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7.7.17

Découvrez Gad ou le secret pour briller en maniant l'humour noir

L'année dernière, je vous présentais Glory Owl le collectif de blagueurs impertinents, aujourd'hui – à l'occasion de sa dédicace du 13 juillet, à la librairie Bulle du Mans – petit coup de projecteur sur Gad et son antihéros Ultimex ! Avis aux amateurs d'humour noir, sans filtre et avec une pointe de bourbon, voici quelques conseils pour faire aussi bien que lui :

Faire passer OSS 117 et Archer pour des enfants de chœur

Si la question "peut-on rire de tout ?" avait été au programme de son épreuve de philo, Gad aurait certainement rendu copie blanche avec uniquement un "haha !" suivi d'un dessin de doigt d'honneur, marqués dessus. Parce que le jeune auteur parisien est – comme sa créature, Ultimex – un homme d'action qui ne s’embarrasse pas de freins à sa créativité. Résultat : un humour d'une noirceur exquise bafouant tous les codes moraux communément admis. Son acolyte, Steve, n'est pas mieux mais cumule, en plus de cela, un caractère assez pathétique. Racisme, consommation de substances illicites, sexualité débridée, violences (physiques et psychologiques)... Dans Ultimex, il y en a pour tous les goûts déviants. Si vous poussez de petits cris outrés face à des l'impertinence de salon des Laurent Baffie et autres Stéphane Guillon, mouillez-vous bien la nuque avant de plonger dans un océan de vitriol :

Sans maîtrise, la nuisance n'est rien : raconter des saloperies, mais avec classe

Le gros problème avec les gens qui pensent bien manier l'humour noir, vient de leur tendance à balancer le plus de propos "choquants" en guettant les réactions outrées de la ménagère. En faisant cela, ils ne valent pas mieux que ceux qui espèrent faire rire à grand renfort de bruits de pets... Dieu merci, Gad n'est pas de cette sous-race ! Avec Ultimex, il a posé l'univers d'un dandy moderne et violent, dont l'amour des belles choses ne s'embarrasse d'aucune morale. Même lorsqu'il sort les pires horreurs, il le fait avec une forme de classe, grâce à des punchlines qui lui vaudraient les félicitations de l'agrégé de lettres classiques le plus rigide.
Un mariage entre raffinement et violence qu'il sublime avec d'autres artistes dans la revue Laudanum rendant hommage à l'esprit classieux du XIXe siècle.

S'entourer d'artistes aussi dérangés brillants que soi-même

Glory Owl Glory Owl, tome 2
Après Laudanum, Gad a prouvé qu'il était un animal social en fondant le collectif Glory Owl en compagnie de Bathroom Quest, Mandrill JohnsonJ. J. Charogne et Chariospirale. Encore une fois, le mot d'ordre était de rire de tout, sans aucunes limites et de la manière la plus absurde possible.
  
 Vous l'aurez compris, en solo ou en groupe, Gad est une bête lorsqu'il s'agit de manier l'humour noir et il ne tient qu'à vous de le vérifier en lisant ses différentes publications ou en venant à la dédicace du 13 juillet prochain à la librairie Bulle. Il adore qu'on lui raconte des blagues lorsqu'il dessine, à vos Carambar™ :
 Achetez Ultimex en enfer !
Sources des planches et couvertures : le blog d'Ultimex, le blog de Glory Owl,

Mais qui est Gad?



Bio
  • Année de naissance : les glorieuses années 80
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : humour absurde, humour noir, dandysme, mélanger mauvais goût et raffinement
Réincarnation d'un auteur français torturé du dix-neuvième siècle (je vous laisse choisir lequel), Gad a choisi de ne pas choisir entre son amour pour les maniement bons mots et celui pour l'humour noir. Un véritable délice pour les amateurs du genre !

6.7.17

Rencontres avec le Label 619 : interview de Florent Maudoux

Avec sa série Freaks' Squeele et ses déclinaisons sur différents supports, Florent Maudoux a prouvé en moins de dix ans qu'il compte parmi auteurs de bandes dessinées les plus talentueux de sa génération, voire même de tous les temps. Lors du dernier festival Quai des Bulles, il s'est livré sur son processus créatif, ses influences et le futur de l'univers de  Freaks' Squeele ! De quoi en savoir plus sur lui et savoir quoi lire avant de vous rendre à l'une de ses dédicaces (si vous allez à Japan Expo, par exemple). Bonne écoute (désolé pour la qualité sonore, due à "l'effervescence" de la salle d'interview de Quai des Bulles...) :

"Ma productivité me vient du piano. J'ai fait 9 ans de piano classique au conservatoire, je pense que ça m'a donné une espèce de rythme, de rigueur de travail, avec ce besoin de savoir reproduire des choses à la demande et pas en fonction de la fatigue...Florent Maudoux
"J'ai bien avancé sur un autre projet sur l'infirmière de Freak's Squeele (...) quand je bosse dessus, j'éprouve vraiment un nouveau plaisir à créer de la BD, ça complète bien le boulot que je fais sur Funérailles." Florent Maudoux
 "Dessiner la femme parfaite c'est devenu facile. Il y a quelque chose de touchant dans la réalité des courbes, des imperfections (...) C'est pas antinomique du tout de montrer de belles femmes qui ont des petits défauts, en cassant les canons de beauté." Florent Maudoux
 "Une BD c'est une magie de petits éléments que tu mets ensemble. Tu n'es pas obligé d'avoir le meilleur scénario ou les meilleurs dessins de la Terre. Si t'as fais quelque chose de manière honnête, au final tu obtiendras peut-être quelque chose qui parlera à son époque." Florent Maudoux
En mettant cette dernière déclaration en parallèle de l'œuvre de Florent Maudoux, l'on peut se dire que s'il n'a peut-être pas les "meilleurs scénarios de la Terre", mais niveau dessin, l'auteur – qui ne cesse de perfectionner un trait tutoyant déjà les sommets – se place facilement parmi les meilleurs artistes de sa génération. Il est donc logique, avec un tel mélange, que la magie émanant de ses différentes œuvres ensorcelle à ce point. Sur ce, je vous laisse découvrir l'univers de Freak's Squeele en vous conseillant ses deux plus belles pépites :
Découvrez Freaks' Squeele Découvrez Funérailles

Sources des croquis, planches et couvertures : Le site du Label 619
(Magnifique) photo de l'auteur : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Mais qui est Florent Maudoux ?

Bio
  • Date de naissance : 3 juillet 1979
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : mélange d'action et d'humour proche des films d'action des 90's, références à la pop culture
À l'aise dans pratiquement tous les styles graphiques et doté de véritables talents de conteur, Florent Maudoux est un créateur virtuose. Il modèle depuis 2008 l'univers riche et captivant de Freaks' Squeele et nous régale à chacune de ses déclinaisons. Vivement la prochaine !

Les influences de Florent Maudoux

BD et romans
  • Les œuvres d'Alan Moore, de Mike Mignola ou encore de Frank Frazetta
  • Les mangas de Naoki Urasawa, de Rumiko Takahashi ou encore de Hiroaki Samura
  • Les romans de George R. R. Martin, de Glen Cook ou encore d'Alain Damasio
    Musique
    • Le rock, la pratique du piano classique au conservatoire durant neuf ans
    Cinéma et séries TV
    • Les films d'action hard boiled des années 80
    Et bien d'autres !

    26.5.17

    Rencontre avec Rafchan, Nikoneda et Mosqi : la team Spunch Comics se livre

    À l'époque où naviguer sur internet était un luxe, je me rendais souvent dans les cyber cafés juste pour suivre les actualités du collectif Ben Bao (leurs fanzines sont maintenant dispos gratuitement en PDF). Des années plus tard, la plupart de ses auteurs sont passés du fanzinat à l'édition professionnelle et trois d'entre eux – Rafchan, Nikoneda et Mosqi – ont décidé de lancer leur propre plateforme de publication de bandes dessinées numériques, Spunch Comics. J'ai pu leur poser quelques questions à propos de cette alternative gratuite et légale.

     " Spunch, c'est un coup de poing dans les parties, c'est rigolo et ça réveille...  Nikoneda
    LGC : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Comment avez-vous rencontré les autres membres de la team Spunch Comics ? Je crois que ça remonte au lycée pour certains...
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Comment et quand est née l'envie de créer Spunch Comics ? Pourquoi ce nom ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
     " (...) je n'ai jamais trouvé que les effets d'animations en BD apportaient autant à l'histoire que ce qu'ils coûtent en temps de réalisation.. Mosqi
    LGC : Niveau techno, comment avez-vous intégré l'utilisation du Turbomedia ? Il n'y a pas d'animations mais cela est-il prévu ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Comment bossez-vous ensemble ? Pas trop dur de gérer les projets perso à côté de cette machine collective ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Vous avez des guests de malade sur Spunch comme l'américain Dan Ciurczak, comment les avez-vous recrutés ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
     " Patreon est un excellent modèle économique pour les artistes indés, même si ça demande beaucoup de maintenance en arrière-plan : communiquer régulièrement, créer des récompenses satisfaisantes, etc. il faut traiter ses soutiens comme des VIP ^^ ! Rafchan
    LGC : Vous avez fonctionné sur la base d'un financement Patreon, pouvez-vous m'en dire plus sur ce système ? Est-il satisfaisant ?
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Vous préparez un projet print à ce que j'ai cru comprendre, pouvez-vous me donner plus de détails ?
    • Rafchan, Nikoneda, Mosqi : On est en train de faire imprimer un beau livre format B5 environ (un peu plus petit que A4) de 100 pages dont une trentaine couleur et environ 70 noir et blanc. L’idée étant de compiler nos illustrations, croquis, textes et surtout, une BD inédite de chaque auteur ! Le livre sera donc composé en trois parties dédiées à chacun des 3 auteurs maison.
    LGC : Quelles sont les plus grandes influences de vos ADN artistiques ? Disons, le top 3 de la création artistique humaine pour chacun d'entre vous ? 
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Nikoneda (cliquez ici)
    • Mosqi : En ce qui me concerne :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    LGC : Et vos derniers coups de cœur ? 
    • Rafchan :
      Ouvrir la réponse de Rafchan(cliquez ici)
    • Nikoneda :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    • Mosqi :
      Ouvrir la réponse de Mosqi (cliquez ici)
    Vous comprenez bien que, vu son emploi du temps serré (le platine de Persona 5, ça prend du temps ^^), j'ai préféré laisser l'équipe montpelliéraine (oui, oui, comme Reno Lemaire) se concentrer sur la réalisation de leur artbook. N'hésitez pas à le commander via la boutique de Spunch Comics !

    Et si vous ne pouvez pas vous passer de "l'odeur du papier", n'hésitez pas à acheter les tomes de Debaser, la série Punk Rock de Rafchan :

    Les tomes 1 à 8, chez Ankama :
    Découvrez Debaser, tomes 1 à 8
    Le tome 9 (et le 10, à venir), sur Lulu, en impression à la demande :
    Découvrez Debaser, tome 9

    Sources planches et couvertures : le site de Spunch Comics, le site du Label 619

    Mais qui sont les membres de la Team Spunch Comics?

    Bio
    • Date de naissance : les glorieuses années 80
    • Nationalité : française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : trait métissé, découpage dynamique, thématiques punk, influences geek
    Rafchan, Nikoneda et Mosqi ont fait leurs premières armes dans le fanzinat BD et font partie des premiers auteurs à partir à la conquête du web. Avec Spunch Comics, ils proposent une alternative aux plateformes traditionnelles,  gratuite et particulièrement adaptée à la lecture  numérique.

    Les œuvres cultes de la team Spunch Comics

    • Rafchan : les travaux d' Hiroyuki Imaishi, d'Eichiro Oda, de Jim Mahfood, de Jhonen Vasquez, de Mike Mignola...
    • Nikoneda : les travaux de Rumiko Takahashi, de Yoshizaki Mine, de Tow Nakasaki
    • Mosqi : FuliCuli, Noritaka, Evil Cult

    19.5.17

    Rencontres avec le Label 619 : Mathieu Bablet, le conteur mélancolique

    Aussi vrai qu’en lançant un film de Tarantino, l’on s’expose à quelques projections de sang, l’on peut être sûr que refermer une bande dessinée de Mathieu Bablet signifie passer par un panel de sentiments oscillant subtilement entre tristesse et joie. Retour sur l’itinéraire de l’un des plus jeunes prodiges de l'écurie Ankama / Label 619.

    Un conteur mélancolique

    Qu’il s’agisse du récit post apocalyptique La Belle mort, du road trip philosophique Adrastée ou plus récemment de la SF d’anticipation de Shangri-La, Mathieu Bablet semble s’être plus spécialisé dans les récits aux conclusions douces amères que dans les happy endings. Tel un tragédien grec, il dépeint des « héros » luttant tant bien que mal pour se soustraire à des destinées sûrement tracées par des divinités taquines.  Le lecteur se retrouve donc porté par la douce mélancolie qui se dégage des pages des différentes bandes dessinées de l’auteur, avec leurs moments de poésie pure et fatalisme terre à terre.

    La couleur des sentiments

     Mais ne nous focalisons pas sur l’arrivée, chez Monsieur Bablet, il n’est rien de moins important que les voyages et ceux de ses personnages, aussi bien réels que métaphoriques témoignent de la maîtrise narrative de l’auteur. Les scènes de contemplation et les dialogues sobres mais percutants, s’enchaînent, servis par un trait et une mise en couleurs virtuoses.

    En 4 albums et quelques histoires courtes dessinées pour le magazine Doggybags, à chaque fois chez AnkamaMathieu Bablet a développé une patte graphique inimitable et une véritable science quand il s’agit de composer des décors à couper le souffle. Le site Geek-Art s’y est pas trompé et lui a ainsi commandé une illustration pour célébrer la sortie du jeu Zelda : Breath of the Wild. Un résultat à couper le souffle :

    Toujours plus loin dans la créativité

    Créatif curieux et touche à tout, Mathieu Bablet s’est également essayé à quelques expérimentations pour la sortie de son dernier bébé, Shangri-La. Vous pouvez donc lire une histoire bonus en turbomédia et égayer votre bibliothèque avec une figurine imprimée en 3D, toutes les deux dédiées à John, l’attachant chien anthropomorphe. N’hésitez d’ailleurs pas à en commander une à l’auteur, elles sont d’un prix extrêmement abordable, vu les détails de finition et le statut collector que leur octroie leur faible nombre d’impression. Pour ma part, la mienne trône fièrement à côté de mon exemplaire de Shangri-La. :)
    Pour finir, je me permets de glisser qu’en plus d’être ultra talentueux, Mathieu Bablet est un homme d’une gentillesse folle dont la voix ne fait qu’appuyer la douceur du caractère, mais ça, je vous laisse le soin de le découvrir en festival ou via son interview réalisée par l'ami Sullivan Rouaud sur 9eme Art. De mon côté, je vous invite juste à vous procurer ses pépites dessinées et en particulier Shangri-La et Adrastée :
    Découvrez Adrastée Découvrez Shangri-La 
    Sources des planches et couvertures : Geek-Art.net, le site du Label 619, le blog de Mathieu Bablet

    Mais qui est Mathieu Bablet ?



    Bio
    • Année de naissance : 1987
    • Nationalité : française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : Sensibilité, mélancolie, onirisme, questions existentielles, couleurs envoûtantes,...
    En plus d'être un prodige du dessin, Mathieu Bablet est un conteur hors-pair capable d'insuffler une dimension poétique et sensible à tous les sujets qu'il aborde, du post-apocalyptique au récit mythologique.

    11.5.17

    Reno Lemaire : Montpellier, terre de rêve(s)

    En 2006, je passais mon bac et les éditions Pika publiaient le premier tome de Dreamland, un manga dans lequel le personnage principal devait se démêler entre vie lycéenne classique et aventures palpitantes au pays de rêves. Une décennie plus tard, j'en ai fini avec les études, mais Reno Lemaire, continue de vendre du rêve à ses lecteurs. Décryptage de la recette du succès de ce manga français !

    Une œuvre originale, propre à l'auteur

    Reno Lemaire a été biberonné aux mangas comme la plupart des auteurs de son âge et cela se sent dans son style nerveux et métissé proche multipliant les déformations et effets de perspectives à la One Piece. Pourtant, point de villages ninjas ou de chasses aux Yokaïs (esprits traditionnels japonais) dans son manga : l'histoire de Dreamland se déroule en France, ses héros vivent à Montpellier – la ville de l'auteur – et leurs préoccupations parlent aux jeunes lecteurs ou ont un goût de nostalgie pour les plus vieux. La journée, Terrence, le héros, va au lycée, mange des kébabs et fait des plans pour séduire Lydia, son "crush". La nuit, il vit des aventures explosives en compagnie d'autres voyageurs, ces rêveurs qui – après avoir vaincu leurs peurs – parcourent leurs rêves de manière consciente.

    Une véritable mythologie étendue

    Royaumes, conflits, artefacts légendaires, figures mythiques... Au fil des tomes et des éléments glissés par l'auteur, Dreamland s'est construit une véritable mythologie qui pourrait donner naissance à bien des spin-offs. Si Reno Lemaire a bien une caractéristique en commun avec Eichiro Oda (le papa de One Piece), c'est la capacité à amener le lecteur dans son univers et de lui donner envie de regarder derrière chaque pierre. On appelle cela "la suspension consentie d'incrédulité" et cela permet de plonger pleinement dans un récit. L'auteur montpelliérain pose ainsi les briques d'une réalité qui trouve ses racines dans la nôtre mais qui se poursuit au sein des rêves de ses personnages. Un choix judicieux : plus encore que les océans, les rêves n'ont aucunes limites...
    Un aperçu de la carte de Dreamland, dans le tome 14 du manga

    Une constante progression graphique

    Entre la sortie du premier tome et le moment où j'écris ces lignes, le style de Reno Lemaire n'a eu de cesse d'évoluer. Si l'on pouvait reprocher des gestions de proportions et perspectives parfois hasardeuses aux premiers tomes, l'auteur a très vite digéré ses influences pour régaler ses lecteurs d'un trait dynamique capable de faire ressentir l'impact des coups ou la détresse et la joie de ses personnages.
      
    Il reste tant de choses à aborder à propos du riche univers de Dreamland, mais cet article risque d'être bien trop long et il y a des questions auxquelles je n'ai pas les réponses... Du coup, je vous propose plutôt d'assister à l'interview Facebook Live de Reno Lemaire sur la page de la librairie Bulle, le mercredi 17 mai prochain (n'hésitez pas à me transmettre vos questions, ici). Et s'il vous manque des tomes de la série :
     Découvrez tous les tomes de Dreamland
    Sources des planches et couvertures : le site des éditions Pika, le forum Dreamland-manga

    Mais qui est Reno Lemaire ?



    Bio
    • Année de naissance : 03/10/1979
    • Nationalité : française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : dynamisme, univers étendus, humour, action, aventure....
    En assimilant les codes japonais tout en restant fidèle à ses origines françaises, Reno Lemaire a contribué à donner ses lettres de noblesse au manga français. Travailleur acharné il n'a de cesse de faire gagner sa série en qualité et en profondeur.

    9.5.17

    Fabien Toulmé : de la maladie à l'amour

    Fabien Toulmé a – en seulement deux albums – conquis le public grâce à un style narratif unique. À l'occasion de sa venue à la libraire Bulle, au Mans, pour la dédicace de son nouvel album Les Deux vies de Baudouin, je vous présente la "signature" de cet ingénieur devenu dessinateur de BD.

    Diagnostiques déclencheurs

    Qu'il s'agisse de son cas personnel dans son premier album Ce n'est pas toi que j'attendais ou de celui raconté dans Les Deux vies de Baudouin, la "maladie" est l'élément déclencheur commun. La trisomie 21 de Julia, la fille de Fabien Toulmé et la maladie mortelle diagnostiquée à Baudouin sont en effet les points de départ de magnifiques aventures humaines. Des accidents dans la "normalité" de leurs existences qui leur permettront au final de révéler ce qu'il y a de meilleur en eux, tout en donnant envie au lecteur de faire de même.

    Pas un héros

    Si les histoires de Fabien Toulmé font autant mouche, c'est sûrement parce qu'il privilégie un réalisme pudique au sensationnalisme tape-à-l'œil. Il aurait pourtant pu céder aux sirènes du pathos vu les thématiques abordées pour concerner de force le lecteur et lui arracher des larmes, à l'image de ces films dramatiques où des musiques tristes se déclenchent intempestivement. À la place, il choisit – avec son trait naïf maîtrisé – de raconter les faits dans tout ce qu'ils ont de plus ordinaire. L'auteur dresse ainsi les portraits de personnages définitivement proches de nous : nous sommes tous des Fabien et des Baudouin en puissance et les regards posés sur les "malades" en couvertures des bandes dessinées, ce sont les nôtres. Qui parmi nous n'a jamais été terrifié par l'idée d'affronter l'imprévu, de voir sa petite routine modifiée ?

    Vous l'aurez compris, Ce n'est pas toi que j'attendais et Les Deux vies de Baudouin sont des petits bijoux publiés par les éditions Delcourt, et je vous encourage chaudement à les découvrir :
    Découvrez Ce n'est pas toi que j'attendais Découvrez Les Deux vies de Baudouin 
    Concerné par la question, Fabien Toulmé a également illustré une brochure répondant aux questions concernant la trisomie 21, pour l'organisme canadien Regroupement pour la Trisomie 21.
     Lisez gratuitement les 21 Questions sur la Trisomie 21
    Si tout se passe bien, je devrais pouvoir interviewer Fabien Toulmé, ce vendredi 12 avril 2017. J'en profiterai pour lui poser quelques questions, notamment sur son rapport à la musique (omniprésente dans ses œuvres). Que vous habitiez ou non au Mans, je vous invite donc à rester à l'affût en surveillant la page Facebook de la librairie Bulle, vous pourriez avoir une petite surprise ;).
    Sources des planches et couvertures : le blog de Fabien Toulmé et le site des Éditions Delcourt

    Mais qui est Fabien Toulmé ?




    Bio
    • Année de naissance : 1980
    • Nationalité : française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : réalisme, tranches de vie, remises en question personnelles
    Fabien Toulmé réussi à toucher les lecteurs en abordant avec justesse des thématiques fortes. Après avoir dessiné son expérience de parent d'enfant trisomique, il continue dans les chamboulements avec l'histoire fictive de Baudouin, un trentenaire qui apprend qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre.

    26.10.16

    Arno Monin, l'interview : découvrez le dessinateur de L'Adoption

    Du 28 au 30 octobre 2016, le festival Quai des Bulles attirera dans la belle ville de Saint-Malo, des fans de bandes dessinées du monde entier pour un des salons BD les plus familiaux. Sur place, outre la possibilité de se faire péter la panse au Timothy, Quai des Bulles permet en effet de rencontrer de fabuleux auteurs et d'échanger avec eux, le temps d'une dédicace. Cette année, je vous invite à rendre visite au dessinateur Arno Monin sur le stand Bamboo pour lui faire dédicacer votre tome de L'Adoption (en lice pour le Prix des lecteurs Ouest-France / Quai des Bulles 2016)... Quoi, comment, vous ne connaissez ni l'un, ni l'autre ? On va tâcher de corriger cela avec cette interview de cet artiste adorable, réalisée lors de son passage à la librairie Bulle du Mans.
    "Au début, je voulais faire des masses de gris, puis la couleur a pris plus de place car je voulais changer de manière de procéder pour ce septième album" Arno Monin
    LGC : Bonjour, avant de commencer les questions sérieuses, juste une chose : Gabriel, c'est François Berléand ou pas ?
    Monin : Non, je ne me suis pas inspiré de lui. Je n'ai pas eu d'influences constantes pour créer mes personnages en fait. Je fais plusieurs propositions et compositions de design et je garde celles qui me plaisent. Le personnage m'a évoqué l'idée d'une construction autour du nez et des lunettes car elles dissimulent les émotions et que ça devait être un personnage bourru. 
    LGC : Comment avez-vous été embarqué sur ce projet par Zidrou ?
    Monin : En fait, 6 mois avant de boucler un projet, je commence à prospecter pour l'album suivant. Zidrou m'a fait le cadeau génial de me proposer de bosser dessus. La thématique de l'adoption a été un déclencheur, même si je ne suis pas concerné personnellement par elle. 
    LGC : Quelle est votre méthode de travail ? Avez-vous fait des recherches documentaires ?
    Monin : Je reçois le scénario abouti puis j'optimise un peu le découpage de l'écriture intuitive de Zidrou. Il me laisse pas mal de liberté et je tâtonne en solo avant de lui envoyer des propositions finalisées. Les tâtonnements sont surtout techniques d'ailleurs. Au début, je voulais faire des masses de gris, puis la couleur a pris plus de place car je voulais changer de manière de procéder pour ce septième album. Je n'ai par contre pas fait de recherches documentaires.
     "j'ai donc fait deux ans d'école de dessin tout en démarchant sur les stands des éditeurs à Quai des Bulles. Hervé Richer de Grand Angle a été le premier à accrocher et depuis on ne s'est plus lâchés. Arno Monin
    LGC : Les personnages sont super expressifs dans la BD, comment avez-vous procédé ?
    Monin : Pour l'expressivité de la petite fille, je me suis basé sur des roughs d'animation Disney avec leurs traits plus sales, hésitants et sensibles. ça permet de se rapprocher de la fluidité de l'animation, aussi. 
    LGC : Que pouvez-vous me dire de l'écriture et du dessin du tome 2 ? Est-il déjà en chantier ?
    Monin : Oui, nous l'avons débuté en janvier et il en est à plus de la moitié. Il abordera le Pérou, comme on s'y attend et la thématique y sera précisée et resserrée. J'ai fait une pause deux en un dans son dessin pour m'y rendre. ça m'a permis de me documenter en douceur sur place : je me moque qu'on ne reconnaisse pas les rues à l'identique, je préfère réaliser des compositions qui me plaisent plutôt que des dessins documentaires. 
    LGC : Avez-vous déjà songé avec Zidrou à une adaptation ciné ou TV ? L'histoire s'y prête parfaitement, je trouve... Et en plus j'ai déjà trouvé l'acteur parfait pour incarner Gabriel (François Berléand)
    Monin : Effectivement, l'histoire s'y prête mais c'est à l'éditeur de s'en occuper. Si ça se fait, je serai vraiment intéressé par la réalisation de storyboards. 
    LGC : Et sinon, quel a été votre parcours pour devenir professionnel de la bande dessinée ?
    Monin : Comme pas mal d'enfants, j'ai beaucoup dessiné au lycée, j'ai même fait des dessins dans le journal de l'école. A la sortie du lycée, j'ai fait un passage en fac d'histoire de l'art mais j'avais le désir de pratiquer. j'ai donc fait deux ans d'école de dessin tout en démarchant sur les stands des éditeurs à Quai des Bulles. Hervé Richer de Grand Angle a été le premier à accrocher et depuis on ne s'est plus lâchés. 
    LGC : Oui, je vois que c'est une vraie histoire d'amour entre Grand Angle et vous avec sept albums publiés chez eux. Vous n'avez pas l'envie de travailler pour un autre éditeur ?
    Monin : Pour l'instant, ce sont eux qui me font les meilleures propositions niveau projets et conditions. C'est une maison plutôt ouverte dans son catalogue et dans ses idées.

    LGC : Je crois que vous êtes Nantais, travaillez-vous sur place ?
    Monin : Oui, au studio de La Baie noire, partagé avec des architectes. 
    LGC : Quelles ont été vos principales sources d'inspiration ? Vos œuvres cultes ?
    Monin : Mes premières BD furent humoristiques, mon père était collectionneur et j'ai donc baigné dedans même si maintenant ce n'est plus mon registre. J'ai été à bloc sur les artbooks d'animation et de chara-design quand j'étais à la fac. Je suis fan de Frederik Peeters (Koma, L'Odeur des garçons affamés, Lupus...), j'ai baigné également dans les travaux de Cyril Pedrosa quand j'étais étudiant, de Claire Wendling (Les Lumières de l'Amalou) et de Matthieu Bonhomme pour son travail sur Le Marquis d'Anaon. Bien sûr il y en a encore d'autres comme Blutch et Blain ou le Peter Pan de Loisel qui m'ont aussi pas mal inspiré. Niveau mangas je suis un grand fan d'Urasawa et d'Otomo pour Akira et Domo. Je me suis pris une grosse claque par Oldboy, d'abord en film, puis en manga. Par contre, je n'ai jamais essayé d'être dans un style propre et j'ai toujours dessiné au feeling, même si je pense que tous ces ingrédients se sont mélangés au final.  
    LGC : Pouvez-vous nous donner vos tuyaux de dessinateur ?
    Monin : Je fais énormément de tests de composition avant de finaliser une scène. "Les Gégés" ont eu des dizaines de têtes : j'ai "tourné les scènes avec des acteurs différents" puis j'ai "rustiné". Je tâtonne pour la couleur avec un travail de barbouillage sur ma Cintiq. Je dessine d'abord, je scanne, je nettoie le dessin puis je fais la colo sur Photoshop.

    LGC : Vous êtes accro à un autre média que la BD ? Le cinéma ? La musique ?
    Monin : Je suis un gros cinéphile, j'assiste souvent aux Master Classes du Forum des Images. C'est là que je fais mon marché. Récemment, j'ai découvert Une Femme coréenne et Poetry. Je suis aussi fan de classiques comme Un Singe en hiver ou Le Voleur de bicyclettes. J'adore discuter et prendre des notes de mes échanges avec d'autres cinéphiles. J'écoute tout le temps de la musique et la version live de What will you say de Jeff Buckley tourne souvent en boucle sur Youtube quand je dessine. Je suis assez éclectique et j'adore découvrir de nouvelles œuvres mais j'ai le temps comme limite (rires).
    Il n'en fallait pas plus pour que je l'embarque dans une petite discussion ciné fort plaisante où nous parlâmes notamment de notre coup de cœur commun pour The Lobster et son traitement atypique. Au cours de l'échange, je lui vendis également les films The Raid de Gareth Evans.

    Bref, si vous êtes en train de préparer votre valise pour le festival Quai des Bulles, n'hésitez pas à y mettre ces quelques ouvrages d'Arno Monin pour lui demander une petite dédicace sur le stand Bamboo :
    Découvrez Merci Découvrez l'Adoption, tome 1
    Sources planches et couvertures : le blog d'Arno Monin, Bédéthèque et le site de Grand Angle

    Mais qui est Arno Monin ?

    Bio
    • Date de naissance : 06 novembre 1981
    • Nationalité : française
    Recette créative
    • ingrédients favoris : la tendresse
    Disposant d'un trait expressif, Arno Monin est un artiste éclectique dont l'amour pour les différentes formes d'art influence les travaux, encore aujourd'hui, qu'il s'agisse de cinéma ou de musique. Son duo créatif avec le scénariste Zidrou fait des étincelles et ils nous ont offert récemment le touchant dyptique L'Adoption publié dans la collection Grand Angle de Bamboo.

    Les œuvres cultes d'Arno Monin

    BD
    • Le Peter Pan de Loisel
    • Les œuvres de Claire Wendling
    • Les œuvres de Frederik Peeters
      et tant d'autres...
    Musique
    • What will you say de Jeff Buckley
    Cinéma et séries TV
    • Un Singe en hiver
    • Le Voleur de bicyclette