Découvrez-en plus sur les projets de Ronan Toulhoat

Je vous présente régulièrement un créateur car sans eux, pas de magie !

Focus Giannis Milonogiannis

Interview de Giannis Milonogiannis

Critique Le Monde à tes pieds

La critique d'un des meilleurs romans graphiques de l'année 2017

Focus on Collaboration horizontale

Carole Maurel et Navie vous parlent de leur Collaboration horizontale

Dernier Créateur

Je vous présente régulièrement un créateur car sans eux, pas de magie !

Focus on Julien Carette

Découvrez Julien Carette

Portrait de Chance The Rapper

Découvrez le meilleur rappeur du moment

Dernière News

Je vous débrieffe l'actualité chaude et bouillante !

Découvrez Arno Monin

Interview du dessinateur de L'Adoption

Olivier Fallaix présente Crunchyroll

Présentation de Crunchyroll par Olivier Fallaix;

Dernière critique

J'ai goûté à un livre / film / jeu vidéo / album etc. je vous dis ce que j'en pense, sans langue de bois !

Focus Bulle

Les interviews des membres de l'équipe de la librairie Bulle

Affichage des articles dont le libellé est Les créateurs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les créateurs. Afficher tous les articles

3.6.17

Les Twin Twin reviennent des USA avec l'énervé Sound System !

Que fait un groupe quand il disparaît quelques années – trois, dans le cas de Twin Twin – pour ensuite réapparaître avec un nouvel album ? Ses musiciens vendent-ils leur âme à la manière d'un Tommy Johnson pour revenir plus flamboyants que jamais ? On est en tout cas tentés de le croire quand résonnent les premières notes de Sound System, leur dernier single :

Quasiment punk, flirtant avec le hip-hop et définitivement énervé, ce nouveau titre augure d'un album explosif produit par Jillionnaire (le membre le plus chevelu du groupe Major Lazer) et Richie Beretta. Pour ma part, j'ai hâte de voir le clip – prévu pour le 9 juin – mettant en images ces paroles que n'auraient pas reniés Les Garçons Bouchers.

Mais... ce nom me dit quelque chose, ils avaient pas finis derniers à l'Eurovision ?

Si, si, c'était en 2014, avec la chanson Moustache mais c'était une tout autre zumba !
Depuis cette... "expérience", le groupe est parti à New York pour retrouver la flamme et composer un nouvel album. Bilan du voyage : une rencontre avec Jillionaire et une websérie composée de 10 épisodes au format proche de celui de la série Bref., disponible sur YoutubePréparez-vous à découvrir une sorte de making-of/road-trip musical déjanté avec, en toile de fond, la scène musicale new-yorkaise :

Crédit photo : la page Facebook de Twin Twin

19.5.17

Rencontres avec le Label 619 : Mathieu Bablet, le conteur mélancolique

Aussi vrai qu’en lançant un film de Tarantino, l’on s’expose à quelques projections de sang, l’on peut être sûr que refermer une bande dessinée de Mathieu Bablet signifie passer par un panel de sentiments oscillant subtilement entre tristesse et joie. Retour sur l’itinéraire de l’un des plus jeunes prodiges de l'écurie Ankama / Label 619.

Un conteur mélancolique

Qu’il s’agisse du récit post apocalyptique La Belle mort, du road trip philosophique Adrastée ou plus récemment de la SF d’anticipation de Shangri-La, Mathieu Bablet semble s’être plus spécialisé dans les récits aux conclusions douces amères que dans les happy endings. Tel un tragédien grec, il dépeint des « héros » luttant tant bien que mal pour se soustraire à des destinées sûrement tracées par des divinités taquines.  Le lecteur se retrouve donc porté par la douce mélancolie qui se dégage des pages des différentes bandes dessinées de l’auteur, avec leurs moments de poésie pure et fatalisme terre à terre.

La couleur des sentiments

 Mais ne nous focalisons pas sur l’arrivée, chez Monsieur Bablet, il n’est rien de moins important que les voyages et ceux de ses personnages, aussi bien réels que métaphoriques témoignent de la maîtrise narrative de l’auteur. Les scènes de contemplation et les dialogues sobres mais percutants, s’enchaînent, servis par un trait et une mise en couleurs virtuoses.

En 4 albums et quelques histoires courtes dessinées pour le magazine Doggybags, à chaque fois chez AnkamaMathieu Bablet a développé une patte graphique inimitable et une véritable science quand il s’agit de composer des décors à couper le souffle. Le site Geek-Art s’y est pas trompé et lui a ainsi commandé une illustration pour célébrer la sortie du jeu Zelda : Breath of the Wild. Un résultat à couper le souffle :

Toujours plus loin dans la créativité

Créatif curieux et touche à tout, Mathieu Bablet s’est également essayé à quelques expérimentations pour la sortie de son dernier bébé, Shangri-La. Vous pouvez donc lire une histoire bonus en turbomédia et égayer votre bibliothèque avec une figurine imprimée en 3D, toutes les deux dédiées à John, l’attachant chien anthropomorphe. N’hésitez d’ailleurs pas à en commander une à l’auteur, elles sont d’un prix extrêmement abordable, vu les détails de finition et le statut collector que leur octroie leur faible nombre d’impression. Pour ma part, la mienne trône fièrement à côté de mon exemplaire de Shangri-La. :)
Pour finir, je me permets de glisser qu’en plus d’être ultra talentueux, Mathieu Bablet est un homme d’une gentillesse folle dont la voix ne fait qu’appuyer la douceur du caractère, mais ça, je vous laisse le soin de le découvrir en festival ou via son interview réalisée par l'ami Sullivan Rouaud sur 9eme Art. De mon côté, je vous invite juste à vous procurer ses pépites dessinées et en particulier Shangri-La et Adrastée :
Découvrez Adrastée Découvrez Shangri-La 
Sources des planches et couvertures : Geek-Art.net, le site du Label 619, le blog de Mathieu Bablet

Mais qui est Mathieu Bablet ?



Bio
  • Année de naissance : 1987
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : Sensibilité, mélancolie, onirisme, questions existentielles, couleurs envoûtantes,...
En plus d'être un prodige du dessin, Mathieu Bablet est un conteur hors-pair capable d'insuffler une dimension poétique et sensible à tous les sujets qu'il aborde, du post-apocalyptique au récit mythologique.

11.5.17

Reno Lemaire : Montpellier, terre de rêve(s)

En 2006, je passais mon bac et les éditions Pika publiaient le premier tome de Dreamland, un manga dans lequel le personnage principal devait se démêler entre vie lycéenne classique et aventures palpitantes au pays de rêves. Une décennie plus tard, j'en ai fini avec les études, mais Reno Lemaire, continue de vendre du rêve à ses lecteurs. Décryptage de la recette du succès de ce manga français !

Une œuvre originale, propre à l'auteur

Reno Lemaire a été biberonné aux mangas comme la plupart des auteurs de son âge et cela se sent dans son style nerveux et métissé proche multipliant les déformations et effets de perspectives à la One Piece. Pourtant, point de villages ninjas ou de chasses aux Yokaïs (esprits traditionnels japonais) dans son manga : l'histoire de Dreamland se déroule en France, ses héros vivent à Montpellier – la ville de l'auteur – et leurs préoccupations parlent aux jeunes lecteurs ou ont un goût de nostalgie pour les plus vieux. La journée, Terrence, le héros, va au lycée, mange des kébabs et fait des plans pour séduire Lydia, son "crush". La nuit, il vit des aventures explosives en compagnie d'autres voyageurs, ces rêveurs qui – après avoir vaincu leurs peurs – parcourent leurs rêves de manière consciente.

Une véritable mythologie étendue

Royaumes, conflits, artefacts légendaires, figures mythiques... Au fil des tomes et des éléments glissés par l'auteur, Dreamland s'est construit une véritable mythologie qui pourrait donner naissance à bien des spin-offs. Si Reno Lemaire a bien une caractéristique en commun avec Eichiro Oda (le papa de One Piece), c'est la capacité à amener le lecteur dans son univers et de lui donner envie de regarder derrière chaque pierre. On appelle cela "la suspension consentie d'incrédulité" et cela permet de plonger pleinement dans un récit. L'auteur montpelliérain pose ainsi les briques d'une réalité qui trouve ses racines dans la nôtre mais qui se poursuit au sein des rêves de ses personnages. Un choix judicieux : plus encore que les océans, les rêves n'ont aucunes limites...
Un aperçu de la carte de Dreamland, dans le tome 14 du manga

Une constante progression graphique

Entre la sortie du premier tome et le moment où j'écris ces lignes, le style de Reno Lemaire n'a eu de cesse d'évoluer. Si l'on pouvait reprocher des gestions de proportions et perspectives parfois hasardeuses aux premiers tomes, l'auteur a très vite digéré ses influences pour régaler ses lecteurs d'un trait dynamique capable de faire ressentir l'impact des coups ou la détresse et la joie de ses personnages.
  
Il reste tant de choses à aborder à propos du riche univers de Dreamland, mais cet article risque d'être bien trop long et il y a des questions auxquelles je n'ai pas les réponses... Du coup, je vous propose plutôt d'assister à l'interview Facebook Live de Reno Lemaire sur la page de la librairie Bulle, le mercredi 17 mai prochain (n'hésitez pas à me transmettre vos questions, ici). Et s'il vous manque des tomes de la série :
 Découvrez tous les tomes de Dreamland
Sources des planches et couvertures : le site des éditions Pika, le forum Dreamland-manga

Mais qui est Reno Lemaire ?



Bio
  • Année de naissance : 03/10/1979
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : dynamisme, univers étendus, humour, action, aventure....
En assimilant les codes japonais tout en restant fidèle à ses origines françaises, Reno Lemaire a contribué à donner ses lettres de noblesse au manga français. Travailleur acharné il n'a de cesse de faire gagner sa série en qualité et en profondeur.

9.5.17

Fabien Toulmé : de la maladie à l'amour

Fabien Toulmé a – en seulement deux albums – conquis le public grâce à un style narratif unique. À l'occasion de sa venue à la libraire Bulle, au Mans, pour la dédicace de son nouvel album Les Deux vies de Baudouin, je vous présente la "signature" de cet ingénieur devenu dessinateur de BD.

Diagnostiques déclencheurs

Qu'il s'agisse de son cas personnel dans son premier album Ce n'est pas toi que j'attendais ou de celui raconté dans Les Deux vies de Baudouin, la "maladie" est l'élément déclencheur commun. La trisomie 21 de Julia, la fille de Fabien Toulmé et la maladie mortelle diagnostiquée à Baudouin sont en effet les points de départ de magnifiques aventures humaines. Des accidents dans la "normalité" de leurs existences qui leur permettront au final de révéler ce qu'il y a de meilleur en eux, tout en donnant envie au lecteur de faire de même.

Pas un héros

Si les histoires de Fabien Toulmé font autant mouche, c'est sûrement parce qu'il privilégie un réalisme pudique au sensationnalisme tape-à-l'œil. Il aurait pourtant pu céder aux sirènes du pathos vu les thématiques abordées pour concerner de force le lecteur et lui arracher des larmes, à l'image de ces films dramatiques où des musiques tristes se déclenchent intempestivement. À la place, il choisit – avec son trait naïf maîtrisé – de raconter les faits dans tout ce qu'ils ont de plus ordinaire. L'auteur dresse ainsi les portraits de personnages définitivement proches de nous : nous sommes tous des Fabien et des Baudouin en puissance et les regards posés sur les "malades" en couvertures des bandes dessinées, ce sont les nôtres. Qui parmi nous n'a jamais été terrifié par l'idée d'affronter l'imprévu, de voir sa petite routine modifiée ?

Vous l'aurez compris, Ce n'est pas toi que j'attendais et Les Deux vies de Baudouin sont des petits bijoux publiés par les éditions Delcourt, et je vous encourage chaudement à les découvrir :
Découvrez Ce n'est pas toi que j'attendais Découvrez Les Deux vies de Baudouin 
Concerné par la question, Fabien Toulmé a également illustré une brochure répondant aux questions concernant la trisomie 21, pour l'organisme canadien Regroupement pour la Trisomie 21.
 Lisez gratuitement les 21 Questions sur la Trisomie 21
Si tout se passe bien, je devrais pouvoir interviewer Fabien Toulmé, ce vendredi 12 avril 2017. J'en profiterai pour lui poser quelques questions, notamment sur son rapport à la musique (omniprésente dans ses œuvres). Que vous habitiez ou non au Mans, je vous invite donc à rester à l'affût en surveillant la page Facebook de la librairie Bulle, vous pourriez avoir une petite surprise ;).
Sources des planches et couvertures : le blog de Fabien Toulmé et le site des Éditions Delcourt

Mais qui est Fabien Toulmé ?




Bio
  • Année de naissance : 1980
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : réalisme, tranches de vie, remises en question personnelles
Fabien Toulmé réussi à toucher les lecteurs en abordant avec justesse des thématiques fortes. Après avoir dessiné son expérience de parent d'enfant trisomique, il continue dans les chamboulements avec l'histoire fictive de Baudouin, un trentenaire qui apprend qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre.

27.4.17

Rencontres avec le label 619 : interview de Guillaume Singelin

Freak's Squeele, Shangri-La, Mutafukaz, The Grocery, Debaser ou encore le magazine Doggybags : en onze ans, le Label 619 est incontestablement devenu le réservoir à pépites de la maison d'édition Ankama. Son patron, Run a su en effet s'entourer d'une véritable armée de (plus ou moins) jeunes auteurs, les aidant à faire exploser leur potentiel via des publications à la hauteur de leur talent. J'ai eu la chance d'en rencontrer quelques-uns et je vais vous proposer d'en savoir plus sur ces supernovas de la bande dessinée via une série d'interviews et de portraits.
Aujourd'hui, honneur à Guillaume Singelin avec une interview audio et un portrait de ce prodige qui utilise les réseaux sociaux à la perfection pour promouvoir son travail. Lancez l'écoute et découvrez son étourdissant univers graphique ci-dessous :


"J'ai quasiment eu tous mes boulots grâce aux réseaux sociaux, pour moi c'est hyper important, c'est une carte de visite de luxe.Guillaume Singelin
"Pour PTSD, j'avais un univers visuel en tête, des personnages (...) C'est un gros projet marathon qui m'a pris une année d'écriture." Guillaume Singelin 
 "Je pense qu'il n'y a plus de sens de parler de manga, de comics et de franco-belge. Maintenant il y a une BD mondiale où tout le monde a des influences un peu partout, c'est un gros melting pot !" Guillaume Singelin

 "Je suis un gros fan de Metal Gear Solid, (...) la série Dark Souls / Bloodborne, est un super univers qui donne envie dessiner du fantastique et du médiéval" Guillaume Singelin
Si l'énergie de Singelin est orientée Outre-Atlantique sur son projet PTSD, l'auteur a quand même trouvé le temps de signer une sublime couverture pour le quatrième numéro de Puta Madre, le génialissime spin-off de Mutafukaz scénarisé par Run et dessiné par Neyef.

Pour découvrir le travail de Singelin, en français, je vous encourage à acheter d'urgence The Grocery ainsi que les Doggybags auxquels il a participé, à commencer par le premier numéro :
Découvrez The Grocery Découvrez Doggybags 
Et sans vouloir vous pousser davantage à l'achat, je vous propose de jeter également un œil à ses sketchbooks en import blindés de pépites graphiques (et créatures de rêves) :
Découvrez Junky Découvrez Doggybags 
Sources des croquis, planches et couvertures : le Tumblr de Singelin et Le site du Label 619

Mais qui est Guillaume Singelin ?

Bio
  • Date de naissance : 10 janvier 1987
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : personnages féminins de caractère,  trait dynamique, couleurs chaudes
Avec son style mêlant inspirations fanco-belges, comics et mangas, Singelin est un des talentueux représentants de cette génération de dessinateurs brisant les codes de classification. Moderne jusqu'au bout, il utilise les réseaux sociaux à merveille pour promouvoir ses travaux et dénicher ses contrats des deux côtés de l'Atlantique.

Les influences de Guillaume Singelin

BD
  • Les œuvres de Katsuhiro Otomo
  • Les œuvres de Masamune Shirow
  • Le style de Bryan Lee O'Malley
  • Le style et la méthode de travail de Run
Musique
  • Le rock des années 70, l'électro, les bandes sons de jeux vidéo
Jeux Vidéo
  • La série des Metal Gear Solid, la série des Dark Souls, récemment et "l'école japonaise" en général
Cinéma et séries TV
  • The Wire (Sur Écoute en VF)
Et bien d'autres !

21.4.17

Dans l'atelier de Ronan Toulhoat : discussion avec un stakhanoviste du crayon

Il y a un an de cela, Ronan Toulhoat acceptait de poser un instant ses crayons pour parler de ses innombrables projets. Si, depuis le temps, la plupart d'entre eux ne sont plus vraiment des scoops (rassurez-vous, vous trouverez un edit avec de vraies breaking news en fin d'interview ;) ), vous comprendrez certainement mieux pourquoi l'artiste manceau est – à raison – de plus en plus courtisé par les éditeurs. Mais avant ça, commençons par une brève présentation du personnage.

La première fois que j'ai découvert les travaux de Ronan, c'était comme la plupart des lecteurs via Block 109 (Akileos), l'univers uchronique imaginé par le scénariste Vincent Brugeas, en 2010. Je me souviens m'être dit à l'époque, en refermant la BD : "Quel putain d'univers, dommage que cela ne soit pas mieux gratté... " ou quelque chose dans le genre. En effet, si je percevais déjà ses qualités graphiques, notamment au niveau du traitement chromatique et des jeux d'ombres, Ronan était à une galaxie de son niveau actuel. Non pas qu'il soit parti de loin, mais en sept ans, l'auteur n'a semble-t-il jamais posé ses pinceaux / stylets numériques / crayons / sanguines etc. De cette pratique autodidacte acharnée du dessin via des séances matinales de "warm-ups" que vous pouvez admirer sur son compte Instagram (et dans ma sélection Best of Inktober 2016), est née une des signatures graphiques les plus impressionnantes de la nouvelle génération franco-belge.

Si dès les premiers spin offs de Block 109, la progression de Ronan Toulhoat se ressentait, c'est véritablement sur Chaos Team (Akileos, toujours), nouvelle collaboration avec son scénariste et ami Vincent Brugeas, que son style a réellement explosé. Pourtant, depuis un tome 2.1 publié en mai 2014, silence radio quant à la suite de la série. J'ai donc pris le risque de poser la question alors qu'on s'ambiançait tranquillement sur les visuels du jeu de rôle Degenesis...
"Avec Chaos Team, on voulait poser des persos caricaturaux et les retourner totalement, mais on a pris notre temps pour le faire... Ça ne marche pas comme ça en BD, actuellement haha !" Ronan Toulhoat
LGC : Le tome 2.1 de Chaos Team sonnait comme le vrai départ de l'intrigue de la série et puis plus rien... Dis-moi que le tome 2.2 est dans les tuyaux s'il te plait !
Ronan Toulhoat : Désolé, mais non, il n'est pas prévu pour l'instant. Chaos Team est en pause à cause de son accueil critique et de son échec commercial. Après le succès Block 109, on n'a vraiment pas compris avec Vincent et ça nous a même inquiétés pour la suite de nos carrières. Le Roy des Ribauds (Akileos, encore une fois) a vraiment été une bouffée d'air frais qui nous a ouvert des portes. Derrière on a signé chez Glénat et Le Lombard.
LGC : Ah, j'imaginais pas que c'était à ce point. Pourtant il y avait tous les ingrédients de la série d'action à succès avec une dimension psychologique en plus. Ça commence comme un récit d'action classique avec des personnages badasses caricaturaux qui se font DÉMONTER physiquement et psychologiquement... Qu'est-ce qui a pu causer cet échec ?
Ronan : Avec Chaos Team, on voulait poser des persos caricaturaux et les retourner totalement, mais on a pris notre temps pour le faire... Ça ne marche pas comme ça en BD, actuellement haha !
LGC : Merde. Mais on peut espérer une conclusion un jour ?
Ronan : On finira la saison 2 puis on fera un gros tome pour terminer, mais on a d'autres priorités comme Le Roy des Ribauds...
 "Toujours avec Vincent, on a un projet de western napoléonien. Les gens l'ignorent, mais pas mal de westerns se basent sur des récits de hussards.  Ronan Toulhoat
LGC : Le Roy des Ribauds est une vraie tuerie, aussi bien au niveau narratif que graphique, ça n'est pas trop compliqué de sortir des tomes aussi rapprochés, en plus des autres projets à gérer ?
Ronan : Haha ! T'as mis le doigt dessus. Pour le tome 2, un pote, Johann Corgié (coloriste sur Le Cycle de Nibiru et Le Chant des runes, notamment), m'a sauvé la mise sur 50 pages. On a la même vision de la couleur et j'ai pu les lui laisser. C'est grâce à lui que le tome 2 est sorti dans les temps pour Angoulême (NDLR : l'édition 2016 du FIBD).
LGC : Ouais t'avais l'air pas mal dans le rush pour le tome 2. J'imagine que tu t'infligeras pas ça pour le troisième.
Ronan : Non, il y a eu trop de coups de pressions pour le précédent et de toutes manières ce n'est pas possible vu les projets à livrer. Le livre 3 est prévu pour la seconde partie de 2017, si tout se passe bien haha !
LGC : Tu sous-entends pas mal de trucs à venir, qu'est-ce que tu peux révéler ? De toutes manières, au moment où l'interview sera publiée, il n'y aura certainement plus de scoop (NDLR : je ne pensais pas que ce serait à ce point haha !)
Ronan : Toujours avec Vincent, on a un projet de western napoléonien. Les gens l'ignorent, mais pas mal de westerns se basent sur des récits de hussards. On souhaite le construire comme un triptyque se déroulant sur trois pays avec une forme d'hommage aux différents styles de westerns : blanc pour la partie en Pologne, spaghetti pour le tronçon espagnol et crépusculaire pour le final prussien.
LGC : Ça a l'air ambitieux ! Et graphiquement, tu veux tester de nouvelles techniques comme à chaque fois que tu démarre un nouveau projet  ? Sur Chaos Team, tu avais testé la peinture numérique sur décors photographiés, j'avais trouvé le résultat vraiment dingue !
Ronan : Merci. Je réfléchis à fond pour faire ça à la main et à l'encre de Chine. 

LGC : Tu es également graphiste et tu as réalisé des affiches assez folles pour des événements comme la Paris Comic Expo de 2015 ou des concept arts pour le spot publicitaire pour la nouvelle box de Canal+ . Tu as encore le temps de prendre des commandes ?
Ronan : Je suis booké jusqu'en 2017, du coup, depuis septembre 2015, je ne fais quasiment plus que de la BD et de l'illustration. Mais je continue de bosser avec ceux qui m'ont fait confiance à mes débuts pour des projets hors BD. 
LGC : Pour les dernières questions, on va partir sur tes inspirations et sur la "méthode Ronan Toulhoat" pour devenir un monstre du dessin. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ?
Ronan : Je suis fan des dessinateurs de comics des années 60-70 et je suis admiratif qui pratiquent la page quotidienne comme Milton Caniff. Se fixer l'objectif de dessiner tous les jours oblige à tricher pour être efficace et ça permet de développer le dynamisme et le naturel. C'est super formateur !
Je m'imprègne également des artbooks d'autres artistes : récemment, les travaux de Boichi m'ont vraiment impressionné.
LGC : Tu causes des fractures de rétines avec tes fameux warm-ups quotidiens. Comment as-tu eu l'envie de commencer ? Tu es enfin satisfait de ton trait ?
Ronan : Je me suis mis le pieds à l'étrier en découvrant les travaux de Kim Jung Gi en 2012. C'est là que mon dessin a véritablement évolué. Je me remets constamment en question pour évoluer. Pour mes derniers travaux, je me suis énormément inspiré de Jean-Léon Gérôme pour les costumes et la déco du moyen-âge oriental, ses peintures sont d'une richesse et d'un réalisme exceptionnels. 
LGC : Des coups de cœur à nous conseiller niveau musique, ciné ou BD ?
Ronan : J'ai adoré Hateful Eight au ciné, Ghost Money en BD, Southern Bastards en comics et pour la musique, je carbure toujours aux bandes sons de films et séries pour dessiner. J'ai pas mal écouté celles de Vikings, de Kingsman et l'album The Way de Zack Hemsey (sa composition Vengeance est utilisée dans le film Equalizer).
La suite de notre discussion s'est par la suite égarée sur les bandes sons épiques, les combats de tanks dans le film Fury, les futures aventures en BD d'un certain Cimmérien et bien d'autres sujets triviaux. Mais en un an, énormément de choses ont évolué, permettez-moi donc de vous proposer une mise-à-jour de ce que vous réserve Ronan Toulhoat :

  • Vincent Brugeas a finalement signé seul chez Le Lombard, avec Thomas Legrain au dessin
  • Vincent et Ronan ont signé chez Dargaud (teasing de l'éditeur Yves Schlirf, sur Twitter)
  • Le western napoléonien n'est pas d'actualité, même si Ronan tanne Vincent pour le faire entre deux albums. d'un triptyque ils vont certainement passer à un gros one shot... pas avant 2020

En attendant, je vous invite à découvrir les travaux de Ronan Toulhoat et à enfin donner le succès qu'elle mérite à la série Chaos Team  :
Découvrez Block 109 Découvrez Chaos Team, tome 1
Découvrez Le Roy des Ribauds, tome 1 Découvrez Les Divisions de Fer, tome 1
Sources planches et couvertures : le compte Instagram de Ronan Toulhoat, Bédéthèque

Mais qui est Ronan Toulhoat ?

Bio
  • Nationalité : française
Recette créative
  • ingrédients favoris : mise en scène dynamique, mélange de techniques numériques et tradi'
Ronan Toulhoat est la preuve par fractures de rétines, que l'on peut devenir une brute du dessin à force d'entrainement quotidien et de rigueur. Résultat : tout le monde s'arrache les crayons de ce bosseur autodidacte qui puise ses inspirations aussi bien dans les comics que dans la peinture traditionnelle (souvent via Pinterest, outil béni pour trouver des références graphiques).

19.4.17

2017, l'année de Giannis ? Interview de l'étoile montante grecque !

Si vous êtes fan de basket et que la fourberie de mon titre vous a conduits en ces lieux, attendez avant de refermer la page ! Si le Giannis dont on va parler n'a rien à voir avec un des meilleurs ailiers de la NBA, si ce n'est leur nationalité grecque, il vaut lui aussi largement le détour. Combien de dessinateurs européens peuvent se targuer d'avoir travaillé pour Marvel, DC, Image, IDW et Boom! Studios (via Archaia) avant ses 30 ans ? Okay, ces dernières années, il y a eu quelques monstres de talent sur notre vieux continent, mais peu d'entre eux arrivent à la cheville de l'artiste crétois. Pourtant, Giannis Milonogiannis se montre discret et d'une humilité incroyable, ce qui m'a permis de lui poser quelques questions sur son parcours, ses influences artistiques et son rapport à Ghost In The Shell et à Masamune Shirow en général.
Note : L'interview a été réalisée en anglais, vous pouvez accéder à l'échange non traduit ici.


"J'adorerais travailler avec des éditeurs européens, espérons que ça arrivera un jour. Pas mal de mes auteurs préférés travaillent pour des maisons d'édition européennes." Giannis Milonogiannis
LGC : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ? Quand avez-vous commencé à dessiner et quand êtes-vous devenu un pro ?
Giannis Milonogiannis : Hey ! Je m'appelle Giannis et je dessine des comic books. Old City Blues a été mon premier vrai album publié, en 2010. Sinon, j'ai commencé à étudier sérieusement le dessin vers 2004-2005 à peu près.
LGC : Vous avez travaillé pour Marvel, DC, Image, Archaia et IDW. Pouvez-vous nous dire quelle a été votre meilleure expérience ? Souhaiteriez-vous travailler pour des éditeurs européens ?
Giannis : J'adorerais travailler avec des éditeurs européens, espérons que ça arrivera un jour. Pas mal de mes auteurs préférés travaillent pour des maisons d'édition européennes. À propos de ma meilleure expérience... Ça dépend réellement de l'équipe avec laquelle tu travailles plus que de l'éditeur. Je crois que j'ai eu la chance de travailler avec des gens cool jusque là.
LGC : Vous semblez avoir une belle relation avec Brandon Graham (King City, Island, Prophet...) : votre travail d'équipe sur Prophet a fait des étincelles !
Giannis : Brandon est un des artistes dont j'ai étudié le travail à fond quand je me suis lancé, du coup ça a été un vrai kiff de finalement travailler avec lui. Dessiner Prophet a été une expérience vraiment cool !
 "OCB a commencé comme un webcomic gratuit parce que je savais que personne ne l'aurait lu, sinon. Je suis content qu'il y ait une version papier, mais je pense qu'OCB devrait toujours rester disponible gratuitement. Giannis Milonogiannis
LGC : Vos dessins transpirent l'esprit des mangas et jeux vidéo des années 80 et 90. Quelles sont vos principales sources d'inspiration ? Pouvez-vous expliquer cet amour ?
Giannis : Il y a un côté cool dans la plupart des vieilleries... Je peux pas expliquer cet amour sans invoquer la nostalgie, mais l'imagerie d'époque me botte vraiment. Je bloque sur les énormes polygones des jeux vidéo et le côté explosif des bandes dessinées, qu'il s'agisse des mangas ou des comics.
LGC : J'adore votre création originale Old City Blues et sa perpétuelle amélioration qualitative. Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette histoire de flic cyberpunk ?
Giannis : Merci, ça fait plaisir. OCB est une BD que j'ai commencé pour apprendre à réaliser des comics, du coup il y a toujours ce côté où je tente de nouvelles choses pour essayer de m'améliorer. En gros c'est une histoire d'enquêtes policières dans un monde futuriste... Parfois je vais essayer de faire mon propre Appleseed, d'autres fois, mon propre Miami Vice. Je m'éclate dans ce bac à sable.
LGC : Vous mettez OCB à disposition en téléchargement gratuit sur votre Tumblr. Merci, mais pourquoi ?
Giannis : OCB a commencé comme un webcomic gratuit parce que je savais que personne ne l'aurait lu, sinon. Je suis content qu'il y ait une version papier, mais je pense qu'OCB devrait toujours rester disponible gratuitement. Je me sentirais mal si j'en compliquais l'accès aux gens.
LGC : Vous êtes Grec. Êtes-vous préoccupé par les temps troubles que vivent l'Europe et votre pays ? Souhaiteriez-vous dessiner un comic book engagé ? (Je perçois quelques critiques politiques dans OCB)
Giannis : Ce que j'adore dans la fiction, c'est la possibilité de s'évader et je pense que je n'ai pas encore la maturité nécessaire pour écrire quelque chose comme une bande dessinée documentaire. L'atmosphère mondiale est inquiétante, globalement.
LGC : Quels sont vos prochains projets ? J'ai vu que ça teasait du côté de ThreeA (les fabricants des jouets les plus mabouls au monde, je ne travaille que pour pouvoir en acheter...). Qu'est-ce que vous pouvez nous dire à propos de cette collaboration ?
Giannis : ThreeA est en train de réaliser une figurine de Solano dont le prototype est prêt et sera montré plus tard dans l'année ! Il y a d'autres projets mais on se concentre sur celui-ci. Je suis vraiment excité de voir l'accueil du public ! En ce moment, je dessine GI JOE pour IDW et ce mois, je vais commencer un nouveau chapitre en ligne de OCB, du coup lisez-le aussi s'il vous plait !
LGC : Avez-vous vu l'adaptation de Ghost In The Shell avec ScarJo (NDLR : Scarlet Johansson) ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Quel est votre avis sur la polémique de white washing ?
Giannis : On a maté le film l'autre jour... Il était divertissant mais ne proposait rien que j'aurais l'envie de mater à nouveau. Il n'a rien de comparable au manga ni aux autres adaptations, selon moi.
Ouvrir spoilers Ghost in The Shell(click here)
LGC : Dernière question : Appleseed ou Ghost in The Shell ? Pourquoi ?
Giannis : Haha ! Question compliquée ! Je suis plus Ghost in The Shell parce que c'est mon premier manga de Shirow, mais ses progrès artistiques et narratifs sur Appleseed ont également une grosse leçon. Le deuxième tome de Dominion fait partie de mes œuvres préférées. Si vous ne l'avez pas encore lu, ruez-vous dessus !
Si je m'étais écouté, j'aurais eu encore mille questions à poser à Giannis, notamment à propos de son amour pour les OSTs de jeux vidéo japonais de l'époque 128 bits. J'aurais également rêvé partager mes moments de rage quit sur Ring of Red, un tactical japonais au tour par tour de l'époque où Konami avait une race et sortait hits sur hits (quand on repense qu'en 2001, on avait eu coup sur coup Zone of The EndersMGS 2 et Silent Hill 2... ça donnerait presque envie de chialer, vu le gâchis actuel). On aura peut-être l'occasion de le faire lors d'une rencontre IRL, mais en attendant, n'hésitez pas à surveiller son compte Twitter et son Tumblr, sur lesquels il se livre à propos de ses travaux tout en partageant des pépites nostalgiques.

Si cette petite interview vous a donné envie de vous procurer des comics dessinés par Giannis, :

En VF
Découvrez Prophet, tome 1
Prophet, chez Urban Comics : un space opéra mystique ambitieux plein de l'esprit de feu maître Moebius
En VO
Découvrez Spera
Spera chez Archaia : de l'heroic fantasy teintée de steampunk qui ravira les fans de RPG
Découvrez G.I Joe Revolution
G.I Joe : Revolution, chez IDW : oubliez l'image ringarde de la licence !
Sa création originale Old City Blues est disponible gratuitement en version digitale sur son Tumblr, mais également en version papier à un prix très abordable. C'est vraiment l'œuvre parfaite si vous voulez vous faire un revival des manga cyberpunks de Masamune Shirow. Ça coûte à peine plus cher qu'une place de cinéma sans supplément 3D, une alternative bien plus réjouissante qu'une séance de Ghost In The Shell, malgré toute la sympathie que j'éprouve pour cette adaptation bâtarde  :
Découvrez Old City Blues
lisez gratuitement et légalement la version digitale de Old City Blues
Découvrez l'Adoption, tome 1
Ou achetez les volumes reliés, en import
Sources planches et couvertures : le blog de Giannis

Mais qui est Giannis Milonogiannis ?

Bio
  • Date de naissance : 1988
  • Nationalité : grecque
Recette créative
  • ingrédients favoris : la nostalgie des œuvres culturelles des années 90 et du début des 2000s, le dynamisme, le cyberpunk...
Artiste grec dessinant pour des maisons d'édition américaines, dans un style proche des bandes dessinées japonaises dans années 90, Giannis Milonogiannis utilise sa nostalgie pour faire exploser son art plutôt que de le garder cloisonné dans une époque chérie mais révolue.

Les œuvres cultes de Giannis Milonogiannis

  • L'œuvre de Masamune Shirow
  • Les jeux vidéo des débuts de la 3D sur consoles
  • Les bandes originales des jeux vidéo japonais
    et tant d'autres...