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11.5.17

Reno Lemaire : Montpellier, terre de rêve(s)

En 2006, je passais mon bac et les éditions Pika publiaient le premier tome de Dreamland, un manga dans lequel le personnage principal devait se démêler entre vie lycéenne classique et aventures palpitantes au pays de rêves. Une décennie plus tard, j'en ai fini avec les études, mais Reno Lemaire, continue de vendre du rêve à ses lecteurs. Décryptage de la recette du succès de ce manga français !

Une œuvre originale, propre à l'auteur

Reno Lemaire a été biberonné aux mangas comme la plupart des auteurs de son âge et cela se sent dans son style nerveux et métissé proche multipliant les déformations et effets de perspectives à la One Piece. Pourtant, point de villages ninjas ou de chasses aux Yokaïs (esprits traditionnels japonais) dans son manga : l'histoire de Dreamland se déroule en France, ses héros vivent à Montpellier – la ville de l'auteur – et leurs préoccupations parlent aux jeunes lecteurs ou ont un goût de nostalgie pour les plus vieux. La journée, Terrence, le héros, va au lycée, mange des kébabs et fait des plans pour séduire Lydia, son "crush". La nuit, il vit des aventures explosives en compagnie d'autres voyageurs, ces rêveurs qui – après avoir vaincu leurs peurs – parcourent leurs rêves de manière consciente.

Une véritable mythologie étendue

Royaumes, conflits, artefacts légendaires, figures mythiques... Au fil des tomes et des éléments glissés par l'auteur, Dreamland s'est construit une véritable mythologie qui pourrait donner naissance à bien des spin-offs. Si Reno Lemaire a bien une caractéristique en commun avec Eichiro Oda (le papa de One Piece), c'est la capacité à amener le lecteur dans son univers et de lui donner envie de regarder derrière chaque pierre. On appelle cela "la suspension consentie d'incrédulité" et cela permet de plonger pleinement dans un récit. L'auteur montpelliérain pose ainsi les briques d'une réalité qui trouve ses racines dans la nôtre mais qui se poursuit au sein des rêves de ses personnages. Un choix judicieux : plus encore que les océans, les rêves n'ont aucunes limites...
Un aperçu de la carte de Dreamland, dans le tome 14 du manga

Une constante progression graphique

Entre la sortie du premier tome et le moment où j'écris ces lignes, le style de Reno Lemaire n'a eu de cesse d'évoluer. Si l'on pouvait reprocher des gestions de proportions et perspectives parfois hasardeuses aux premiers tomes, l'auteur a très vite digéré ses influences pour régaler ses lecteurs d'un trait dynamique capable de faire ressentir l'impact des coups ou la détresse et la joie de ses personnages.
  
Il reste tant de choses à aborder à propos du riche univers de Dreamland, mais cet article risque d'être bien trop long et il y a des questions auxquelles je n'ai pas les réponses... Du coup, je vous propose plutôt d'assister à l'interview Facebook Live de Reno Lemaire sur la page de la librairie Bulle, le mercredi 17 mai prochain (n'hésitez pas à me transmettre vos questions, ici). Et s'il vous manque des tomes de la série :
 Découvrez tous les tomes de Dreamland
Sources des planches et couvertures : le site des éditions Pika, le forum Dreamland-manga

Mais qui est Reno Lemaire ?



Bio
  • Année de naissance : 03/10/1979
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : dynamisme, univers étendus, humour, action, aventure....
En assimilant les codes japonais tout en restant fidèle à ses origines françaises, Reno Lemaire a contribué à donner ses lettres de noblesse au manga français. Travailleur acharné il n'a de cesse de faire gagner sa série en qualité et en profondeur.

20.10.16

Découvrez Kōta Hirano : partie 1 - Hellsing, le chaos originel

Le dimanche 10 juillet 2016, mes "moi enfant" et "moi ado" sont venus me rendre visite, au détour des couloirs de l'espace presse de la Japan Expo. Le "moi enfant", se pointa à l'occasion de mon interview d'Olivier Fallaix, un de mes guides dans ma découverte de l'animation japonaise. N'ayant qu'une demi-journée de Japex dans les pattes, il fut assez facile à contenir et l'interview se déroula dans le plus grand des professionnalismes. Le "moi ado" allait se montrer plus coriace. Débarquant par surprise en fin de journée après une série d'interviews réalisées pour le site ami ActuaBD, il comptait bien avoir voix au chapitre durant mon dernier rendez-vous de cette Japex : mon "tête à tête" avec Monsieur Kōta Hirano !
Encadré par ses agents japonais et français et un producteur d'Universal Japan, je me retrouvai donc face à un des mangakas les plus marquants de sa génération, voire de tous les temps pour les amateurs de mangas "différents". Avec son premier manga à succès – après plusieurs essais infructueux, notamment dans le hentai –, le cultissime Hellsing, Kōta Hirano avait en effet réussi à insuffler un vent de folie moderne et bordélique dans le genre Seinen (NDLR : mangas pour un public adulte). Hellsing, c'est dès le départ l'envie de n'en faire qu'à sa tête. Déjà avec la déformation du nom Van Helsing pour donner un titre qui claque tout en foulant du pied les règles de l'anglais : "Hell sings" et "Hell song", c'est correct mais Hellsing ça ne veut rien dire. Peu importe, ça envoie ! Ensuite avec un univers peuplé exclusivement d'anti-héros plus ou moins déments. Dans le manga on suit la lutte de l'organisation Hellsing fondée par Abraham Van Helsing et dirigée par sa descendante, l'impitoyable Integra
Les vampires et autres forces menaçant le Royaume d'Angleterre comme, entre autres, l'église catholique et le Vatican sont dans la ligne de mire de l'organisation secrète. Pour combattre le mal par le mal, Hellsing compte dans ses rangs le premier et plus puissant vampire de tous les temps, Dracula. Renommé Alucard dans un souci d'anonymat et d'hommage à la série de jeux vidéo Castelvania, il est introduit au lecteur par le meurtre de Ceras Victoria, une policière anglaise ayant eu le malheur de se trouver entre un vampire et son calibre. Rassurez-vous, la pauvre victime collatérale se voit offrir une nouvelle vie de sous-fifre vampirique via une morsure de notre antihéros. Un deuxième vampire dans l'organisation, qui ne sera pas de trop pour aider Hellsing à repousser les assauts de prêtres psychopathes et de vampires nazis survivants du IIIe Reich.
Rien n'est jamais tout noir ou tout blanc dans Hellsing, les hectolitres de sang répandus par Kōta Hirano se chargeant de donner à cette toile foutraque en nuances de gris des teintes rougeâtres du plus bel effet. Tous les personnages semblent guidés par leur folie ou leur plaisir (souvent les deux à la fois) sans se soucier de la morale. Une recette déjà excellente, sublimée par un Hirano Sensei s'affranchissant avec brio au fil des tomes des toute règle de physique ou d'anatomie pour donner vie à un manga à l'esthétique unique. 

Personnages aux bras démesurés, sourires carnassiers, regards déments, faux raccords, jeux d'ombres surnaturels : encore une fois, Hellsing s'affranchit des normes, tordant les conventions artistiques pour les adapter à son projet plutôt que l'inverse. Après tout, comment l'ordre pourrait rendre justice à un tel chaos ?Lorsque je lui ai posé des questions sur ses influences, l'auteur m'a cité pèle-mêle Akira de Katsuhiro Otomo, la série vampirique Underworld (bien qu'elle soit postérieure aux premiers tomes d'Hellsing) et les films de John Woo. Un trio logique logique au final, dont on retrouve les arômes -plus ou moins subtils- dans Hellsing et son savoureux mélange de nihilisme, de vampires et de fusillades classieuses.
En définitive, Hellsing est une oeuvre dont les imperfections et la démesure font incontestablement le charme. Une sorte de délire décomplexé à la fois bordélique et maîtrisé que je ne peux que recommander aux amateurs d’œuvres uniques.

Mais qui est Kōta Hirano, le père de Hellsing ?

Bio
  • Nom complet : Kōta Hirano
  • Date de naissance : 14/07/1974
  • Nationalité : japonaise

Recette créative
  • Inspirations : films de gangsters, jeux vidéo historiques
  • ingrédients favoris : Ultra-violence, action classieuse, réappropriation fantasmée de l'Histoire


Avant de rencontrer Kōta Hirano, je l'imaginais comme une sorte de punk nihiliste. Ma surprise a donc été totale lorsque je me suis entretenu avec un grand enfant au regard pétillant de vie et de malice. Avec Hellsing, sa première œuvre populaire, puis dans Drifters, l'auteur semble tenter de faire passer directement son imaginaire explosif et hyperactif à ses planches. Cela se traduit par un dessin inimitable, plein de folie mais aussi d'imprécisions. Ce sont d'ailleurs cette folie et ce chaos graphique et scénaristique qui font tout le charme de Hellsing, une œuvre de vampire sombre, brutale et déjantée à découvrir absolument !
Hellsing 
Hellsing
Auteurs : Kōta Hirano (scénario et dessin)
Éditeur : Shōnen Gahōsha (Japon) / Tonkam (France)
Nombre de pages : 200 pages
Date de sortie : 27/08/2004 (France)
Prix : 7,99 €

9.3.16

One-Punch Man : le poing glandu de la justice

Quand on est fan de mangas, on se retrouve forcément face à la confrontation entre la version papier et son adaptation animée avec bien souvent une œuvre originale au-dessus au niveau de la profondeur, voire même du dynamisme (ce qui est un comble pour un média statique). Dans le cas de One-Punch Man, l'affaire est bien plus compliquée, tant les deux versions rivalisent de qualité en exploitant les spécificités de leurs supports. Retour sur le premier tome de la série !

Patate de forain nippon

Comme je l'ai indiqué dans mon "Calendrier de l'Avent Culturel", la série animée One-Punch Man est un de mes coups de cœur de 2015 mais si vous avez visionné ses 12 épisodes, vous savez que je ne me mouille pas trop.
J'attendais donc avec une grosse impatience la publication du manga chez Kurokawa, son dessinateur, Yusuke Murata, étant un de mes artistes préférés de la nouvelle génération de mangakas. Spoilers : le résultat est largement à la hauteur de mes attentes, le découpage et le trait de l'auteur amenant un dynamisme rarement atteints dans un manga, le gif ci-dessous reprenant une scène du tome 2 en est la preuve :

Quand le manga pratique l'autodérision à la perfection

Mais plus qu'une bande dessinée d'action sublimement dessinée, One-Punch Man, c'est aussi un principe scénaristique prenant à contre-pied les clichés habituels des shonens, ces mangas pour adolescents où de gentils héros au cœur pur s'entraînent dur pour combattre des méchants menaçant la Terre : Saitama, le personnage principal de la série est un antihéros glandeur qui joue au super héros parce que ça lui plaît et parce que bosser, le cul vissé derrière un bureau, c'est pas trop son truc. Seul problème, il est devenu tellement puissant (suite à un entraînement déconcertant de simplicité et l'ayant rendu totalement chauve...) qu'il éclate ses ennemis en un seul coup, ce qui l'emmerde royalement.


Avec un personnage principal aussi puissant, on aurait pu craindre de tourner en rond avec un schéma rigolo seulement un temps : "un méchant trop fort arrive/personne n'arrive à le battre/Saitama arrive et le déglingue en un coup/insérer un gag". Rien de tout cela, rassurez-vous One, le scénariste un peu punk de la série, a réussi à bâtir un univers héroïque aussi foutraque que son héros (la galerie de personnages secondaires est d'une richesse et d'un WTF délicieux) et une narration bien plus maîtrisée et hilarante que dans l'adaptation animée qui allait droit à l'action. Dans le manga, l'humour "méta" (NDLR : blagues référencées) touché du doigt dans le dessin animé est omniprésent et exploité à merveille, donnant un aspect encore plus mature à la série qui est d'ailleurs classée dans la catégorie Seinen (mangas plus sérieux et adultes).

Bref, One-Punch Man, c'est drôle et quand ça tape, ça fait pas semblant du tout ! Jetez-vous sur les deux premiers tomes publiés par Kurokawa, ça vous donnera une super patate à défaut d'une super force !

Alors, ça a quel goût One-Punch Man ?

Caractéristiques principales
  • Genre : Seinen, humour, super-héroïque
  • Style graphique : Manga, sublime et dynamique
œuvres similaires
  • BD et romans : Invincible, DeadpoolSuper Dupont
  • Ciné & TV : Megamind, South Park et Dragon Ball Z (oui, oui)
  • Jeux Vidéo : No More Heroes

Irrévérencieux, drôle et super jouissif dans ses scènes d'action, One-Punch Man est un incontournable pour tous ceux, fans de mangas ou non, qui recherchent quelque chose de différent et de frais, loin des schémas habituels vus et revus.



One-Punch Man, tomes 1 et 2
Auteurs : One (scénario), Yusuke Murata (dessin)
Éditeur : Shueisha (Japon) / Kurokawa (France)
Nombre de pages : 190-200 pages
Prix : 6,80 €

17.12.15

Calendrier de l'avent 2015 - jour 11 : One-Punch Man

Si au moment de l'annonce de la diffusion de Dragon Ball Super quelqu'un m'avait dit que je placerai une autre série d'animation japonaise à sa place dans mon calendrier de l'Avent, je lui aurais ri au nez ou provoqué en duel de mousquet pour avoir osé manqué de respect au patron. Mais ça c'était avant. Soyons clairs, Dragon Ball reste le patron, je ne reviendrai jamais là-dessus, JA-MAIS T'ENTENDS ?! Mais face à One-Punch Man, cette suite en demi-teinte (mais loin d'être aussi calamiteuse que ce qu'on peut en dire sur le net) ne fait clairement pas le poids.
OPM c'est LE seinen d'action (NDLR : manga pour un public ado-adulte) nouvelle génération et peut-être même plus encore...
En tant que Goûteur curieux, je zyeutais dès 2010 le phénomène webcomic One-Punch Man retourner les cerveaux de millions de jeunes japonais avec ses pics à 20 000 visiteurs mensuels sur la page web de One, le papa blogueur BD de la série. Je me demandais bien ce qui pouvait générer autant d'engouement, d'autant plus qu'à lépoque, Yusuke Murata (Eyeshield 21) n'était pas encore arrivé au dessin suite à la signature du contrat entre One et la Shueisha (la maison qui publie One Piece et précédemment Dragon Ball) pour en faire un manga publié dans le magazine gratuit en ligne Tonari no Young Jump. J'ai donc d'abord eu droit aux dessins faits avec le cul minimalistes et non traduits du webcomic, ce qui a un peu retardé mon adhésion à la hype de cette série narrant les aventures d'un glandeur revêtant un costume de super héros suite à un "entrainement" qui l'a rendu invincible mais totalement chauve...
Design d'un ennemi : version original de One / version de Yusuke Murata / version animée de Madhouse
Je n'ai donc, comme pas mal de "français", succombé au virus OPM que cette année et, disons-le, j'ai pris mon pied comme rarement devant une série d'animation ! Pourquoi ? Déjà parce que OPM fait écho aux mangas de mon enfance (ceux des 90's) avec des héros couillus et des affrontements bien véners sans bastons de regards chelous et autres cartes pièges. Mais surtout parce que OPM tient autant de Dragon Ball que de Dr Slump mais aussi South Park et des Simpson au final avec un humour subversif et absurde bourré de bonnes grosse références à la pop-culture. C'est un peu comme si l'auteur avait grandi avec les mêmes influences et développé les mêmes goûts "métissés" que pas mal d'entre nous (c'est peut-être le cas d'ailleurs, il est né en 86), le tout servi par une animation aux petits oignons des studios Madhouse (Trigun, la dernière série animée Hunter X Hunter...)! Mais bon, faites-vous votre propre avis, la série est en streaming légal sur la plateforme ADN :


Note très importante : le manga One-Punch Man arrivera en France le 14 janvier prochain aux Éditions Kurokawa. Trop tard pour le mettre sous le sapin, mais vous pouvez le commander, imprimer la couverture du livre et/ou le reçu de la commande et les insérer dans un cadeau factice (Kurokawa vous propose d'ailleurs une marche à suivre avec un beau patron et tout et tout).


Alors, c'est pour quel sapin
One-Punch Man ?

Caractéristiques principales
  • Genre : action, humour absurde
  • Style graphique : manga, shonen
One-Punch Man est aussi délirant qu'épique et répond à un besoin qui n'avait pas été clairement formulé par plusieurs générations de fans de mangas :
avoir une série aussi diversifiée que leurs goûts.

Et puis, une série avec une telle punchline ne peut que devenir légendaire :
"T'es con ou quoi ? Tu détruis des planètes juste parce que tu te fais chier ? Même un fonctionnaire ferait pas ça !"



One-Punch Man
Auteurs du manga : One (scénariste), Yusuke Murata (dessinateur)
Studio d'animation : Madhouse (Shingo Natsume à la rélisation et Tomohiro Suzuki au scénario)
Support : diffusé en streaming légal sur ADN et publié prochainement chez Kurokawa

4.11.15

[News] Publication du premier chapitre de Terra Formars Asimov, le spinoff de Boichi


Séchez vos larmes, vous qui avez appris récemment la fin du manga Sun Ken Rock avec un ultime volume à paraître en janvier 2016 : Terra Formars Asimov, un spinoff du manga SF ultra-violent Terra Formars de Kenichi Tachibana et Yû Sasuga vient de débuter au Japon sous la plume du dessinateur Boichi.

Les lecteurs de la série régulière publiée en France chez Kazé auront certainement compris que la série se concentrera sur cette pince d'Asimov, le charismatique leader de l'équipe russe d'extermination de cafards. Niveau scénario, c'est et Kenji Fujiwara, auteur des romans Terra Formars, qui s'occupe de donner une cohérence au récit. Peu de chances d'accident industriel, donc.

*Sources : Boichi.com et Animeland


Alors, ça s'annonce comment Terraformars Asimov ?

Caractéristiques principales
  • Genre : Manga, science-fiction, action
  • Style graphique : sublime.
Boichi est un dessinateur surdoué coréen qui a choisi d'exercer au Japon. Il est reconnu pour sa tendance à dessiner des nymphettes peu vêtues et pour son découpage cinématographique, des atouts qui annoncent du tout bon visuellement pour Terra Formars Asimov


Terra Formars AsimovAuteurs : Kenji Fujiwara (scénariste en charge des romans Terraformars), Boichi (dessinateur)
Maison d'édition : Shueisha Date de sortie : 04/11/2015 (1er chapitre dans Grand Jump)