ont contacté directement ? Vous avez visité le siège américain ? 
Olivier Fallaix : Non, pas du tout. Je venais de quitter Animeland et je leur ai été conseillé à ce moment là. Les discussions ont commencé en janvier-février 2014 et le contrat a été signé en juillet 2014. Je me suis déplacé au siège à San Francisco, pas loin de la Sillicon Valley. Il y a une centaine d'employés au siège tandis qu'en France nous ne sommes que deux employés à temps complet travaillant avec pas mal de prestataires : on nous fournit la plateforme et on s'occupe des traductions.
LGC : Ça n'a pas été trop compliqué de promouvoir la plateforme au public français ? 
Olivier Fallaix : Quand j'ai été engagé, il n'y avait aucune communication pour toucher le public et il y avait des difficultés pour faire comprendre le principe de notre activité. Je dois dire que Netflix a fait du bien avec son impact sur les usages des français en matière de SVOD (NDLR : vidéo à la demande par souscription).
LGC : A propos de Netflix, j'imagine que c'est la bagarre pour acquérir les licences. Comment les négociations se passent-elles ? 
Olivier Fallaix : Les négociations se font surtout sur les prix et au cas par cas pour obtenir les licences mais il y a plein de paramètres à prendre en compte. 
Par exemple, dans le cas de Seven Deadly Sins, Netflix avait négocié une exclusivité française avant même le lancement de son service sur le territoire. Du coup il était impossible de proposer du simulcast et il a fallu attendre que le lancement français de Netflix, soit un an après la diffusion japonaise pour que la série soit visionnable légalement.
Inutile que le piratage avait déjà fait son oeuvre et que le succès n'a pas vraiment été au rendez-vous pour ce qui aurait dû être un des nouveaux phénomènes shonen. La licence a été obtenue par Netflix en proposant un prix plus élevé mais le deal s'est conclu au détriment de la série, au final.
LGC : Donc ce n'est pas votre politique de négocier des exclusivités d'exploitations territoriales ? 
Olivier Fallaix : À vrai dire, Crunchyroll veut juste s'assurer de pouvoir diffuser les séries en simulcast, pas besoin d'avoir l'exclusivité pour nous. Après certains ayants droits japonais préfèrent que tous les droits soient gérés par le même licencié sur un territoire, c'est comme ça que nous nous retrouvons également à faire de la cession de droits en France, derrière. 
LGC : Et quels sont vos plus gros succès à ce jour ? 
Olivier Fallaix : Jojo's Bizarre Adventure et Parasite. Ce sont de beaux succès à notre échelle, même si nous n'avons pas de séries phares comme Naruto ou One Piece.
LGC : Oui, ça a dû être compliqué de vous faire une place sans pouvoir vous appuyer sur ces locomotives mais vous avez l'air d'avoir compensé par une offre assez diversifiée. 
Olivier Fallaix : Oui, à l'arrivée en 2013, les grosses séries étaient déjà toutes licenciées mais nous avons misé sur d'autres titres de qualité pour faire grossir le catalogue. Maintenant, nous nous positionnons sur les plus gros titres comme le nouvel animé Berserk que nous diffusons en Simulcast et qui est un beau succès.
LGC : Personnellement, j'ai accroché à Crunchyroll grâce à sa présence sur ma console de jeu, ce qui me permet d'y avoir accès directement sur ma télé, contrairement à ADN. j'imagine que ça a dû beaucoup jouer sur le recrutement d'utilisateurs en France. 
Olivier Fallaix : La présence sur consoles a été un vrai plus, oui. L'avantage de faire partie d'un groupe international siégeant à San Francisco, c'est qu'on peut rapidement traiter avec les entreprises de la Sillicon Valley : ce sont nos voisins ! ça a aidé par exemple à avoir la certification Facebook de notre page à son lancement alors qu'on n'avait que 2000 fans (rires). Il y a bien sûr quelques lourdeurs de communication mais en gros c'est super cool.
LGC : Votre catalogue compte pas mal de productions TV Tokyo, une raison à cela ? 
Olivier Fallaix : Oui, en fait TV Tokyo est un des premiers actionnaires de Crunchyroll et un des premiers groupes d'animation à leur avoir fait confiance. La relation est donc plutôt privilégiée avec eux.
LGC : Comment s'effectue le choix des séries ? Avez-vous voix au chapitre ? 
Olivier Fallaix : Le choix des séries s'effectue directement au Japon et ensuite les responsables régionaux donnent leurs avis sur celle-ci pour la négociation. Je ne décide pas des titres qu'on aura mais je peux en pousser certains en fonction de ma connaissance du marché français et de mes coups de cœur. Dès qu'Orange a été annoncé en adaptation animée, j'ai poussé de toutes mes forces parce que le manga m'avait foutu une claque.
LGC : Désolé de vous poser cette question mais je pense que pas mal de gens (moi y compris) souhaitent savoir si vous diffuserez Kabaneri of the Iron Fortress en France. Je n'ai pas l'impression que les droits aient été acquis par un licencié du marché. 
Olivier Fallaix : Hélas, non. En fait Amazon a acquis les droits de diffusion exclusifs pour la France ainsi que pas mal du catalogue Noitamina, même si son service de SVOD n'y est pas encore lancé (NDLR : l'épisode Seven Deadly Sins se répéterait-il encore une fois ?). Paradoxalement, Cruchyroll US a récupéré les droits de Kabaneri en vidéo sans avoir les droits en streaming.
LGC : Qu'est-ce qui vous permet de tenir tête au géant Amazon et sa force de frappe financière monstrueuse ? Votre expertise reconnue par les japonais ? 
Olivier Fallaix : Amazon a beau être Amazon, Crunchyroll s'est lancé bien avant dans le streaming d'animés. On se retrouve avec plus de 800000 d'abonnés au service dans le monde et 5 millions de visiteurs par mois, ça compte au moment des négociations. En France, Crunchyroll se contente pour l'instant de faire de la SVOD d'animation mais aux USA il y a même un service de lecture en ligne de mangas.
LGC Vous pouvez me filer un scoop sur les prochaines séries à venir ? 
Olivier Fallaix : Les annonces tombent chaque trimestres donc non, désolé, pas de scoop. On a beau travailler bien en amont pour les acquisitions, les contrats se signent souvent un ou deux mois à l'avance, je ne peux donc rien te dire qui ne soit pas confidentiel.
 LGC : À propos de rythme et de délais, j'imagine que ça doit être assez infernal de tenir la cadence et proposer les épisodes à J+1 (parfois moins). 
Olivier Fallaix : Oui (rires). On en est à 25 simulcasts par semaines avec des délais allant de quelques semaines à quelques heures avant la diffusion pour les traductions.
 LGC Wow ! Les traducteurs doivent être tout le temps sur le pont avec le décalage horaire en plus ! 
Olivier Fallaix : Il faut être super réactifs, oui. En plus il y a un double décalage horaire à prendre en compte avec les heures japonaises et US. Nos traducteurs ont dû s'adapter à un rythme différent de celui de la trad' de mangas. On a aussi la chance d'avoir des traducteurs bossant depuis le Japon.
LGC : Vous me disiez que ces traducteurs sont des prestataires et que vous êtes deux salariés à temps complet, pouvez-vous présenter votre collègue et son rôle ? 
Olivier Fallaix : Nous nous occupons de la communication à deux avec Nelly Aityaya qui est une ancienne de chez Casterman. Je suis en charge des relations avec les professionnels tandis que Nelly s'occupe du "community management" et de dialoguer avec le public et les partenaires pour les concours. C'est elle qui est en relation avec les youtubeurs, notamment.
Elle et son Chat, un de mes derniers coups de cœur animés, découvert grâce à Crunchyroll
LGC J'avais un peu décroché de l'animation japonaise qui ne me vendait plus vraiment de rêve il y a quelques années. Je ne me tenais au courant que pour des raisons professionnelles et puis, il y a à peu près trois ans, j'ai ressenti comme un frémissement timide dans la Force avec de nouveaux animés sortant un peu plus du lot. Quelle est votre opinion à ce sujet. 
Olivier Fallaix : L'animation japonaise a changé, les budgets ont beaucoup baissé depuis les années 90 ce qui a rendu les projets originaux plus risqués à financer et donc favorisé le formatage des séries vers ce qui marche : les séries "Moe" essentiellement (NDLR : productions souvent niaises et plates avec des héroïnes angéliques ayant beaucoup de succès auprès du public masculin). A côté de ça, il y a de rares studios qui réalisent des séries originales comme Trigger avec Kill-La-Kill, mais si le succès critique est là, qu'en est-il du succès commercial ?
Il n'y a jamais eu autant d'animés mais les budgets étant très bas, les studios sont épuisés malgré les avancées techniques. C'est la crise : les ressources demandées sont énormes et les besoins de financement aussi. Le simulcast est une petite bouffée d'oxygène pour les japonais car il représente une rentrée d'argent supplémentaire.
LGC : Pour finir, est-ce que vous pourriez me donner vos derniers coups de coeur, vos attentes ainsi que vos trois productions animées préférées EVER. 
Olivier Fallaix : Récemment j'ai vraiment adoré l'adaptation d'Orange comme je disais. J'ai vraiment adoré le manga publié chez Akata, j'adore vraiment leur catalogue. J'ai aussi adoré Bungo Stray Dogs, parce que je suis fan des studios Bones et que la touche enquête fantastique et culturelle changeait un peu de la recette classique avec ces écrivains japonais menant l'enquête. Bien sûr, j'attends comme tout le monde la saison 2 de Shingeki No Kyojin (NDLR : enfin annoncée pour le printemps 2017 !)
Si je ne devais garder que trois productions animées, ce serait Les Mystérieuses Cités d'Or, Cobra et Mon Voisin Totoro qui est mon film d'animation préféré. Ces trois productions incarnent pour moi ce que j'aime dans l'animation japonaise : sa richesse et sa diversité.
LGC Merci d'avoir pris un peu de votre temps pour me répondre, bonne fin de Japan Expo ! 
Olivier Fallaix : Merci, à toi aussi !

Mais c'est quoi Crunchyroll ?

  • Fonctionnement : Plateforme de streaming légal
  • Catalogue : Animation japonaise, dramas
Principe
  • Modèle économique : abonnement Premium
Crunchyroll est une offre légale et facilitant l'accès à l'animation japonaise dans les plus brefs délais. Disponible sur quasiment tous les devices connectés (consoles, Chromecast, AppleTV etc.), le service peut être utilisé via deux formules :
- Gratuite, avec de la publicité et une semaine d'attente pour avoir accès aux derniers épisodes.
- Payante, sans publicités avec accès aux animés juste après leur diffusion au Japon.