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5.6.17

[Bingez sur Crunchyroll] Yōjo Senki : tremblez face à la maléfique Tanya

Elle est aussi menue et blonde que Wonder Woman est athlétique et brune, Tanya Degurechaff, l'héroïne de l'animé Yōjo Senki – adapté du Light Novel de Carlo Zen – est pourtant elle aussi bien décidée à influer sur le cours de la première Guerre Mondiale avec ses pouvoirs, mais dans le camp adverse de celui de l'amazone de DC Comics. Entre affrontements épiques et tactiques audacieuses, retour sur l'un des animés les plus étonnants de ce début d'année 2017.
Imaginez un monde où la magie jouerait un rôle majeur dans les conflits armés avec des escadrons de sorciers remplaçant l'aviation militaire et semant la mort dans les tranchées durant la Première Guerre Mondiale. Dotée d'une intelligence tactique et d'une férocité hors du commun, Tanya Degurechaff, 9 ans, est l'un des sorciers les plus redoutables de la nation correspondant à l'Empire allemand : alliés comme ennemis, tous tremblent face au "Diable du Rhin".
Comme vous devez vous en douter, l'apparente fragilité du personnage donne encore plus d'impact à sa sauvagerie et à sa cruauté sur les champs de batailles, mais il ne s'agit qu'un des ressorts les moins intéressants de la série, sauf pour les amateurs de petites filles psychopathes (et Dieu sait qu'il y en a, parmi les fans d'animation japonaise...).
Le principal point fort de Yōjo Senki réside en la capacité de Tanya à analyser les situations avec un recul incroyable, expliqué par un ressort scénaristique que je m'en voudrais de spoiler, même s'il est révélé dès le second épisode. La petite fille aborde la guerre comme s'il s'agissait d'un métier comme les autres et va donc soigner son plan de carrière en s'acquittant de ses tâches en bonne employée du mois.
découvrir le spoiler du 2e épisode(cliquez ici)

Yōjo Senki: Saga of Tanya the Evil est un petit délice pour les amateurs de fictions militaires et d'affrontements tactiques. En effet, même si la dimension stratégique est réduite à son minimum, le job est fait, surtout si l'on s'y connait un peu en Histoire militaire et qu'on peut mettre en parallèle les événements réels et ceux de la série. Pour finir, mention spéciale aux séquences animation aux petits oignons réalisées par le studio NuT, qui signe là son entrée dans la cour des grand après avoir collaboré sur l'OAV One Punch Man : Road to Hero. Vivement la saison 2, en attendant, je me contenterais bien d'une fan fiction où elle affronterait la Wonder Woman du film de Patty Jenkins !

Ah et premier arrivé, premier servi, voici un code pour découvrir Crunchyroll Premium pendant 48H : QFS6EW9RMA7

Crédits captures et vidéo : © Kadokawa Pictures Inc. © Crunchyroll

Alors, ça a quel goût Yōjo Senki ?

Caractéristiques principales
  • Genre : guerre, fantastique, action
  • Style d'animation : japonaise 2D et 3D
œuvres similaires
  • BD et romans : Carbon Grey, Über, Les Sentinelles
  • Ciné et TV : Alderamin, Sucker Punch, Wonder Woman
  • Jeux vidéo : Battlefield 1, Iron Storm, Ring of Red
  • Musique : du Wagner, du Bach, du X-Ray Dog
Bien plus complexe et intéressant qu'il n'y paraît, Yōjo Senki dépeint un monde similaire au nôtre durant une première Guerre Mondiale mêlant magie et technologie. Tanya, championne juvénile (légèrement psychopathe) du camp "allemand" va tâcher de survivre au conflit grâce à ses pouvoirs et à ses talents de stratège...


Yōjo Senki : Saga of Tanya the Evil
Auteurs :  Carlo Zen (créateur du manga), 
Yutaka Uemura
 
(réalisateur)
Studio : NuT
Éditeur français : Crunchyroll (Simulcast)
Nombre d'épisodes : 12
Prix : gratuit (streaming légal avec possibilité d'accès premium)

21.2.17

[Bingez sur Crunchyroll] Laissez-vous enivrer par 91 Days !

S'il y a une période historique récente que je ne me lasserai jamais de voir exploiter dans les œuvres culturelles, c'est bien la prohibition. Des vêtements aux armes, en passant par les véhicules, tout semblait exhaler un parfum de classe et de soufre. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas réfléchi à deux fois avant de me jeter sur 91 Days à son arrivée sur Crunchyroll !
Dès les premières secondes, 91 Days pose le décor avec son atmosphère lourde digne des meilleurs films de gangsters. La série nous propulse dans une Amérique où l'ivresse du pouvoir était bel et bien en rapport avec l'alcool. Pour resituer la prohibition américaine (car d'autres pays la pratiquèrent), elle dura de 1919 à 1933 et visait à freiner la consommation d'alcool sur le territoire via un durcissement de la législation. Bien entendu, qui dit interdictions légales, dit opportunité de monter des business illégaux, mais lucratifs. Une époque violente où les Al Capone, Machine Gun Kelly et autres familles mafieuses italiennes régnaient en maîtres sur une Amérique clandestine.
Si dans la réalité, ce sont cinq familles italiennes qui régnaient sur New-York, dans 91 Days, elles ne sont que trois, répondant aux noms chantants de Vanetti, Orco et Galassia. Rivales, mais cohabitant dans un équilibre fragile les empêchant de s’entre-tuer, elles seront pourtant précipitées dans les flammes de la guerre par le désir de vengeance d'un seul homme...
Les 91 jours de chaos, donnant son nom à la série, prennent en effet leur source 7 ans plus tôt, durant l'enfance du personnage principal, Angelo Ragusa. Fils d'un comptable de la mafia, il va assister impuissant à l'assassinat de ses parents et de son petit frère lors d'une "visite" qui va tourner cacao. Ayant réussi à fuir la scène du crime, sans avoir réussi à identifier les coupables, le jeune Angelo va grandir dans le dénuement et la débrouillardise, jusqu'au jour où il reçoit une lettre anonyme lui indiquant les noms de ceux qui ont détruit sa vie.
Sous le faux nom d'Avilio Bruno, il va se rapprocher du milieu mafieux grâce à un business de distillation et de contrebande d'alcool, monté avec son ami d'enfance Corteo, pour se venger à base de gros coups de putes manipulations.
Vénéneux et classieux à souhait, 91 Days pose une ambiance pesante où les valeurs morales n'ont pas leur place, notamment avec un personnage principal dont les principales armes sont le mensonge et la tromperie. Il est peut-être d'ailleurs le personnage le plus antipathique de la série, les mafieux étant souvent guidés par l'amitié et la fidélité envers les membres de leurs familles. Angelo, lui, ne vit que pour sa vengeance et va tout mettre en œuvre pour l'accomplir, peu importe les dommages collatéraux provoqués. Même son ami et associé Corteo ne semble servir que de marchepied via son talent pour la distillation d'alcool...
Si on rajoute à cela une ambiance musicale jazzy et un traitement graphique aux petits oignons du studio Shuka, rappelant par moment celui du studio A-1 Pictures sur les productions animées Persona, le tableau est proche du sans fautes pour 91 Days. Je reprocherai juste un traitement parfois trop japonais dans la caractérisation de certains personnages, qui du coup virent à la caricature.

Crédits captures et vidéo : © Shochiku © Crunchyroll

Alors, ça a quel goût 91 Days ?

Caractéristiques principales
  • Genre : drame, thriller, film noir
  • Style d'animation : japonaise traditionnelle 2D et 3D
œuvres similaires
  • BD et romans : Blue Note, Jazz Maynard, Balles perdues
  • Ciné et TV : Miller's crossing, Live by Night, Boardwalk Empire
  • Jeux vidéo : La série Mafia, Chicago 1930, Gang Land
  • Musique : la compilation Jazz on Film : Film Noir
Vénéneux et classieux, 91 Days se montre à la hauteur des meilleures œuvres autour de l'époque sulfureuse de la prohibition. Partant d'un pitch de vengeance classique, la série se distingue par son traitement des conséquences désastreuses de la vendetta d'un personnage principal nihiliste au possible.


91 Days
Auteurs : Taku Kishimoto (scénariste), 
Hiro Kaburaki
 
(réalisateur)
Studio : Shuka
Éditeur français : Crunchyroll (Simulcast)
Nombre d'épisodes : 13
Prix : gratuit (streaming légal avec possibilité d'accès premium)

17.12.16

[Bingez sur Crunchyroll] Préparez-vous à avoir Orange dans la peau !

Lors d’un récent contrat en librairie jeunesse et manga, il y avait deux séries qui nécessitaient des réassortiments hebdomadaires invariablement. La première, A Silent Voice (éditions Ki-oon), faisait déjà partie de mes coups de cœur et je ne pouvais donc qu’approuver son succès. La seconde, Orange (éditions Akata), m’était totalement inconnue mais s’arrachait pourtant plus que mon chouchou. N’ayant pas eu le temps de la lire, je gardais son nom dans un coin de ma tête pour y revenir plus tard. Ce « plus tard », se produisit lors de ma rencontre avec Olivier Fallaix, lors de l'édition 2016 de Japan Expo. Le rédacteur du magazine culte de mon enfance, désormais responsable de Crunchyroll France, me présenta Orange comme un de ses derniers coups de cœur, qu’il s’agisse du manga originel ou de son adaptation animée. Je passais définitivement à côté de quelque chose et il fallait que je répare cela, foi de Goûteur !

Bon, au final, il ne me fallut pas moins de 3 mois pour enfin visionner la série sur Crunchyroll (plus tenté par l’animé que par la version papier, pour une fois) et quelle claquouze les amis ! Pas du genre révolution dans l’animation ou la narration, mais plutôt du genre petit choc venu de nulle part qui t’émeut par surprise.

L’histoire d’Orange débute sur le pèlerinage nostalgique d’une bande de potes de lycée qui s’étaient donnés rendez-vous dans dix ans. Une occasion parfaite de se remémorer de bons souvenirs mais aussi de se reprendre des remords et regrets en pleine face. Pour la plupart d’entre nous, ces regrets peuvent être d’avoir trop bu lors de la fête de fin d’année, pour notre groupe, c’est plutôt de ne pas avoir pu empêcher le décès d’un de leurs amis. Bonne ambiance. Hantée par ce drame, Naho – mariée à un autre membre de la bande – va s’envoyer des lettres à elle-même, dix ans dans le passé, pour essayer de changer le présent. J’entends déjà des voix s’élever, incrédules à propos du fait que la poste réussisse à livrer dans le passé alors qu’elle galère pour une carte postale envoyée depuis la Bretagne. La poste japonaise est tout simplement meilleure que la nôtre, faites-vous une raison ! 
Plus sérieusement, que l’animé vous donne ou pas les clés pour comprendre de cette correspondance inter temporelle, cela importe peu. En effet, la « suspension d’incrédulité » (NDLR : fait de trouver un récit plausible et cohérent vis-à-vis de lui-même, malgré des éléments fantastiques) opère très vite dans Orange. Au fil des épisodes, on n’a qu’une hâte : savoir si la Naho du passé va réussir à suivre les instructions de celle du futur, celles-ci allant parfois à l’encontre de son caractère. Car oui, même si elle se rend rapidement compte que les lettres visent à chaque fois juste, la Naho du passé n’en reste pas moins une adolescente normale, voire même plus timide et réservée que la moyenne. Certains choix prendront ainsi la forme de véritables dilemmes que notre héroïne aura bien du mal à surmonter, malgré la gravité de leurs répercussions. Ce sont ces moments de doutes et d’hésitation tout à fait humains qui rendent en partie Orange si attendrissant. Mais la série n’est pas que tendresse et derrière les ingrédients métaphysiques et romantiques de cette tranche de vie lycéenne, se cachent des considérations parfois malaisantes. La démarche de l’héroïne vise certes à sauver une vie mais pourrait effacer la de famille qu’elle a construite dans la ligne temporelle de sa version du passé qui suit les instructions de ses lettres. 

Jamais « pousse-aux-larmes » inutilement, Orange réussit à émouvoir par la justesse d’une narration simple et claire accompagnée d’une patte graphique à son image ainsi que d’une bande son douce et intimiste. L’animation suit, elle aussi, cette voie de l’économie intelligente tout en n’étant jamais paresseuse, pour un résultat global apaisant et chaleureux pour le spectateur. Au final, on a l’impression que toute l’œuvre dégage une sorte de message subliminal qui pousse à se préparer un chocolat chaud et à se pelotonner dans une couette. Un animé d’été parfait pour l’hiver, en somme.

Crédits captures et vidéo : © Toho © Crunchyroll

Alors, ça a quel goût Orange ?

Caractéristiques principales
  • Genre : tranche de vie, romance lycéenne, fantastique
  • Style d'animation : japonaise traditionnelle 2D et 3D
œuvres similaires
  • BD et romans : Les Quinze premières vies d'Harry August
  • Ciné et TV : L'Effet papillon
  • Jeux vidéo : Life is Strange
  • Musique : la B.O de Life is Strange
Adaptation impeccable d'un des plus gros succès critiques mangas de 2016, Orange navigue entre mélancolie et nostalgie. Une œuvre sur les actes manqués et les regrets qui interroge encore une fois sur ce que l'on ferait si l'on avait la possibilité d'influer sur le passé pour changer son présent.


Orange
Auteurs : Ichigo Takano (créatrice du manga), Hiroshi Hamasaki (réalisateur)
Studio : Telecom Animation Film
Éditeur français : Crunchyroll (Simulcast)
Nombre d'épisodes : 13
Prix : gratuit (streaming légal avec possibilité d'accès premium)

29.7.16

Interview d'Olivier Fallaix : Crunchyroll comme sur des roulettes ?

Dans ma prime jeunesse, alors qu'internet n'était pas encore arrivé dans la majorité des foyers (et encore moins dans ma Côte d'Ivoire natale), quand on voulait se tenir informé sur l'animation japonaise, on achetait des magazines spécialisés. Mon préféré à l'époque était sans conteste Animeland avec ses couvertures et papiers vendant automatiquement du rêve au jeune "Otaku" que j'étais. Du coup, quand j'ai appris qu'Olivier Fallaix, rédacteur historique puis rédacteur en chef du magazine allait être présent à la Japan Expo du 7 au 10 juillet pour représenter la branche française de Crunchyroll, un des leaders du streaming légal d'animation japonaise, j'étais un peu comme ça (en version black et imberbe, bien sûr) :


Mobilisant tout le professionnalisme dont j'étais capable, j'ai donc pu interviewer celui qui avait largement contribué à la construction de mes goûts en matière de "japanimation". Si vous avez encore des interrogations à propos du fonctionnement des plateformes de "simulcast" diffusant vos épisodes d'animés préférés quelques heures après le Japon, cette interview est pour vous !


Le Goûteur Culturel : Bonjour Monsieur Fallaix, pouvez-vous nous expliquer votre rôle chez Crunchyroll s'il vous plaît ? 
Olivier Fallaix : En gros, je travaille dans l'univers de la "japanimation" depuis 20 ans et j'ai rejoint Crunchyroll pour les aider à s'installer en France. Crunchyroll existe depuis 2006 aux Etats-Unis, d'abord en amateur puis s'est professionnalisé en 2009 pour ensuite s'étendre aux territoires d'Amérique latine à partir de 2012. L'expansion européenne a commencé en 2013, très discrètement : les canaux étaient là mais il n'y avait aucune communication à ce sujet. Ils ont ensuite commencé à chercher des référents sur place pour s'en occuper.
LGC : Et c'est comme ça qu'ils vous ont recruté. Comment ça c'est passé ? Vous les aviez déjà rencontrés en convention et ils vous ont contacté directement ? Vous avez visité le siège américain ? 
Olivier Fallaix : Non, pas du tout. Je venais de quitter Animeland et je leur ai été conseillé à ce moment là. Les discussions ont commencé en janvier-février 2014 et le contrat a été signé en juillet 2014. Je me suis déplacé au siège à San Francisco, pas loin de la Sillicon Valley. Il y a une centaine d'employés au siège tandis qu'en France nous ne sommes que deux employés à temps complet travaillant avec pas mal de prestataires : on nous fournit la plateforme et on s'occupe des traductions.
LGC : Ça n'a pas été trop compliqué de promouvoir la plateforme au public français ? 
Olivier Fallaix : Quand j'ai été engagé, il n'y avait aucune communication pour toucher le public et il y avait des difficultés pour faire comprendre le principe de notre activité. Je dois dire que Netflix a fait du bien avec son impact sur les usages des français en matière de SVOD (NDLR : vidéo à la demande par souscription).
LGC : A propos de Netflix, j'imagine que c'est la bagarre pour acquérir les licences. Comment les négociations se passent-elles ? 
Olivier Fallaix : Les négociations se font surtout sur les prix et au cas par cas pour obtenir les licences mais il y a plein de paramètres à prendre en compte. 
Par exemple, dans le cas de Seven Deadly Sins, Netflix avait négocié une exclusivité française avant même le lancement de son service sur le territoire. Du coup il était impossible de proposer du simulcast et il a fallu attendre que le lancement français de Netflix, soit un an après la diffusion japonaise pour que la série soit visionnable légalement.
Inutile que le piratage avait déjà fait son oeuvre et que le succès n'a pas vraiment été au rendez-vous pour ce qui aurait dû être un des nouveaux phénomènes shonen. La licence a été obtenue par Netflix en proposant un prix plus élevé mais le deal s'est conclu au détriment de la série, au final.
LGC : Donc ce n'est pas votre politique de négocier des exclusivités d'exploitations territoriales ? 
Olivier Fallaix : À vrai dire, Crunchyroll veut juste s'assurer de pouvoir diffuser les séries en simulcast, pas besoin d'avoir l'exclusivité pour nous. Après certains ayants droits japonais préfèrent que tous les droits soient gérés par le même licencié sur un territoire, c'est comme ça que nous nous retrouvons également à faire de la cession de droits en France, derrière. 
LGC : Et quels sont vos plus gros succès à ce jour ? 
Olivier Fallaix : Jojo's Bizarre Adventure et Parasite. Ce sont de beaux succès à notre échelle, même si nous n'avons pas de séries phares comme Naruto ou One Piece.
LGC : Oui, ça a dû être compliqué de vous faire une place sans pouvoir vous appuyer sur ces locomotives mais vous avez l'air d'avoir compensé par une offre assez diversifiée. 
Olivier Fallaix : Oui, à l'arrivée en 2013, les grosses séries étaient déjà toutes licenciées mais nous avons misé sur d'autres titres de qualité pour faire grossir le catalogue. Maintenant, nous nous positionnons sur les plus gros titres comme le nouvel animé Berserk que nous diffusons en Simulcast et qui est un beau succès.
LGC : Personnellement, j'ai accroché à Crunchyroll grâce à sa présence sur ma console de jeu, ce qui me permet d'y avoir accès directement sur ma télé, contrairement à ADN. j'imagine que ça a dû beaucoup jouer sur le recrutement d'utilisateurs en France. 
Olivier Fallaix : La présence sur consoles a été un vrai plus, oui. L'avantage de faire partie d'un groupe international siégeant à San Francisco, c'est qu'on peut rapidement traiter avec les entreprises de la Sillicon Valley : ce sont nos voisins ! ça a aidé par exemple à avoir la certification Facebook de notre page à son lancement alors qu'on n'avait que 2000 fans (rires). Il y a bien sûr quelques lourdeurs de communication mais en gros c'est super cool.
LGC : Votre catalogue compte pas mal de productions TV Tokyo, une raison à cela ? 
Olivier Fallaix : Oui, en fait TV Tokyo est un des premiers actionnaires de Crunchyroll et un des premiers groupes d'animation à leur avoir fait confiance. La relation est donc plutôt privilégiée avec eux.
LGC : Comment s'effectue le choix des séries ? Avez-vous voix au chapitre ? 
Olivier Fallaix : Le choix des séries s'effectue directement au Japon et ensuite les responsables régionaux donnent leurs avis sur celle-ci pour la négociation. Je ne décide pas des titres qu'on aura mais je peux en pousser certains en fonction de ma connaissance du marché français et de mes coups de cœur. Dès qu'Orange a été annoncé en adaptation animée, j'ai poussé de toutes mes forces parce que le manga m'avait foutu une claque.
LGC : Désolé de vous poser cette question mais je pense que pas mal de gens (moi y compris) souhaitent savoir si vous diffuserez Kabaneri of the Iron Fortress en France. Je n'ai pas l'impression que les droits aient été acquis par un licencié du marché. 
Olivier Fallaix : Hélas, non. En fait Amazon a acquis les droits de diffusion exclusifs pour la France ainsi que pas mal du catalogue Noitamina, même si son service de SVOD n'y est pas encore lancé (NDLR : l'épisode Seven Deadly Sins se répéterait-il encore une fois ?). Paradoxalement, Cruchyroll US a récupéré les droits de Kabaneri en vidéo sans avoir les droits en streaming.
LGC : Qu'est-ce qui vous permet de tenir tête au géant Amazon et sa force de frappe financière monstrueuse ? Votre expertise reconnue par les japonais ? 
Olivier Fallaix : Amazon a beau être Amazon, Crunchyroll s'est lancé bien avant dans le streaming d'animés. On se retrouve avec plus de 800000 d'abonnés au service dans le monde et 5 millions de visiteurs par mois, ça compte au moment des négociations. En France, Crunchyroll se contente pour l'instant de faire de la SVOD d'animation mais aux USA il y a même un service de lecture en ligne de mangas.
LGC : Vous pouvez me filer un scoop sur les prochaines séries à venir ? 
Olivier Fallaix : Les annonces tombent chaque trimestres donc non, désolé, pas de scoop. On a beau travailler bien en amont pour les acquisitions, les contrats se signent souvent un ou deux mois à l'avance, je ne peux donc rien te dire qui ne soit pas confidentiel.
 LGC : À propos de rythme et de délais, j'imagine que ça doit être assez infernal de tenir la cadence et proposer les épisodes à J+1 (parfois moins). 
Olivier Fallaix : Oui (rires). On en est à 25 simulcasts par semaines avec des délais allant de quelques semaines à quelques heures avant la diffusion pour les traductions.
 LGC : Wow ! Les traducteurs doivent être tout le temps sur le pont avec le décalage horaire en plus ! 
Olivier Fallaix : Il faut être super réactifs, oui. En plus il y a un double décalage horaire à prendre en compte avec les heures japonaises et US. Nos traducteurs ont dû s'adapter à un rythme différent de celui de la trad' de mangas. On a aussi la chance d'avoir des traducteurs bossant depuis le Japon.
LGC : Vous me disiez que ces traducteurs sont des prestataires et que vous êtes deux salariés à temps complet, pouvez-vous présenter votre collègue et son rôle ? 
Olivier Fallaix : Nous nous occupons de la communication à deux avec Nelly Aityaya qui est une ancienne de chez Casterman. Je suis en charge des relations avec les professionnels tandis que Nelly s'occupe du "community management" et de dialoguer avec le public et les partenaires pour les concours. C'est elle qui est en relation avec les youtubeurs, notamment.
Elle et son Chat, un de mes derniers coups de cœur animés, découvert grâce à Crunchyroll
LGC : J'avais un peu décroché de l'animation japonaise qui ne me vendait plus vraiment de rêve il y a quelques années. Je ne me tenais au courant que pour des raisons professionnelles et puis, il y a à peu près trois ans, j'ai ressenti comme un frémissement timide dans la Force avec de nouveaux animés sortant un peu plus du lot. Quelle est votre opinion à ce sujet. 
Olivier Fallaix : L'animation japonaise a changé, les budgets ont beaucoup baissé depuis les années 90 ce qui a rendu les projets originaux plus risqués à financer et donc favorisé le formatage des séries vers ce qui marche : les séries "Moe" essentiellement (NDLR : productions souvent niaises et plates avec des héroïnes angéliques ayant beaucoup de succès auprès du public masculin). A côté de ça, il y a de rares studios qui réalisent des séries originales comme Trigger avec Kill-La-Kill, mais si le succès critique est là, qu'en est-il du succès commercial ?
Il n'y a jamais eu autant d'animés mais les budgets étant très bas, les studios sont épuisés malgré les avancées techniques. C'est la crise : les ressources demandées sont énormes et les besoins de financement aussi. Le simulcast est une petite bouffée d'oxygène pour les japonais car il représente une rentrée d'argent supplémentaire.
LGC : Pour finir, est-ce que vous pourriez me donner vos derniers coups de coeur, vos attentes ainsi que vos trois productions animées préférées EVER. 
Olivier Fallaix : Récemment j'ai vraiment adoré l'adaptation d'Orange comme je disais. J'ai vraiment adoré le manga publié chez Akata, j'adore vraiment leur catalogue. J'ai aussi adoré Bungo Stray Dogs, parce que je suis fan des studios Bones et que la touche enquête fantastique et culturelle changeait un peu de la recette classique avec ces écrivains japonais menant l'enquête. Bien sûr, j'attends comme tout le monde la saison 2 de Shingeki No Kyojin (NDLR : enfin annoncée pour le printemps 2017 !)
Si je ne devais garder que trois productions animées, ce serait Les Mystérieuses Cités d'Or, Cobra et Mon Voisin Totoro qui est mon film d'animation préféré. Ces trois productions incarnent pour moi ce que j'aime dans l'animation japonaise : sa richesse et sa diversité.
LGC : Merci d'avoir pris un peu de votre temps pour me répondre, bonne fin de Japan Expo ! 
Olivier Fallaix : Merci, à toi aussi !

Mais c'est quoi Crunchyroll ?

  • Fonctionnement : Plateforme de streaming légal
  • Catalogue : Animation japonaise, dramas
Principe
  • Modèle économique : abonnement Premium
Crunchyroll est une offre légale et facilitant l'accès à l'animation japonaise dans les plus brefs délais. Disponible sur quasiment tous les devices connectés (consoles, Chromecast, AppleTV etc.), le service peut être utilisé via deux formules :
- Gratuite, avec de la publicité et une semaine d'attente pour avoir accès aux derniers épisodes.
- Payante, sans publicités avec accès aux animés juste après leur diffusion au Japon.

6.7.16

Pear Cider and Cigarettes : Akileos nous ramène l'enivrant Robert Valley

Cela faisait un petit moment que les étals de nos librairies françaises n'avaient pas eu droit à un ouvrage estampillé Robert Valley (vous savez, le mec génial derrière les clips les plus marquants de Gorillaz et les meilleurs DC Nation Shorts sur Wonder Woman, entre autres...) sur leurs étals. Cinq années, plus précisément, depuis la publication de Blue Estate et de ses quelques planches signées par le talentueux artiste américain... et b*rdel, qu'est-ce que c'était long !!!
Avec la publication de Pear Cider and Cigarettes, le projet multimédia de l'artiste, l'éditeur français Akileos s'apprête à mettre fin à ce "sevrage" forcé. Enfin, peut-être n'est-ce pas le terme approprié vu la thématique abordé par ce comic book autobiographique.
On a tous dans notre entourage, plus ou moins éloigné, un ami plus cool que la moyenne et doué pour s'attirer les pires ennuis et par ricochet à ses proches aussi (si vous ne voyez pas, c'est que vous êtes cet ami).
Dans le cas de Robert Valley, cet ami avait pour nom Techno et son goût pour l'excès était tellement grand qu'il a fini par la payer de sa vie (ceci n'est pas un spoiler, on l'apprend dès les premières pages de l'ouvrage). Avant de casser sa pipe, Techno a toutefois réussi à entraîner ses proches dans une succession d'événements éprouvants, du Canada à la Chine pour essayer tant bien que mal de le sauver de ses pulsions auto-destructrices. Un périple que l'on sait voué à l'échec donc, mais vécu jusqu'au bout par un Robert Valley porté l'affection parfois déraisonnée pour son casse-couilles d'ami.
Accidents, alcool, drogues, femmes à problèmes... Techno n'épargna rien à son corps et à ses proches. Mais c'est ainsi : si on choisit peut-être ses amis, on ne choisit pas la force des sentiments que l'on éprouve pour eux et ce, malgré leurs défauts et faiblesses. Tel pourrait être le message délivré par ce somptueux roman graphique sous forme d'hommage, d'avertissement mais aussi d'encouragement adressé à tous les "Robert et Techno" du monde.
En 2012, Robert Valley présentait le projet de l'adaptation de cette période tumultueuse sous la forme d'un court métrage d'animation entièrement réalisé sous Photoshop (aujourd'hui retiré de la toile) et d'un livre, Massive Swerve 4. À l'époque, j'avais eu ma mâchoire de jeune goûteur culturel décrochée par la nervosité et la fluidité du trait de Robert Valley et sa manière d'insuffler une sensualité sauvage dans ses plans aux découpages cinématographiques et ses couleurs chaleureuses. Néanmoins, le résultat ne semblait pas être à la hauteur de ses envies et il se mit à travailler sur une seconde version plus ambitieuse de ce projet qu'il finit par financer via une campagne Kickstarter réussie, l'année dernière. C'est la bande dessinée remastérisée (compilant Massive Swerve 4 et 5) issue de ce projet qu'Akileos nous propose dans une version aussi qualitative qu'abordable avec ses 176 pages au prix de 19 euros. Une préparation parfaite pour le court métrage d'une trentaine de minutes prévu pour le 21 juillet prochain.


Crédits planches et vidéo : © 2012, 2016 Robert Valley © Akileos
Découvrez-en plus sur Robert Valley sur Catsuka, le site d'info n°1 sur l'animation en France

Alors, ça a quel goût Pear Cider and Cigarettes ?

Caractéristiques principales
  • Genre : autobiographie, tranche de vie
  • Style graphique : cartoon, exagéré, dynamique
œuvres similaires
  • Musique : La bande son du court métrage avec du Robert Trujillo et du Anitek dedans, mais aussi du Led Zep' ou du Kiss
De par l'histoire de deuil qu'il raconte et l'exécution graphique virtuose de son auteur, Pear Cider and Cigarettes est un projet beau et admirable sur bien des points. Le comic book aujourd'hui disponible précède un court métrage d'animation qui s'annonce également sublime :  On aimerait tous avoir un pote comme Robert Valley
Pear Cider and Cigarettes
Auteur : Robert Valley
Éditeur : Robert Valley (USA) / Akileos (France)
Nombre de pages : 176 pages
Date de sortie : 07/07/16
Prix : 19 €

1.12.15

Calendrier de l'Avent 2015 - jour 1 : Vice Versa


Vice-Versa (Inside Out), c'est tout simplement ma plus grosse claque de 2015 niveau cinéma d'animation. Claque tellement puissante qu'elle a pénétré directement dans mon top 5 des meilleurs films d'animation "grand public" de tous les temps.
Et pourtant tout n'était pourtant pas joué au départ, au moment de l'annonce du projet par Disney et Pixar et de son ambition : propulser le spectateur au cœur du centre de contrôle des émotions de Riley, une petite fille de 11 ans, alors que celle-ci s'apprête à vivre des événements bouleversants.


La magie de Pixar a opéré, feintant mes prédictions pessimistes pour me proposer une expérience magique à la fois drôle et intelligente.
Sur le papier, découvrir ce qui se passait dans la tête d'une pré-ado ne me bottait pas plus que cela, surtout que je voyais déjà venir gags lourdauds et ambiance guimauve à des kilomètres à la ronde.
Et c'est là que la magie de Pixar a opéré, feintant mes prédictions pessimistes pour me proposer une expérience magique à la fois drôle et intelligente. Les cinq émotions régissant les réactions de Riley sont toutes aussi adorables que pertinentes dans leur caractérisation et le scénario – pourtant articulé autour d'une tranche de vie des plus ordinaires dans la vie d'un enfant – fonctionne à merveille !

La recette d'une telle réussite ? Il faut sûrement la chercher du côté de l'approche sensible de Pete Docter, le papa du projet, réalisateur entre autres de Monstres & Cie et Là-haut mais également scénariste des deux premiers Toy Story et de Wall-E.
Pour Vice-Versa, il a su s'entourer d'autres pointures de l'animation comme Michael Arndt (Scénariste de Toy Story 3 et Oscar du meilleur scénario pour Little Miss Sunshine)  et Michael Giacchino (compositeur sur la plupart des courts et longs métrages Pixar et Oscar de la meilleure musique de film pour Là-haut).
Enfin, pour se donner les moyens de son ambition, Pixar a également fait appel aux services du Mortimer B. Zuckerman Mind Brain Behavior Institute, un institut américain spécialisé dans l'étude des mécanismes cérébraux, pour superviser l'aspect psychologique du film.
Rarement la devise de Walt Disney "pour chaque éclat de rire, il faut une larme" aura été aussi bien appliquée.
Vous vous souvenez des passages riches en émotion et notamment du sublime premier quart d'heure de Là-haut ? Eh bien, c'est ce qui vous attend tout le long de Vice-Versa et de son périple émotionnel. On y passe de moments de rire (provoqués plus par l'identification aux personnages et aux situations que par de gros gags à proprement parler) à des pincements au cœur aux saveurs nostalgiques.
Rarement la devise de Walt Disney "pour chaque éclat de rire, il faut une larme" aura été aussi bien appliquée dans un film de sa firme et, chose cocasse, c'est le fait d'un studio racheté.


Alors, c'est pour quel sapin
Vice-Versa ?




Caractéristiques principales
  • Genre : film d'animation, comédie familiale
  • Style graphique : cartoony en images de synthèse
Riche, drôle et émouvant... Si vous avez un cœur, il y a de fortes chances que Vice-Versa s'y loge pour définitivement. Peut-être le meilleur Pixar et pas loin d'être, objectivement, le "Disney" le plus intelligent à ce jour.



Vice-Versa
Auteurs : Pete Docter (réalisateur et scénariste), Ronnie Del Carmen (co-réalisateur) Michael Arndt (co-scénariste), Michael Giacchino (musique)
Studio : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures
Date de sortie : juin 2015

4.11.15

[News] Cannon Busters dévoile le teaser de son pilote


Cannon Busters, c'est le projet fou sous forme de cri d'amour pour l'animation japonaise de Lesean Thomas (les séries animées The Boondocks et Black Dynamite...) et Joe Madureira (le comic book et le futur jeu Battle Chasers et le jeu Darksiders...).


Pour mener à bien ce projet de série animée, les deux artistes surdoués américains ont eu recours à une campagne Kickstarter financée avec succès et se sont entourés d'une équipe internationale dont les français Thomas Romain (Oban Star Racers, Space Dandy...) et Yann Le Gall (Mune, les séquences animées du film Lou, journal infime) tout en confiant la production au studio Satelight (Noein, Hellsing Ultimate...). Un projet excitant qui ne manquera pas de faire s'emballer les cœurs des fans nostalgiques d'animés et de jeux de rôles japonais des années 90.

Édit : grâce à Netflix on va enfin pouvoir se prendre notre petite claque !

*Sources : Catsuka, le dealer N°1 français de news sur l'animation


Alors, ça s'annonce comment Cannon Busters ?

Caractéristiques principales
  • Genre : Animation, action
  • Style graphique : le fils prodige d'une union entre mangas et comics
Si vous avez grandi dans les années 90 et que vous avez été biberonnés par leurs légendaires dessins animés japonais, vous risquez fort de tomber amoureux de ce projet


Cannon BustersAuteurs : Lesean Thomas (créateur, directeur, scénariste), Joe Madureira (design des personnages), Thomas Romain (design des machines), Tim Yoon (producteur consultant), Bahi JD (animateur), & Eric Calderon (scénario)
Studio : Satelight
Date de sortie : 15 août 2019