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11.2.16

Spécial Angoulême - Dustin Nguyen, l'interview en mode machine qui rêve


Après ma rencontre avec Jason Latour, je n'ai pas tout de suite quitté l'ambiance américaine du stand d'Urban Comics, j'avais rendez-vous avec un autre auteur d'exception : Dustin Nguyen. Si ses versions toutes choupies des personnages de l'univers de Batman avaient su émerveiller petits et grands en fin d'année dernière dans Little Gotham, j'étais plutôt là pour lui poser quelques questions sur sa collaboration avec Jeff Lemire sur Descender et en savoir plus sur ses influences métissées.
"J'ai toujours voulu dessiner, même quand je bossais en tant qu'architecte 3D. Du coup, j'ai cravaché dur pour y arriver. J'ai même vécu dans un petit studio avec cinq autres personnes qui partageaient le même rêve." Dustin Nguyen
Le Goûteur Culturel : Bonjour Monsieur Nguyen. Pourriez-vous vous présenter et nous dire quels ont été vos premiers contacts avec le monde de la BD ?
Dustin Nguyen : Bonjour, je suis né au Vietnam et je vis en Californie.
J'ai grandi en matant des séries d'animation à la Transformers ou Robotech et en lisant du Mike Mignola, du Ken Williams et du Jon Muth. J'ai aussi lu pas mal de magazines Heavy Metal et d'auteurs européens comme Moebius, Corben et bien d'autres encore même si je n'ai pas retenu tous les noms.
LGC : La jeunesse des meilleurs (rires) ! Mais si vous ne deviez retenir que trois œuvres parmi tous ces monuments ?
Dustin Nguyen : Ah ! C'est une question compliquée mais je dirais le Dracula de Jon Muth, tout simplement sublime, le tome 1 de Batman Black & White et le manga Blade of the Immortal (L'Habitant de l'infini en VF, chez Casterman) pour son storytelling de malade !
LGC : Aha ! Vous êtes aussi amateur de mangas ? Vous en regardez toujours ?
Dustin Nguyen : Je n'ai malheureusement plus trop le temps, mais récemment j'ai vraiment adoré Welcome to the NHK (Bienvenue dans la NHK en VF, chez Soleil Manga). J'ai d'abord découvert l'animé et j'ai continué avec le manga.
LGC : Encore de la bonne (rires). Avec de telles influences, je comprends mieux votre trait métissé et les influences qui transparaissent ! Mais du coup vous avez fait des études pour devenir dessinateur du coup ?
Dustin Nguyen : Nope ! J'ai toujours voulu dessiner, même quand je bossais en tant qu'architecte 3D. Du coup, j'ai cravaché dur pour y arriver. J'ai même vécu dans un petit studio avec cinq autres personnes qui partageaient le même rêve. Nous nous influencions mutuellement et nous sommes devenus vraiment potes, même si au final je suis le seul à avoir fait carrière dans la BD.
"C'est très simple de bosser avec Jeff, organique même, je dirais. Je comprends ce que Jeff me demande et lui, comprend tous mes croquis, c'est génial !" Dustin Nguyen
LGC : À propos de carrière et actualité oblige, pouvez vous m'en dire plus sur votre méthode de travail avec Jeff Lemire sur Descender ? Est-ce compliqué de donner forme à ses idées ? Avez-vous dû effectuer des recherches pour dessiner les machines de cet univers SF et sentimental ?
Dustin Nguyen : Oh, c'est très simple de bosser avec Jeff, organique même, je dirais. Je comprends ce que Jeff me demande et lui, comprend tous mes croquis, c'est génial ! J'ai effectivement fait quelques recherches sur les machines et plus particulièrement celles des années 80 et 90. J'ai également cherché du côté de la mécanique et des modèles 3D.
Ce qui est cool avec Descender, c'est que je peux expérimenter des trucs originaux niveau dessins et concepts graphiques ! Ce n'est pas de la SF figée et Jeff me laisse pas mal de liberté !
LGC : Une machine bien huilée, c'est cool ! Et vous comptez collaborer sur ce titre pour combien de numéros ? Avez-vous d'autres projets dans les tiroirs ?
Dustin Nguyen : J'ai signé pour 30 numéros et en parallèle, je bosse sur Secret Heroes Society (les enquêtes de Batman, Superman et Wonder Woman en mode teenage) avec Derek Fridolfs (avec lequel il avait déjà travaillé sur Little Gotham) chez DC Comics. Sinon, j'ai un livre pour enfants en préparation avec ma femme. Il est basé sur Where the sidewalks ends, le recueil de poésies de Shel Silverstein. Je suis super excité de bosser dessus, il fait aussi partie de mes grandes sources d'inspiration.
"Sublime reste mon groupe préféré. Il m'a tellement marqué que j'ai appelé mon fils Bradley en hommage à son chanteur (rires) !" Dustin Nguyen
LGC : Bon, terminons sur des questions plus "légères", j'ai pu écouter la playlist Spotify de Jeff Lemire pour Descender, avez-vous aussi un rapport particulier avec la musique ?
Dustin Nguyen : Je suis resté bloqué dans les années 90 niveau musique ! J'adore les Smashing Pumpkins et le hip-hop qui sonne bien 90's. Mais Sublime reste mon groupe préféré (ils sont californiens, c'est un "groupe local" pour lui). Il m'a tellement marqué que j'ai appelé mon fils Bradley en hommage à son chanteur (rires) !
LGC : Et niveau films, vous avez des références ? Si vous deviez m'en citer 3 ?
Dustin Nguyen :  Fallen Angels de Wong Kar Wai, Braveheart, qui est pour moi la définition même du terme épique et enfin Monsters de Gareth Edwards qui est un magnifique film de voyage, en fait !
LGC : Merci pour toutes ces réponses... Ah, j'allais oublier : "Frank Miller ou Alan Moore ?" 
Dustin Nguyen : Alan Moore à cause de Killing Joke mais Frank Miller pour l'inspiration en tant qu'artiste.
Southern Bastards, tome 1 Southern Bastards, tome 2
Bonus : La playlist Descender sur Spotify


Mais qui est Dustin Nguyen ?

Bio
  • Date de naissance : 1976
  • Nationalité : Américaine
Recette créative
  • ingrédients favoris : Imagerie pastelle et poétique
Qu'ils soient indépendants ou "mainstream", on retrouve quasiment à tous les coups une certaine tendresse dans les travaux et la gestion des couleurs de Dustin Nguyen. Une douceur presque enfantine qui ne dessert pourtant jamais l'intensité qu'il souhaite donner aux récits qu'il illustre. Il l'aura prouvé lors de son passage sur Batman et maintenant avec le sublime Descender.

Les œuvres cultes de Dustin Nguyen

BD
  • Dracula de Jon Muth
  • Batman Black & White (Bob Kane, Neil Gaiman, Brian Bolland)
  • Blade of the immortal (Hiroaki Samura)
Musique
  • Sublime
  • The Smashing Pumpkins
  • Le Hip-hop des 90's
Cinéma et séries TV
  • Fallen Angels (Wong Kar Wai)
  • Braveheart (Mel Gibson)
  • Monsters (Gareth Edwards)

10.2.16

Spécial Angoulême - David Sourdrille, rencontre avec le Robert Crumb français


Angoulême, le samedi 30 janvier 2016. C'est par une après-midi pluvieuse, ponctuée de rares moments de soleil, que je me suis attablé à la terrasse d'un bar de la Place de l'Hôtel de ville avec un auteur français trop peu connu malgré sa virtuosité au crayon. Son nom, David Sourdrille et pour votre serviteur il n'est rien de moins que le Robert Crumb français. Découvrez une interview sous le signe de la sensualité et du plaisir de braver les interdits.


Le Goûteur Culturel : Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la bande dessinée ? Quand avez-vous su que vous vouliez devenir dessinateur ?
David Sourdrille : J'ai fait les beaux-arts de Rennes pour devenir illustrateur publicitaire. À la base je ne me destinais pas du tout à la BD, même si j'en ai toujours lu.
C'est mon projet de fin d'études qui m'y a amené en fait : j'avais réalisé un chemin de croix en mode autoportrait d'un voyeur miséreux sexuel. Je m'étais inspiré de Max Beckmann et du courant de la "Nouvelle Objectivité" dont je suis un admirateur et notamment des travaux de Bruno Schulz, un juif polonais au destin tragique...
J'ai ensuite proposé cette série d'illustrations à plusieurs éditeurs et c'est L'Écho des Savanes qui me signa à l'époque. Cette collaboration avorta et je fut publié chez Psikopat pendant 10 ans en parallèle d'un travail d'illustrateur que je faisais pour les chroniques de David Abiker dans Men's Health. Elles avaient pour but de décrire l'homme urbain un peu loser et fasciné par les femmes, comme moi.
Par la suite, j'ai travaillé pour le magazine Ferraille, pour Aaarg! (revue dans laquelle j'ai découvert l'auteur grâce à un focus sur lui) et maintenant pour Fluide Glacial.
"Tout petit, mes parents me déposaient au rayon BD d'Euromarché. J'allais directement au BD adultes et je me jetais sur celles de ReiserCorben et Liberatore..." David Sourdrille
LGC : Ok mais, à part les travaux d'artistes contemporains, quelles ont été vos autres influences ? Des bandes dessinées ou des films ont-ils marqués votre enfance ?
David Sourdrille :Haha ! Si ! Tout petit, mes parents me déposaient au rayon BD d'Euromarché. J'allais directement au BD adultes et je me jetais sur celles de Reiser (Gros dégueulasse...), Corben (Vampirella...) et Liberatore (RanXerox...). Mais je dois dire qu'Yves Chaland (Bob Fish...) fut une de mes influences majeures, pour son trait et l'efficacité de sa ligne claire tandis que Vicente Segrelles (Le Mercenaire...) me stupéfiait par son hyper-réalisme.
LGC : (Rires) Je crois que nous sommes tous passés par cette phase où une BD un peu crapuleuse nous tombait dans les mains "par accident". Vous c'était vers quel âge ?
David Sourdrille : C'est à 8 ans que j'ai délaissé Spirou pour les bandes dessinées Elvifrance comme Magella. Quand je finissais mes lectures, j'allais chez le loueur de VHS pour m'imprégner des vignettes des films gores et coquins. J'avais ma routine au goût d'interdit et grâce à mon oncle loueur de films, j'ai pu avoir accès à des œuvres qui sont devenues cultes pour moi comme Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, 1984 de Michael Radford ou La Forteresse Noire de Michael Mann. Ce n'étaient pas tous des chefs-d'œuvres mais ils étaient tous imprégnés d'une violence ou d'un surréalisme incompréhensibles pour un enfant. 
J'étais fasciné par les nanars de Jesús Franco, un réalisateur spécialisé dans les films mi-kitsch, mi-porn mais aussi par des films exceptionnels comme La Cité des femmes de Fellini avec ses femelles castratrices et La Grande Bouffe de Marco Ferreri.
LGC : Et vous n'aviez aucune gêne à le faire ? Vous n'aviez pas peur d'être pris ?
David Sourdrille : J'avais bien sûr peur de me faire pincer mais non, je n'avais aucune gêne. Par contre, maintenant que j'ai une fille, je me pose la question du montrable ou non. Lucie, ma compagne, m'oriente pour éviter les problèmes (rires) !
"Crumb est une sorte de "tonton d'Amérique" et je crois qu'on s'entend si bien parce que suis misanthrope, inquiet, amoureux des femmes fortes et dominatrices et amateur de courbes." David Sourdrille 
LGC : Parmi toutes vos références, vous n'avez pas cité Robert Crumb, pourtant j'ai souvent l'impression de voir son empreinte dans vos dessins de femmes aux fesses rebondies et cuisses musclées. Je me trompe ?
David Sourdrille : Non, Crumb est un sommet pour moi ! Je l'ai découvert dans les années 90 quand je lisais Psikopat. Puis, lorsque j'ai commencé à bosser dans Psikopat, Crumb s'est mis à surveiller mes travaux, ce que j'ignorais. Un jour, Carali (NDLR : le rédacteur en chef du magazine) publia un de mes travaux du début et Crumb, le trouvant en dessous de mes productions habituelles s'inquiéta pour ma santé mentale. Il écrivit à Carali pour savoir si j'allais bien, si une femme s'occupait bien de moi etc. Il me fit parvenir la lettre et à partir de là, je me suis mis à échanger avec Crumb par courrier postal, lui, écrivant en anglais, moi, en français (rires).
Robert Crumb est une sorte de "tonton d'Amérique" et je crois qu'on s'entend si bien parce que suis misanthrope, inquiet, amoureux des femmes fortes et dominatrices et amateur de courbes. Il a même accepté de bosser pour moi gratos quand j'ai lancé La Rouquine, mon magazine associatif.
LGC : Vous êtes donc vous aussi un "Ass-Man" ? (NDLR : là, en tant que membre du mouvement, je lui ai pitché la théorie de Kiyoshi Fujino sur la supériorité des fesses par rapport aux seins dans le manga Prison School)
David Sourdrille : (rires) Effectivement, je préfère dessiner des fesses et des cuisses musclées. Je ne suis pas obsédé par les seins volumineux.
LGC : "Les Vrais savent", comme on l'a dit un poète urbain. Mais quels sont vos futurs projets ? J'ai l'impression qu'on ne vous voit pas beaucoup sur les tables des libraires, même spécialisés.
David Sourdrille : J'ai normalement une "BD Cul" (la collection dans laquelle a été publiée Les Melons de la colère de Bastien vivès) prévue chez Les Requins Marteaux. J'ai tendance à me couper du monde et à dessiner seul dans mon coin et je dois m'obliger à me ré-encrer dans le monde pour me faire publier. Ma compagne m'aide énormément à le faire. J'ai pour mot d'ordre d'être libre avant d'être aimé et un goût de déplaire, j'assume ma provoc' et je refuse de m'édulcorer. Pour cela, plusieurs de mes projets ont été refusés car jugés "trop vulgaires", "trop misogynes" ou je ne sais quoi.
La complicité de l'auteur et de sa compagne, Lucie
LGC : Parlons-en, on vous taxe de misogynie, mais votre compagne, Lucie, a l'air d'occuper une place importante dans votre vie (NDLR : durant toute l'interview, la moitié de l'auteur n'a eu de cesse d'approfondir, d'expliciter les propos de celui-ci, la voix et le regard pleins d'amour, rapprochant leur relation de celle de Robert Crumb et de sa femme Aline Kominsky-Crumb).
David Sourdrille : Oui, c'est ma muse et elle commence même à scénariser pour moi. Je ne suis résolument pas machiste, même si j'avoue être hétéro-centré. Je ne parle par contre pas "pour les femmes", je ne suis pas un militant féministe et je n'ai aucune prétention à ce sujet. Je veux juste parler pour moi et je m'en fous si on me catalogue parce que je met souvent en scène des femmes prédatrices qui ont des psychologies de grands fauves.
LGC : OK, merci pour tous ces détails. terminons sur vos lectures actuelles et sur ma question favorite : "Alan Moore ou Frank Miller ?" 
David Sourdrille :  J'aime beaucoup lire les dessinateurs "enculeurs de mouches" multipliant les détails à la Geof Darrow (Hard Boiled et récemment Shaolin Cowboy ), je me reconnais un peu en Travis Charest (WildC.A.T.s...). Sinon, je rattrape mon retard dû aux lectures crapuleuses de mon enfance et je découvre Spirou actuellement.
Pour moi Frank Miller est supérieur à Alan Moore, son Daredevil était au sommet et je me rappellerai toujours de son traitement du personnage d'Elektra !
LGC : Merci beaucoup pour toutes ces réponses, bonne fin de festival et longue vie aux "Ass-Men" !

Précisions sur Lucie, la compagne de l'auteur :
Comme je l'ai indiqué plus haut, Lucie a pleinement participé à cette interview qui n'aurait peut-être pas été aussi riche sans ses remarques (c'est par souci de lisibilité que je ne les mentionne pas).
La culture Fluide Glacial de Madame a permis à Monsieur de la conquérir et David Sourdrille la considère comme sa muse, mais également comme sa directrice artistique et sa chargée de relation publique. Elle lui prodigue conseils et recommandations sur ses storyboards et fait partie intégrante de sa création en faisant office de modèle photo pour ses illustrations.
Pour l'auteur, elle fait office de carotte et de bâton et porte la culotte, pour elle, ils sont plutôt complémentaires dans leur relation (qui frôlait la symbiose d'après mon regard extérieur).


Mais qui est David Sourdrille ?

Bio
  • Date de naissance : les 70's
  • Nationalité : Française
Recette créative
  • ingrédients favoris : les femmes aux fesses rebondies et cuisses musclées, une sensualité débridée et parfois malsaine
Les œuvres de David Sourdrille ne sont clairement pas à mettre entre toutes les mains. Ses dessins de femmes aux formes voluptueuses et aux forts caractères lui donnent des airs de "Robert Crumb à la française".

Les œuvres cultes de David Sourdrille

BD
  • Les œuvres de Robert Crumb
  • Les œuvres de Liberatore et des dessinateurs trash des 80's
  • Le Daredevil de Frank Miller
Musique (l'auteur avoue dessiner lentement et avoir besoin de "s'hypnotiser", de "s'abrutir" sur ses planches)
  • Aphex Twin et la musique électronique
  • La bande son de la série Colombo (oui, oui, vous avez bien lu)
  • Les symphonies de Bach
Cinéma et séries TV
  • La Cité des femmes de Federico Fellini
  • La Grande Bouffe de Marco Ferreri
  • Les films de Luis Buñuel

4.2.16

Spécial Angoulême - Kim Jung Gi : l'interview qui fracture la rétine

Vendredi 29 janvier 2016, le lendemain de ma première journée (et donc de ma première soirée) à Angoulême, j'avais rendez-vous tôt le matin, un des dessinateurs les plus impressionnants du moment et n'ayons pas peur de le dire, de tous les temps, Monsieur Kim Jung Gi. Compte-rendu de cette rencontre avec un auteur aussi impressionnant qu'accessible.

L'hommage de Kim Jung Gi à Akira et Katsuhiro Otomo
" J'ai lu Moebius en français, du coup, je n'ai pas compris les récits mais j'ai adoré sa composition, ses personnages et son imagination."
Kim Jung Gi 
Le Goûteur Culturel : Bonjour, à quel âge avez-vous décidé de devenir dessinateur et quelles ont été vos influences principales ?
Kim Jung Gi : J'ai décidé de devenir dessinateur quand j'avais 6 ans mais au final, je le suis devenu à 27 ans haha ! J'ai toujours été le meilleur dessinateur des classes dans lesquelles j'étais et mes camarades me poussaient à me lancer, tandis que ma famille voulait que je devienne un employé de bureau.
Mes influences viennent des choses visuelles et mes voyages me permettent de voir ce qui me donne envie de dessiner. Le fait d'être né en Corée (du Sud) m'a donné accès aux mangas et je n'ai eu accès à la bande dessinée occidentale qu'à mon entrée à l'université. C'est là que j'ai découvert des auteurs comme Richard Corben et Moebius. J'ai lu Moebius en français, du coup je n'ai pas compris les récits mais j'ai adoré sa composition, ses personnages et son imagination.
LGC : C'est là que votre attachement pour la France est né ? Vous avez l'air très attaché à notre pays avec vos nombreux séjours chez nous.
Kim Jung Gi : La France est un de mes pays préférés, je repars toujours avec des boosts d'inspiration et j'y suis plutôt lié en ce moment avec la série Spy Games scénarisée par Jean-David Morvan chez Glénat.
 Acheter Spy Games, tome 1
LGC : Pour en revenir à vos inspirations, je pose tout le temps cette question un peu piège : "Alan Moore ou Frank Miller ?"
Kim Jung Gi : J'adore Frank Miller pour son côté graphique, mais la narration de Moore me plaît aussi. Par contre le Dark Knight de Miller est vraiment grandiose sur les deux plans.
LGC : Vous êtes un virtuose graphiquement vous aussi et particulièrement lorsque vous dessinez des personnages féminins. Qu'est-ce qui provoque cela ?
Kim Jung Gi : (Rires) C'est parce que j'ai une grande tendresse pour les femmes et que je suis passionné par l'anatomie, du coup je m'entraîne énormément à les dessiner.
Illustration tirée d'Omphalos, son recueil d'illustrations érotiques
 " Pour progresser, observez le monde qui vous entoure et expérimentez sans relâche : dessinez encore et encore !"
Kim Jung Gi
LGC : On vous voit dessiner à l'encre de chine sur papier. Vous n'avez jamais désiré faire du dessin numérique ? Avez-vous essayé de faire du Webtoon (NDLR : bandes dessinées web populaires en Corée du Sud) ou de l'animation ?
Kim Jung Gi : Quand j'étais petit, je voulais faire de l'animation mais maintenant je crois que ce n'est pas mon truc, même si j'adorerais pouvoir en faire. Concernant le Webtoon, j'ai essayé quand j'étais jeune et ce n'est pas pour moi. Par contre, je trouve que c'est une plateforme intéressante pour découvrir de nouveaux auteurs.
Ah et pour le dessin numérique, on m'a offert une Cintiq (NDLR : La Rolls des tablettes graphiques) récemment et je m'amuse dessus en ce moment ! 
LGC : Auriez-vous un conseil pour les jeunes dessinateurs qui rêvent de suivre vos traces ? Avez-vous des techniques de concentration, écoutez-vous de la musique en dessinant ?
Kim Jung Gi : Pour progresser, observez le monde qui vous entoure et expérimentez sans relâche : dessinez encore et encore !
Quand je dessine, je n'écoute pas de musique. Par contre j'ai souvent une émission sportive en fond (rires). 
LGC : Merci encore pour vos réponses et votre gentillesse, bon festival et bon séjour !

Bonus : Vous trouvez ça beaucoup trop long et contraignant de vous entraîner à dessiner ?
Sachez que, d'après une légende portée à mes oreilles par l'incisif Republ33k, Kim Jung Gi se serait pris une balle de baseball dans la tête étant petit et c'est depuis cet incident que son talent et sa créativité ont germés. Une alternative plus douloureuse certes, mais moins chronophage pour vous.

Je ne pouvais terminer cet article sans adresser un immense merci à
Monsieur Jean-Christophe Caurette et à la traductrice coréenne de Monsieur Kim Jung Gi, sans lesquels cette interview n'aurait jamais été possible.


Mais qui est Kim Jung Gi ?

Bio
  • Année de naissance : 1975
  • Nationalité : Coréenne
Recette créative
  • ingrédients favoris : dessin rapide et sublime à l'encre de chine, compositions énormes, fresques.
Si les illustrations de Kim Jung Gi sont impressionnantes, voir l'auteur dessiner en direct suscite à tous les coups de l'admiration et parfois même de l'incompréhension, tant cela semble aisé pour lui de multiplier détails et éléments sur ses fresques. Et tout ça en restant accessible.

Les œuvres cultes de Kim Jung Gi

  • Dr Slump d' Akira Toriyama
  • Les travaux de Moebius
  • Akira de Katsuhiro Otomo

    4.2.16

    Spécial Angoulême - Kim Jung Gi : l'interview qui fracture la rétine

    Vendredi 29 janvier 2016, le lendemain de ma première journée (et donc de ma première soirée) à Angoulême, j'avais rendez-vous tôt le matin, un des dessinateurs les plus impressionnants du moment et n'ayons pas peur de le dire, de tous les temps, Monsieur Kim Jung Gi. Compte-rendu de cette rencontre avec un auteur aussi impressionnant qu'accessible.

    L'hommage de Kim Jung Gi à Akira et Katsuhiro Otomo
    " J'ai lu Moebius en français, du coup, je n'ai pas compris les récits mais j'ai adoré sa composition, ses personnages et son imagination."
    Kim Jung Gi 
    Le Goûteur Culturel : Bonjour, à quel âge avez-vous décidé de devenir dessinateur et quelles ont été vos influences principales ?
    Kim Jung Gi : J'ai décidé de devenir dessinateur quand j'avais 6 ans mais au final, je le suis devenu à 27 ans haha ! J'ai toujours été le meilleur dessinateur des classes dans lesquelles j'étais et mes camarades me poussaient à me lancer, tandis que ma famille voulait que je devienne un employé de bureau.
    Mes influences viennent des choses visuelles et mes voyages me permettent de voir ce qui me donne envie de dessiner. Le fait d'être né en Corée (du Sud) m'a donné accès aux mangas et je n'ai eu accès à la bande dessinée occidentale qu'à mon entrée à l'université. C'est là que j'ai découvert des auteurs comme Richard Corben et Moebius. J'ai lu Moebius en français, du coup je n'ai pas compris les récits mais j'ai adoré sa composition, ses personnages et son imagination.
    LGC : C'est là que votre attachement pour la France est né ? Vous avez l'air très attaché à notre pays avec vos nombreux séjours chez nous.
    Kim Jung Gi : La France est un de mes pays préférés, je repars toujours avec des boosts d'inspiration et j'y suis plutôt lié en ce moment avec la série Spy Games scénarisée par Jean-David Morvan chez Glénat.
     Acheter Spy Games, tome 1
    LGC : Pour en revenir à vos inspirations, je pose tout le temps cette question un peu piège : "Alan Moore ou Frank Miller ?"
    Kim Jung Gi : J'adore Frank Miller pour son côté graphique, mais la narration de Moore me plaît aussi. Par contre le Dark Knight de Miller est vraiment grandiose sur les deux plans.
    LGC : Vous êtes un virtuose graphiquement vous aussi et particulièrement lorsque vous dessinez des personnages féminins. Qu'est-ce qui provoque cela ?
    Kim Jung Gi : (Rires) C'est parce que j'ai une grande tendresse pour les femmes et que je suis passionné par l'anatomie, du coup je m'entraîne énormément à les dessiner.
    Illustration tirée d'Omphalos, son recueil d'illustrations érotiques
     " Pour progresser, observez le monde qui vous entoure et expérimentez sans relâche : dessinez encore et encore !"
    Kim Jung Gi
    LGC : On vous voit dessiner à l'encre de chine sur papier. Vous n'avez jamais désiré faire du dessin numérique ? Avez-vous essayé de faire du Webtoon (NDLR : bandes dessinées web populaires en Corée du Sud) ou de l'animation ?
    Kim Jung Gi : Quand j'étais petit, je voulais faire de l'animation mais maintenant je crois que ce n'est pas mon truc, même si j'adorerais pouvoir en faire. Concernant le Webtoon, j'ai essayé quand j'étais jeune et ce n'est pas pour moi. Par contre, je trouve que c'est une plateforme intéressante pour découvrir de nouveaux auteurs.
    Ah et pour le dessin numérique, on m'a offert une Cintiq (NDLR : La Rolls des tablettes graphiques) récemment et je m'amuse dessus en ce moment ! 
    LGC : Auriez-vous un conseil pour les jeunes dessinateurs qui rêvent de suivre vos traces ? Avez-vous des techniques de concentration, écoutez-vous de la musique en dessinant ?
    Kim Jung Gi : Pour progresser, observez le monde qui vous entoure et expérimentez sans relâche : dessinez encore et encore !
    Quand je dessine, je n'écoute pas de musique. Par contre j'ai souvent une émission sportive en fond (rires). 
    LGC : Merci encore pour vos réponses et votre gentillesse, bon festival et bon séjour !

    Bonus : Vous trouvez ça beaucoup trop long et contraignant de vous entraîner à dessiner ?
    Sachez que, d'après une légende portée à mes oreilles par l'incisif Republ33k, Kim Jung Gi se serait pris une balle de baseball dans la tête étant petit et c'est depuis cet incident que son talent et sa créativité ont germés. Une alternative plus douloureuse certes, mais moins chronophage pour vous.

    Je ne pouvais terminer cet article sans adresser un immense merci à
    Monsieur Jean-Christophe Caurette et à la traductrice coréenne de Monsieur Kim Jung Gi, sans lesquels cette interview n'aurait jamais été possible.


    Mais qui est Kim Jung Gi ?

    Bio
    • Année de naissance : 1975
    • Nationalité : Coréenne
    Recette créative
    • ingrédients favoris : dessin rapide et sublime à l'encre de chine, compositions énormes, fresques.
    Si les illustrations de Kim Jung Gi sont impressionnantes, voir l'auteur dessiner en direct suscite à tous les coups de l'admiration et parfois même de l'incompréhension, tant cela semble aisé pour lui de multiplier détails et éléments sur ses fresques. Et tout ça en restant accessible.

    Les œuvres cultes de Kim Jung Gi

    • Dr Slump d' Akira Toriyama
    • Les travaux de Moebius
    • Akira de Katsuhiro Otomo

    3.2.16

    Spécial Angoulême - Glory Owl : l'interview en roue libre

    Angoulême, dans la soirée du samedi 30 janvier, pendant que se déroulait une farce cruelle dans la salle de remise des prix, je rencontrai quatre* membres de Glory Owl, un collectif d'auteurs maniant un humour corrosif et de mauvais goût avec une rare maîtrise. À une époque où on ne semble plus vraiment savoir ce qui est drôle ou pas, découvrez un groupe d'auteurs pouvant faire office de phare au cœur des ténèbres humoristiques.

    * Le cinquième, Bathroom Quest, ayant vaillamment participé à une course de vélo entre auteurs sous la pluie, son absence fut largement excusée. Repose en paix, as de la pédale !


    Le Goûteur Culturel : Bon, pendant que vous êtes encore un peu tenables, dites-moi comment vous en êtes arrivés à la BD et à dessiner
    J. J. Charogne : Moi je scénarise, mais comme je me fais chier en interview pendant que les autres dédicaces, je me suis mis au dessin récemment haha !
    Gad : Moi j'ai eu un déclic à 5 ans, devant le clip Black and White de Michael Jackson. J'en avais fait une parodie BD où Michael chutait de la Statue de la Liberté à la fin. Et puis ça a explosé au lycée : je dessinais tout le temps quand je me faisais chier.
    LGC : Ouais, bel esprit pour un enfant de 5 ans... Charogne, tu dis que ton truc c'est la scénarisation, mais pour ça aussi, tu as dû avoir un déclic, un premier fait d'arme ?
    Charogne : Ouais, c'était à 11 ans, j'avais écrit une histoire de samouraï robot bien énervé qui venait buter des gens chez eux en traversant les murs parce que les portes c'est pour les *censuré*, c'était ça le running gag. Je me suis vraiment remis à écrire il y a 4-5 ans, quand les jeux vidéo m'ont saoulé et c'était nickel : Glory Owl était en train de signer chez AAARG! mais tous leurs strips se faisaient recaler, je leur ai donc proposé quelques idées qui ont été acceptées par le mag et c'était parti !
    "on construit Glory Owl via un "thread" Facebook,
    parce que se voir en vrai = boire."
    Gad

    LGC : Le sauveur ! Et ça se passe comment la proposition de scénarios pour les strips ?
    Charogne : Je propose à l'équipe un max d'idées de strip parmi lesquelles les gars font leur marché. Ce sont en général 10 "phrases d'entraîne"
    LGC : Et du coup, vous composez vos strips et vos recueils comment ? Vous avez une salle de réunion sentant bon les vapeurs d'alcool et la testostérone ? 
    Gad : Haha ! Non, on construit Glory Owl via un "thread" Facebook (NDLR : discussion de groupe privée), parce que se voir en vrai = boire. C'est un brainstorming où tout le monde lâche ses idées de strips. 
    Charogne : Pour les recueils, on fait la sélection en équipe et on l'envoie à l'éditeur (Même Pas Mal). Après on discute et on choisit les illustrations pour aérer le bouquin. Pour finir, chacun file une couverture et on effectue un choix démocratique tout en subissant un lobbying infect de Gad pour qu'on choisisse les siennes...
    LGC : Et il n'y a pas trop de frictions dans les décisions ?
    Gad : Non, non, ce sont des discussions saines entre potes et le fait de discuter par Facebook permet d'avoir des coupures et d'effacer le côté corvée des réunions... Et quand ça commence à s'échauffer et à devenir chiant, J.J. Charogne balance un gif scato et se casse (rires).
    LGC : Une forme de démocratie 2.0 en quelques sortes, quoi !
    Charogne / Gad : "Démocratie 2.0", ça fait vraiment titre d'album de zik de merde. Genre du Calogéro. (rires, puis escalade de la violence verbale envers le "chanteur")
    "Bathroom Quest fait office de conscience "politiquement correcte". C'est une sorte de Jiminy Cricket un peu snob." Charogne 
    LGC : Et niveau cohésion d'équipe, vous faites du "team building" ?
    Charogne (spontanément, en toute décontraction): On chasse le Rom dans mon domaine. On se sape en 3/4 noirs avec des fusils à pompes et on utilise un Rom appât avec un fil de cuivre attaché derrière lui et relié à des papiers pour attirer ses congénères et les tirer à la chaîne. Pour ceux qui en réchappent, on a des appeaux à Roms qui font "S'il vous plaiiit, s'il vous plaiiit". À la fin, on a de belles piles de scalps et sous-vêtements sales en trophées. 
    *Moment ému d'admiration de Gad et de votre serviteur face à tant d'éloquence absurde*
    LGC : Hum ! Du coup, vous vous censurez de temps en temps ?
    Charogne / Gad : Jamais, même si Bathroom Quest fait office de conscience "politiquement correcte". C'est une sorte de Jiminy Cricket un peu snob.

    LGC : En parlant des autres membres du crew, il y a eu un ordre d'arrivée ? Vous vous connaissiez avant ?
    Charogne / Gad : Mandrill Johnson et Bathroom Quest étaient potes dès la 6ème, tandis qu'on était dans le même collège, même si on ne traînait pas dans la même bande. On est devenus potes au lycée grâce à un pote en commun vampire transsexuel (précision de Charogne). Après ça, on ne s'est plus quittés.
    Charogne : Ultimex est d'ailleurs né dans mon studio à Rosny !
    Gad : Ouais, il venait d'acheter L’œil de la police, un bouquin que je zyeutais depuis un moment mais que je trouvais trop cher, juste pour que je le lise... Après ça, j'ai rencontré Bathroom à la fac et donc Mandrill. Glory Owl était né.
    Charogne : Mëgaboy est arrivé après, suite à un concours de strips. C'est un peu le Fergie (chanteuse des Black Eyed Peas) de la bande.

    LGC: Et vous avez quel âge, les gars ?
    Charogne : On a le même âge, à 18 jours d'écart
    Gad : Oui, mais j'ai été conçu avant, dans un concert de Pierre Perret

    À ce moment de l'interview, Mëgaboy et Mandrill Johnson firent irruption dans la taverne écossaise aux paradoxales décorations londoniennes. 4 membres de Glory Owl dans la même pièce et l'interview qui était jusque là (vaguement) professionnelle dégénéra en un joyeux foutoir où punchlines soyeuses et crises d'hilarité générale s'enchaînaient entre deux questions...



    LGC : Allez, les retardataires, dites-moi comment vous vous êtes lancés dans la BD
    Mandrill Johnson : J'ai beaucoup dessiné quand j'étais petit, comme tout le monde, puis plus rien durant l'adolescence. J'ai repris le dessin à 22 ans au moment où les potes ont commencé à lancer leurs blogs BD

    Mëgaboy : Astérix a été un électro-choc pour moi. J'ai toujours dessiné et je dessinais lorsque les autres faisaient la teuf au lycée, à tel point que j'ai bu pour la première fois à 24 ans.
    LGC : Mh Mëgaboy, je crois qu'il n'y a pas que le dessin que tu dosais non-stop, il y avait aussi Street Fighter : Third Strike d'après ce que j'ai pu tirer d'internet...
    Mëgaboy : ouais, j'adore les Street Fighter et Third Strike en particulier !
    Alors que Mëgaboy commençait à devenir infect et de mauvaise foi envers King of Fighters, Gad intervint pour troller sur une prétendue victoire contre lui sur Third Strike. L'excuse "je joue au stick normalement, moi, pas à la manette" fusa immédiatement, avec un combo "en plus j'étais bourré".
    Mëgaboy : Bref, à part ça, j'aime les jeux vidéo en général et surtout quand leur chara design est bon. Récemment, j'ai vraiment adoré ceux de Skullgirls. Je rêve de faire du chara-design pour du jeu vidéo et j'anime déjà un peu de mon côté en parallèle d'un projet avec un pote.

    Mandrill : Ouais, le chara-design c'est super important. Ceux de la série des Souls (Demon's Soul, Dark Soul 1 et 2) sont complètement oufs. Ces jeux sont géniaux !
    Il ne fallait pas évoquer les Souls avec votre serviteur, qui a tout de suite embrayé sur la pâte dark fantasy de la série et de la parenté avec Berserk (surtout Demon's Soul), pour partir dans une discussion pleine de trémolos dans la voix et de sourires entendus sur la série avec Mandrill Johnson et Mëgaboy, visiblement aussi fans que moi. Statut de fan qui a poussé Mëgaboy à jouer des heures à Dragon's Dogma à cause des skins de Guts et Griffith.

    Je vous évite la fin de la discussion car il ne faut pas mélanger travail et plaisir, mais sachez que j'ai été encore plus séduit par cette équipe pleine d'énergie créative et définitivement super éclectique que vous vous DEVEZ découvrir.
    Glory Owl Glory Owl, tome 2

    Mais qu'est-ce que Glory Owl ?

    Bio
    • Date de naissance : Génération Y
    • Nationalité : Française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : humour noir et absurde qualitatif
    Glory Owl, ce sont cinq garçons dans le vent et des comic strips de trois cases à l'humour corrosif. Le dicton "les blagues les plus courtes étant souvent les meilleures", aura rarement été aussi vrai avec une réutilisation virtuose de la recette Perry Bible de Nicholas Gurewitch.

    Les œuvres cultes de Glory Owl

    Gad (la sélection de la violence)
    • Les livres de Bret Easton Ellis
    • Les films de Quentin Tarantino (préférence pour Pulp Fiction)
    • Les films de Robert Rodriguez
    J. J. Charogne (la sélection de la pop culture 80's)
    • L'Empire contre-attaque (Irvin Kershner, Lawrence Kasdan, George Lucas)
    • Indiana Jones et la dernière croisade (Steven Spielberg, Jeffrey Boam, George Lucas)
    • Les bouquins de James Bond (Ian Fleming)
    Mandrill Johnson (la sélection de la classe)
    • Lincal (Alexandro Jodorowky, Moebius)
    • La Classe américaine (Michel Hazanavicius, Dominique Mézerette
    • La musique de Jamiroquai
    Mëgaboy (la sélection de l'hyper graphique)
    • Les travaux de Mike Mignola (les derniers tomes de Hellboy en particulier)
    • Le Samouraï Bamboo (Issei Eifuku, Taiyō Matsumoto)
    • Berserk (Kentaro Miura)

    27.1.16

    Spécial Angoulême - Lastman : œuvre temporelle d'une génération ?

    N'ayant pas encore pu me procurer le tome 8 de Lastman, je vous (re)propose ma critique du tome 7 ainsi qu'une analyse de cette œuvre. Asseyez-vous, servez-vous une petite tisane (ou un verre d'alcool fort si vous êtes majeur/un vrai bonhomme/dépendant) et savourez ma petite analyse de la série hybride qui monte au point d'avoir droit à son exposition dédiée à Angoulême.

    Passé composé


    Avant ce septième tome, Lastman c'était six petits météores propulsés à une vitesse surhumaine par un trio qui a su ne faire qu'un pour proposer une œuvre parfaitement adaptée aux exigences de notre époque.

    Si Lastman plaît tant, c'est parce que ses auteurs sont au diapason de l'évolution des standards de l'Entertainment en général, le tout sans jamais oublier ce qu'ils doivent aux monuments de leurs médiums préférés.

    Exigences de rythme, avec un rythme de parution effréné afin de satisfaire la boulimie d'un lectorat jeune qui s'est peu à peu habitué à une fréquence de publication trimestrielle (voire bimestrielle) de ses bandes dessinées japonaises préférées.

    Exigences de format, matérialisées par une maquette "hybride", elle aussi affutée pour rivaliser avec la concurrence nippone par son prix modique (12,50 € pour l'édition classique et 18,95 € pour l'édition collector) et son apparence compacte particulièrement racée.

    Exigences qualitatives enfin, résultant de l'expertise éprouvée du trio d'auteurs dans le domaine de la narration (plusieurs récompenses du milieu et des lecteurs pour leurs projets plus ou moins solo avant leur sacre commun à Angoulême cette année) et dans celui de la consommation de pop-culture : en bons enfants des 80's, ce sont eux les bébés zappeurs que cette chère Ségolène Royal redoutait tant de voir grandir.
    Chaînon manquant ou nouveau stade de l'évolution ?
    Si Lastman plaît tant, c'est parce que ses auteurs sont au diapason de l'évolution des standards de l'Entertainment en général, le tout sans jamais oublier ce qu'ils doivent aux monuments de leurs médiums préférés.

    C'est pour ça que lire la série donne parfois l'impression de découvrir de nouvelles saveurs tout en réveillant plusieurs souvenirs gustatifs en même temps.
    Enfin, ça c'est pour les lecteurs plus âgés, mais je suis sûr que même chez les plus jeunes, une sorte de réminiscence génétique permet d'apprécier ce que le cool fut, parfois bien longtemps avant leur naissance.

    Présent plus que parfait


    Parlons maintenant de ce fameux septième tome qui semblait mettre tout le monde d'accord.
    Chez Marvel, la série aurait sûrement été relaunchée avec un sigle "All New" devant le titre, tant Lastman réussit à se renouveler avec ce nouveau cycle.
    Je ne vais donc pas paraphraser les autres sites l'ayant chroniqué en vantant ses mérites graphiques, car il est clair que la symbiose entre Bastien Vivès/Michael Sanlaville au dessin et Yves "Balak" Bigerel au découpage vient d'entrer dans une nouvelle dimension avec un résultat visuel parfait.

    Je ne m'attarderai pas non plus sur les dialogues finement ciselés dont John McTiernan ou Audiard père ne renieraient pas la filiation.

    Je ne vais pas non plus m'engager dans un énième encensement du scénario emmenant le lecteur en des contrées narratives plus profondes où la lumière se fait plus rare certes, mais dont le terreau semble bien riche et fertile…

    Ce tome 7 se déroule une décennie après les événements du tome précédent Spoilers tome 6 (click here). Richard Aldana croupit en prison tandis que tout va à vau-l'eau dans le royaume sous les ordres d'un monarque despotique.

    Un semblant d'ordre est tout de même maintenu grâce aux efforts d'Élorna, qui a bien grandi de partout depuis et a intégré la Garde Royale avec son fiancé (et futur époux) sous les ordres de son meurtrier de père.  Enfin, ça c'était avant qu'un ordre dément du roi et l'évasion de notre Richard national ne précipite tout ce beau monde dans une course poursuite effrénée jusqu'aux routes toujours aussi mal famées de Nilipolis.

    Nouveaux personnages, nouvelles apparences et psychologies pour nos anciens héros, nouveau statut quo, nouvelle intrigue... Si on avait été chez Marvel, la série aurait sûrement été relaunchée avec un sigle "All New" devant le titre, tant Lastman réussit à se renouveler avec ce nouveau cycle.

    En numérologie, le chiffre 7 que l'on peut tripler ici, rapport au nombre d'auteurs, symbolise l'absolu (comme le chef-d'œuvre que constitue ce tome) , la chance (que nous avons de l'avoir entre nos mains après une si courte séparation) mais également la solitude (celle que ressentent nos personnages). Tuerie prévisible donc.

    "Futur" antérieur


    L'avenir de Lastman c'est bien évidemment les prochains tomes de la BD, mais aussi un jeu de combat sur consoles et PC ainsi qu'une série animée. Ce développement vers d'autres supports s'inscrit dans une démarche transmedia allant bien plus loin que de "simples" adaptations des événements déjà exploités dans la bande dessinée.

    LASTFIGHT boit les larmes de vos enfants !
    Il s'agit ici de permettre aux fans de s'imprégner un peu plus de l'univers riche dans lequel évoluent leurs personnages préférés comme précédemment avec la publication de Sexy Sirène, un magazine coquin que lisent les vrais bonhommes qui mangent du bois dans la BD.
    LASTFIGHT, car tel est son nom, est développé par Piranaking, le studio monté pour l'occasion en 2014 avec une équipe partageant la même vision artistique que nos 3 auteurs avec des noms bien connus des initiés comme 2080 ou Khao. Nous pourrons donc bientôt, tout comme le petit Adrian dans le tome 4, doser le vrai faux jeu à licence basé sur l'image de Richard Aldana et de son pote Duke à l'époque où ils étaient des stars de la FFFC, la ligue de Free Fight locale. Le jeu du jeu sur les personnages de la BD dans la BD… Total Inception ! LASTFIGHT sera un Powerstone-like jouable jusqu'à 4 joueurs prévu sur Playstation 4, Wii U, Xbox One et sur Steam. Il est idéalement prévu pour fin 2015 et a déjà pu se faire tripoter les boutons lors de quelques rassemblements autour du jeu vidéo comme le Stunfest ou la Gamescom.


    Toujours dans l'exploration du passé de notre gros bras au grand cœur, la prochaine étape après le jeu vidéo sera une série animée comblant plus précisément les zones d'ombres entourant son ascension vers la gloire et sa descente aux enfers (et vers la Vallée des Rois).

    Un réel complément animé donc qui se devait de réunir une dream team, ici aussi proche de l'esprit recherché par les créateurs de la série. C'est donc naturellement que via l'entremise de leur éditeur, le sémillant Didier Borg toujours à l'écoute des besoins de ses auteurs, que le prodige de l'animation Jérémie Périn (Le clip démentiel de Truckers Delight, entre autres...) et son co-scénariste préféré, Laurent Sarfati, se joignirent à l'aventure Lastman.
    La diffusion du dessin animé est pour l'instant prévue sur France 4 (qui mérite chaque année toujours plus les sousous de nos redevances télé) pour "2016" sans plus de précision. Le show devrait nous proposer 26 épisodes de 13 minutes chacun dans un ton mature mais divertissant proche de celui de la BD.
    En regardant tout ce qui a été fait autour du titre et ce qui se prépare encore, j'ai envie de dire que nous vivons une bien belle époque mes amis, si on excepte le drame des migrants, le terrorisme, les crises économiques, les catastrophes climatiques, les chinois…
    Bref, lisez/jouez/regardez Lastman, ça contribuera à mieux faire passer la pilule.


    Sources des extraits : 9e Art (ils ont d'ailleurs publié la critique du tome 8 qui annonce du lourd)

    Alors, ça a quel goût Lastman ?

    Caractéristiques principales
    • Genre : Action, aventure
    • Style graphique : franco-belge métissé
    Se laisser tenter par Lastman, c'est se délecter d'une histoire épique passant de tournois à la Dragon Ball à des périples dignes de Mad Max, le tout marqué par un sens virtuose de la mise en scène et des dessins sublimes.

    Lastman, tome 1
    Auteurs : Balak (storyboard), Bastien Vivès (dessin) & Michaël Sanlaville (dessin)
    Éditeur : Casterman
    Nombre de pages : 216 pages
    Prix : 12,50 €