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6.6.16

L'Homme au masque : votre fait divers de l'été garanti 100% humour noir

Il y a quelques années de cela, Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde nous offraient une plongée dans le quotidien des tueurs à gages avec leur film C'est arrivé près de chez vous, une pépite d'humour noir qui ne se donnait aucunes limites pour donner un visage "humain" et donc imparfait à des individus dont le meurtre est le fond de commerce.
Avec L'Homme au masque (en toile de jute), le dessinateur monsieur le chien reproduit cet exercice périlleux en s'attaquant au thème des prédateurs sexuels et du maintien en captivité de leurs victimes. Un sujet non moins grave et d'autant plus sensible que les violences sexuelles infligées aux femmes sont une triste réalité avec des cas marquants comme celui de Natascha Kampusch.
monsieur le chien devait donc réussir à faire rire tout en risquant de se faire taxer d'apologiste de la misogynie par les bien-pensants...Heureusement, il en faut plus pour faire peur à notre virtuose de l'humour noir.
Aborder une femme n'est jamais facile : on a toujours peur d'être trop timoré ou à l'inverse trop insistant (ce qui est mal, les gars, ne le faites JAMAIS). Si pour certains, cette difficulté d'approche donne du piment au jeu subtil de la séduction, Xavier l'anti-héros de L'Homme au masque (en toile de jute)– goûte très peu à la nourriture épie et est moyennement joueur, malheureusement pour les jeunes (et moins jeunes) femmes qui croiseront sa route. De ses premiers kidnappings ratés et autres bévues de détraqué sexuel débutant à son expérimentation du maintien en captivité d'une jeune femme, le lecteur assistera aux tribulations de ce personnage que tout être doté d'un tant soit peu de morale détesterait. 
Et c'est là que le génie de monsieur le chien opère en passant notre prédateur par le prisme "loserifiant" qu'il applique à son propre avatar depuis quelques années sur son blog. Jamais au cours de l'album Xavier n'arborera une stature dominante ou terrifiante, ses névroses personnelles associées à un côté boulet certain occupant déjà l'espace malgré tous ses efforts pour bien faire. Le lecteur a donc plus affaire à un "psychopathétique" qu'à l'ennemi public numéro un, ses réussites dans ses entreprises criminelles étant surtout dues à la débilité du monde dans lequel il évolue et à celle de ses contemporains, qu'ils soient fondateurs de groupements féministes paranoïaques mais peu actifs ou représentants de la loi obsédés par la performance.
L'Homme au masque s'inscrit donc dans la droite lignée des portraits d'antihéros de monsieur le chien, à la différence près que tous les curseurs de l'auteur ont ici été poussés au maximum, que ce soit dans l'absurdité des situations et des personnages ou dans la manière de dépeindre notre société schizophrène prompte à engendrer des monstres désaxés (qu'ils soient acceptés ou non par nos chères valeurs républicaines).
Lors d'une récente rencontre au sujet de l'album, monsieur le chien m'a indiqué qu'il avait été choqué par les atrocités dont sont capables les êtres humains durant ses recherches sur les captivités de femmes.
Pour un auteur "sensible et sérieux", on aurait pu parler d'œuvre de la maturité, "hélas" mlc est un impénitent taquin, on se contentera donc de dire que c'est certainement une de ses plus belles impertinences à ce jour. Vivement les prochaines !

Bonus : le début de la dédicace de monsieur le chien sur mon exemplaire de L'Homme au masque (vous pouvez voir le résultat final sur ma page Facebook)


Alors, ça a quel goût L'Homme au masque ?

Caractéristiques principales
  • Genre : bijou d'humour noir
  • Style graphique : franco-belge, semi-réaliste
œuvres similaires
  • BD et romans : En Série - journal d'un tueur
  • Ciné & TV : C'est arrivé près de chez vous
  • Jeux Vidéo : Je ne sais pas, cherchez du côté du Japon...
Avec sa thématique "sensible" et son humour absurde, L'Homme au masque risque d'en décontenancer plus d'un.
Heureusement, les amateurs d'humour noir sauront voir en cet ouvrage une savoureuse friandise acide tournant en dérision des monstres habitués à instiller la peur (ainsi qu'une sorte d'admiration malsaine) dans l'esprit des foules.

L'Homme au masque (en toile de jute)
Auteur : monsieur le chien (dessins et scénario)
Éditeur : Fluide Glacial
Nombre de pages : 64 pages
Date de sortie : 18/05/16
Prix : 14 €

10.2.16

Spécial Angoulême - David Sourdrille, rencontre avec le Robert Crumb français


Angoulême, le samedi 30 janvier 2016. C'est par une après-midi pluvieuse, ponctuée de rares moments de soleil, que je me suis attablé à la terrasse d'un bar de la Place de l'Hôtel de ville avec un auteur français trop peu connu malgré sa virtuosité au crayon. Son nom, David Sourdrille et pour votre serviteur il n'est rien de moins que le Robert Crumb français. Découvrez une interview sous le signe de la sensualité et du plaisir de braver les interdits.


Le Goûteur Culturel : Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la bande dessinée ? Quand avez-vous su que vous vouliez devenir dessinateur ?
David Sourdrille : J'ai fait les beaux-arts de Rennes pour devenir illustrateur publicitaire. À la base je ne me destinais pas du tout à la BD, même si j'en ai toujours lu.
C'est mon projet de fin d'études qui m'y a amené en fait : j'avais réalisé un chemin de croix en mode autoportrait d'un voyeur miséreux sexuel. Je m'étais inspiré de Max Beckmann et du courant de la "Nouvelle Objectivité" dont je suis un admirateur et notamment des travaux de Bruno Schulz, un juif polonais au destin tragique...
J'ai ensuite proposé cette série d'illustrations à plusieurs éditeurs et c'est L'Écho des Savanes qui me signa à l'époque. Cette collaboration avorta et je fut publié chez Psikopat pendant 10 ans en parallèle d'un travail d'illustrateur que je faisais pour les chroniques de David Abiker dans Men's Health. Elles avaient pour but de décrire l'homme urbain un peu loser et fasciné par les femmes, comme moi.
Par la suite, j'ai travaillé pour le magazine Ferraille, pour Aaarg! (revue dans laquelle j'ai découvert l'auteur grâce à un focus sur lui) et maintenant pour Fluide Glacial.
"Tout petit, mes parents me déposaient au rayon BD d'Euromarché. J'allais directement au BD adultes et je me jetais sur celles de ReiserCorben et Liberatore..." David Sourdrille
LGC : Ok mais, à part les travaux d'artistes contemporains, quelles ont été vos autres influences ? Des bandes dessinées ou des films ont-ils marqués votre enfance ?
David Sourdrille :Haha ! Si ! Tout petit, mes parents me déposaient au rayon BD d'Euromarché. J'allais directement au BD adultes et je me jetais sur celles de Reiser (Gros dégueulasse...), Corben (Vampirella...) et Liberatore (RanXerox...). Mais je dois dire qu'Yves Chaland (Bob Fish...) fut une de mes influences majeures, pour son trait et l'efficacité de sa ligne claire tandis que Vicente Segrelles (Le Mercenaire...) me stupéfiait par son hyper-réalisme.
LGC : (Rires) Je crois que nous sommes tous passés par cette phase où une BD un peu crapuleuse nous tombait dans les mains "par accident". Vous c'était vers quel âge ?
David Sourdrille : C'est à 8 ans que j'ai délaissé Spirou pour les bandes dessinées Elvifrance comme Magella. Quand je finissais mes lectures, j'allais chez le loueur de VHS pour m'imprégner des vignettes des films gores et coquins. J'avais ma routine au goût d'interdit et grâce à mon oncle loueur de films, j'ai pu avoir accès à des œuvres qui sont devenues cultes pour moi comme Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, 1984 de Michael Radford ou La Forteresse Noire de Michael Mann. Ce n'étaient pas tous des chefs-d'œuvres mais ils étaient tous imprégnés d'une violence ou d'un surréalisme incompréhensibles pour un enfant. 
J'étais fasciné par les nanars de Jesús Franco, un réalisateur spécialisé dans les films mi-kitsch, mi-porn mais aussi par des films exceptionnels comme La Cité des femmes de Fellini avec ses femelles castratrices et La Grande Bouffe de Marco Ferreri.
LGC : Et vous n'aviez aucune gêne à le faire ? Vous n'aviez pas peur d'être pris ?
David Sourdrille : J'avais bien sûr peur de me faire pincer mais non, je n'avais aucune gêne. Par contre, maintenant que j'ai une fille, je me pose la question du montrable ou non. Lucie, ma compagne, m'oriente pour éviter les problèmes (rires) !
"Crumb est une sorte de "tonton d'Amérique" et je crois qu'on s'entend si bien parce que suis misanthrope, inquiet, amoureux des femmes fortes et dominatrices et amateur de courbes." David Sourdrille 
LGC : Parmi toutes vos références, vous n'avez pas cité Robert Crumb, pourtant j'ai souvent l'impression de voir son empreinte dans vos dessins de femmes aux fesses rebondies et cuisses musclées. Je me trompe ?
David Sourdrille : Non, Crumb est un sommet pour moi ! Je l'ai découvert dans les années 90 quand je lisais Psikopat. Puis, lorsque j'ai commencé à bosser dans Psikopat, Crumb s'est mis à surveiller mes travaux, ce que j'ignorais. Un jour, Carali (NDLR : le rédacteur en chef du magazine) publia un de mes travaux du début et Crumb, le trouvant en dessous de mes productions habituelles s'inquiéta pour ma santé mentale. Il écrivit à Carali pour savoir si j'allais bien, si une femme s'occupait bien de moi etc. Il me fit parvenir la lettre et à partir de là, je me suis mis à échanger avec Crumb par courrier postal, lui, écrivant en anglais, moi, en français (rires).
Robert Crumb est une sorte de "tonton d'Amérique" et je crois qu'on s'entend si bien parce que suis misanthrope, inquiet, amoureux des femmes fortes et dominatrices et amateur de courbes. Il a même accepté de bosser pour moi gratos quand j'ai lancé La Rouquine, mon magazine associatif.
LGC : Vous êtes donc vous aussi un "Ass-Man" ? (NDLR : là, en tant que membre du mouvement, je lui ai pitché la théorie de Kiyoshi Fujino sur la supériorité des fesses par rapport aux seins dans le manga Prison School)
David Sourdrille : (rires) Effectivement, je préfère dessiner des fesses et des cuisses musclées. Je ne suis pas obsédé par les seins volumineux.
LGC : "Les Vrais savent", comme on l'a dit un poète urbain. Mais quels sont vos futurs projets ? J'ai l'impression qu'on ne vous voit pas beaucoup sur les tables des libraires, même spécialisés.
David Sourdrille : J'ai normalement une "BD Cul" (la collection dans laquelle a été publiée Les Melons de la colère de Bastien vivès) prévue chez Les Requins Marteaux. J'ai tendance à me couper du monde et à dessiner seul dans mon coin et je dois m'obliger à me ré-encrer dans le monde pour me faire publier. Ma compagne m'aide énormément à le faire. J'ai pour mot d'ordre d'être libre avant d'être aimé et un goût de déplaire, j'assume ma provoc' et je refuse de m'édulcorer. Pour cela, plusieurs de mes projets ont été refusés car jugés "trop vulgaires", "trop misogynes" ou je ne sais quoi.
La complicité de l'auteur et de sa compagne, Lucie
LGC : Parlons-en, on vous taxe de misogynie, mais votre compagne, Lucie, a l'air d'occuper une place importante dans votre vie (NDLR : durant toute l'interview, la moitié de l'auteur n'a eu de cesse d'approfondir, d'expliciter les propos de celui-ci, la voix et le regard pleins d'amour, rapprochant leur relation de celle de Robert Crumb et de sa femme Aline Kominsky-Crumb).
David Sourdrille : Oui, c'est ma muse et elle commence même à scénariser pour moi. Je ne suis résolument pas machiste, même si j'avoue être hétéro-centré. Je ne parle par contre pas "pour les femmes", je ne suis pas un militant féministe et je n'ai aucune prétention à ce sujet. Je veux juste parler pour moi et je m'en fous si on me catalogue parce que je met souvent en scène des femmes prédatrices qui ont des psychologies de grands fauves.
LGC : OK, merci pour tous ces détails. terminons sur vos lectures actuelles et sur ma question favorite : "Alan Moore ou Frank Miller ?" 
David Sourdrille :  J'aime beaucoup lire les dessinateurs "enculeurs de mouches" multipliant les détails à la Geof Darrow (Hard Boiled et récemment Shaolin Cowboy ), je me reconnais un peu en Travis Charest (WildC.A.T.s...). Sinon, je rattrape mon retard dû aux lectures crapuleuses de mon enfance et je découvre Spirou actuellement.
Pour moi Frank Miller est supérieur à Alan Moore, son Daredevil était au sommet et je me rappellerai toujours de son traitement du personnage d'Elektra !
LGC : Merci beaucoup pour toutes ces réponses, bonne fin de festival et longue vie aux "Ass-Men" !

Précisions sur Lucie, la compagne de l'auteur :
Comme je l'ai indiqué plus haut, Lucie a pleinement participé à cette interview qui n'aurait peut-être pas été aussi riche sans ses remarques (c'est par souci de lisibilité que je ne les mentionne pas).
La culture Fluide Glacial de Madame a permis à Monsieur de la conquérir et David Sourdrille la considère comme sa muse, mais également comme sa directrice artistique et sa chargée de relation publique. Elle lui prodigue conseils et recommandations sur ses storyboards et fait partie intégrante de sa création en faisant office de modèle photo pour ses illustrations.
Pour l'auteur, elle fait office de carotte et de bâton et porte la culotte, pour elle, ils sont plutôt complémentaires dans leur relation (qui frôlait la symbiose d'après mon regard extérieur).


Mais qui est David Sourdrille ?

Bio
  • Date de naissance : les 70's
  • Nationalité : Française
Recette créative
  • ingrédients favoris : les femmes aux fesses rebondies et cuisses musclées, une sensualité débridée et parfois malsaine
Les œuvres de David Sourdrille ne sont clairement pas à mettre entre toutes les mains. Ses dessins de femmes aux formes voluptueuses et aux forts caractères lui donnent des airs de "Robert Crumb à la française".

Les œuvres cultes de David Sourdrille

BD
  • Les œuvres de Robert Crumb
  • Les œuvres de Liberatore et des dessinateurs trash des 80's
  • Le Daredevil de Frank Miller
Musique (l'auteur avoue dessiner lentement et avoir besoin de "s'hypnotiser", de "s'abrutir" sur ses planches)
  • Aphex Twin et la musique électronique
  • La bande son de la série Colombo (oui, oui, vous avez bien lu)
  • Les symphonies de Bach
Cinéma et séries TV
  • La Cité des femmes de Federico Fellini
  • La Grande Bouffe de Marco Ferreri
  • Les films de Luis Buñuel

12.1.16

Interview de monsieur le chien : origines et projets à venir

Dans la jungle foisonnante des blogs BD, un spécimen se montre aussi insaisissable et farouche qu'un marsupilami, son nom : monsieur le chien (oui, tout en minuscules).
À l'occasion du festival Angers BD en décembre dernier, j'ai pu rencontrer l'auteur pour en apprendre plus sur sa carrière et le chemin (sinueux) parcouru depuis ses débuts, mais avant ça, permettez-moi de vous présenter ce personnage haut en couleur.
En mode badass à gauche de l'image
Si vous suivez un peu l'actualité de la bande dessinée humoristique (calibre humour noir, pas Les Profs), vous avez dû entendre parler de monsieur le chien, même vaguement, notamment en sa qualité de tête de pont de feue Trafik la collection (encore plus) irrévérencieuse de Fluide Glacial ou pour Homoncule son dernier album paru l'année dernière chez le même éditeur (et classé parmi mes coups de cœur culturels de 2015).
Phrasé soigné au service d'un humour acéré, c'est ça l'esprit monsieur le chien !
Selon la chronologie officielle, monsieur le chien s'est d'abord fait connaître sur son blog en 2005 où il mettait son quotidien en scène avec une bonne grosse d'humour noir et d'autodérision non sans oublier de soigner la qualité de ses dialogues et de ses découpages.

Il fut publié par la suite chez plusieurs éditeurs dont Vraoum ! en 2008 avec Homme qui pleure et Walkyries (une reprise de ses notes de blog sur fond de rédaction d'un guide pour pécho commandé par Odin) puis La Fontaine de médiocrité en 2011 (reprise de ses notes de blog également), Makaka en 2009 avec Féréüs le Fléau (une histoire de Fantasy complètement barrée) ou encore Carabas avec les deux tomes de Didier Barcco (les aventures d'un croisement entre un commercial et l'espion Archer) en 2011 et 2013.
Une décennie "faste et furieuse" (pardon), mais qu'a bien pu faire l'auteur avant cette période ?
Mis à part des indices disséminés ça et là sur son blog, rien n'avait fuité sur l'avant monsieur le chien. Mon interview ci-dessous est donc là pour but de dissiper ce brouillard.

Mes notions d'anatomie, je les ai apprises dans des bouquins d'art , de musculation et de cul

Le Goûteur Culturel : Première question qui m'obsède depuis que j'ai découvert votre blog : cette maîtrise insolente de l'anatomie et du dynamisme dans vos planches, vous l'avez acquise dans une école ou alors êtes-vous un de ces autodidactes agaçants ?

monsieur le chien : Haha ! Je suis purement autodidacte, mes notions d'anatomie, je les ai apprises dans des bouquins d'art , de musculation et de cul… Oui, parfois les bouquins d'anatomie classiques sont un peu foireux. Globalement, j'ai essayé d'allier un réalisme forcené à un style efficace pour mes bandes dessinées humoristiques.

LGC : Et niveau influences, mis à part celles évidentes de la BD franco-belge, quelles sont-elles ?
MLC : Je suis un grand amoureux de comics et plus particulièrement de ceux utilisant le noir et blanc intelligemment comme le font les dessinateurs espagnols et argentins à la Risso... mais pas à la manière d'un gimmick graphique comme ça a fini par le devenir avec Frank Miller. Je suis d'ailleurs un gros fan de Miller mais pas pour Sin City
LGC : Ok, comme vous parlez de Frank Miller, je me sens obligé de vous poser ma question chiante obligatoire : "Moore ou Miller ?"
MLC : J'aime vraiment beaucoup Miller, mais pour moi Alan Moore a signé la meilleure bande dessinée de tous les temps avec Watchmen, donc on va dire Moore.

L'arrivée des blogs BD au début des années 2000 m'a servi de refuge 
LGC : Miller vaincra, mais passons maintenant aux questions sérieuses. Il y a très peu d'informations dessus, mais comment avez-vous intégré la famille des auteurs de BD ?
MLC : Mes premières tentatives dans la BD datent des années 90. À cette époque j'avais un sentiment de dévalorisation du dessinateur où je croyais qu'on ne pouvait pas percer avec un crayon sans être accolé à un scénariste. J'ai donc essayé de me mettre dans l'escarcelle d'un scénariste connu mais cela ne s'est pas bien passé et suite à un désaccord avec lui, je me suis fait jeter par le comité éditorial. Déçu, j'ai envoyé des projets et essuyé des refus en masse, la palme revenant à une expérience assez traumatisante de 2003 : en pleine rue je recevais un appel du boss de Dargaud qui souhaitait me dire à quel point il avait apprécié mes planches et le fait que je pratique un "humour drôle"… et pour me souhaiter bonne chance.
Je suis ressorti de cette expérience affecté et usé par tous ces rejets successifs et j'en étais arrivé à ne plus pouvoir dessiner… L'arrivée des blogs BD au début des années 2000 m'a servi de refuge et c'est comme ça que le blog de monsieur le chien a vu le jour, en 2005, comme une sorte de thérapie et de défi à moi-même pour me prouver que je pouvais encore dessiner.
monsieur le chien est un fan de jeu de rôles et réussi à donner envie d'y jouer (si, si)
La fréquentation du blog et les retours des lecteurs ont rallumé la flamme chez moi 
LGC : Wow, je ne pensais pas que ça avait été aussi long. Et votre blog a eu tout de suite du succès ? Je dois avouer que je ne le connaissais pas encore à cette époque.
MLC : Je ne sais pas si on peut parler de succès, mais la fréquentation du blog et les retours des lecteurs ont rallumé la flamme chez moi, même si j'étais bien conscient qu'un lecteur de blog n'était pas forcément un acheteur de bande dessinée.
Et puis, les blogueurs BD ont commencé à signer chez les gros éditeurs… mais pas moi. Encore une fois, je n'étais pas dans le cadre.
Malgré tout, j'avais un certain succès sur la blogosphère et j'ai été approché par Theloma, un éditeur aujourd'hui disparu, qui souhaitait profiter de mon "public captif". C'est ainsi que ma première bande dessinée Paris est une mélopée a été publiée sous forme de reprise de mes strips de blog sans aucun travail éditorial derrière. J'ai été insatisfait du résultat mais une lectrice ayant adoré l'album m'a fait rencontrer Gotlib qui habitait dans sa rue ! C'est lui qui m'a obtenu un rendez-vous chez Fluide Glacial en 2007, mais là encore ça n'a abouti à rien car j'étais un peu "trop bizarre", même pour eux.
LGC : Et depuis, vous avez publié deux albums chez eux et je crois que d'autres sont à venir si je ne me trompe pas.
MLC : Oui. Tout d'abord, La Méthode Champion que je scénarise et qui est dessiné par Pixel Vengeur puis L'Homme au masque, une tragi-comédie aux airs d'affaire Natascha Kampusch que je scénarise et dessine dans le style semi-réaliste que j'adopte pour Didier Barcco. Mais j'ai d'autres projets plus sérieux dans les cartons (NDLR : dont je vous parlerai dans un futur article)... Ah et puis j'aimerais bien revenir à la fantasy avec la suite des aventures de Féréüs, tiens !
Tout ne fut donc pas rose pour monsieur le chien et c'est à force d'obstination et de persévérance qu'il aura fini à faire son trou dans l'univers de la bande dessinée.
Un auteur exemplaire à plus d'un titre qui, s'il peut faire grincer des dents de certains à cause de sa franchise sans filtre, ne se sera jamais compromis pour se faire publier.
Je vous invite donc vivement à jeter un œil à ses travaux afin de vous faire votre propre avis sur son blog mais également via sa fanpage et sa communauté de fans sur Facebook.




Mais qui est monsieur le chien ?

Bio
  • C'est secret ! Son blog ayant débuté en juillet 2005, on supposera qu'il est né avant.
Recette créative
  • Inspirations : Torpedo de Bernet, Clarke et Kubrick d'Alfonso FontWatchmen d'Alan Moore
  • ingrédients favoris : humour noir, auto-dérision, phrasé exquis, narration dynamique
Avec son humour féroce et ses critiques de notre société, monsieur le chien peut en déranger certains mais montre qu'on peut toujours rire de tout et le fait avec un raffinement rarement égalé (même lorsqu'il verse dans le scabreux).

Indispensables
La Fontaine de médiocrité Féréüs le Fléau
Actualité
Homoncule : autopsie d'un nobody Didier Barcco, tome 2 : Shotgun et confiseries